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28 juin 2008 6 28 /06 /juin /2008 15:10
Les interrogations bourdonnent dans mon cerveau.
ça grésille, le disque est rayé, il saute, immanquablement.
Assaillie par les doutes, je ne peux en parler à personne.
Parce que tout le monde me dit "qu'il faudrait que je me soigne". Moi je n'ai pas envie d'entendre ça. Au delà du fait que je ne me considère pas comme malade, encore moins d'anorexique, j'aimerais qu'ils me disent qu'ils croient en moi, qu'ils m'encouragent à aller de l'avant et non plus de me recadrer dans cette image de malade, que j'ai pourtant entretenue et choyée.
J'ai besoin de passer à autre chose, d'entreprendre de nouveaux projets, de vivre. VIVRE en vrai. Pas dans la survie non.
Construire. Faire péter la muraille que j'ai construite, exploser le bunker que j'ai érigé pour m'y cacher, tout détruire, arracher, brûler ces pages noircies de ce mal-être, noircies par l'angoisse, l'horreur du quotidien. Parfois il y a des petites taches rouges dessus. Je relis et me remémore.
C'est une très mauvaise idée de faire ça et je le déconseille fortement.
La seule phrase qui me soit venue à l'esprit après la lecture forcenée de ces centaines de pages, c'est "ta vie c'est vraiment de la merde en fait".

Hier j'ai vu un reportage qui m'a foudroyée. Je n'en suis pas remise. Ces image tournent sans cesse dans ma tête. Je ferme les yeux et la revois se couvrir avec honte parce qu'elle déteste tellement son corps qu'elle veut le cacher à tout prix. Je la revois faire des efforts en vain. Je la revois pleurer à table parce qu'elle n'y arrive pas et qu'elle ne veut pas décevoir ses parents. Je la revois monter sur la balance, et taire son poids qui avoisine les 30 kilos. Je revois son visage marqué, buriné par les coups et la dénutrition. Je me remémore son sourire lorsqu'un coiffeur et une maquilleuse se sont occupé d'elle. Je l'ai trouvée tellement jolie. Touchante.
Alors j'ai pleuré. Tout ce que je pouvais. Je me suis sentie soulagée de savoir que mes parents étaient sortis et donc dans l'impossibilité de regarder l'emission. J'ai encore perdu. Je suis sur une pente raide. Tout ça m'emmerde. J'en ai marre d'entendre ou de lire des conneries.
J'ai perdu 2 kilos en 4 jours. C'est moi qui ai demandé à monter sur la balance. Je le savais que j'avais perdu, je le sentais, ça tirait horriblement dans les muscles. Cette fois ci je n'ai pas souri. Je me suis sentie nulle. Aller, pendant 3 secondes j'étais contente de ce résultat. Mais c'est un peu alarmant comme ils disent. Mais c'est normal puisque j'ai soigneusement vomi tous les repas qu'ils m'ont forcé à manger. Ils ne veulent pas comprendre que rien que de me mettre à table me demande beaucoup d'efforts, que si j'éclate en pleurant en plein milieu du repas c'est que l'échec me bouffe, c'est comme si tous les regards se pointaient sur mon assiette et qu'ils criaient tous en coeur "Mange!Mange!Mange!" et que je ne suis pas capable de le faire. Il y en a un qui m'a dit "Arrête de faire ta chochotte et viens t'asseoir à table", j'ai eu envie de crever. Comme si ce n'était qu'un putain de caprice. Je quitte  la table en claquant les portes, m'enferme dansles toilettesjusqu'à ce qu'un infirmier doive déverouiller la porte et me ramasser, noyée dans des larmes invisibles.
"On voit plus tes jambes. Alors ils t'ont pesée tu fais combien?"
"Et à St Vincent ils vont te forcer à manger ou pas?"
Nia nia nia.
Ils ressemblent à des vautours autour d'une charogne- en l'occurrence moi- à l'affût de n'importe quelle info qui concernerait mon poids, ma silhouette ou jsais pas quoi, genre on se nourrit du maheur des autres. Est ce que je demande des détails à Emmanuelle qui est bourrée de TOCs, à Andrée qui a les bras couverts de cicatrices de parts en parts, à Lakhdar combien il pèse et pourquoi il est  hyperphage et qu'on doit cadenasser la cuisine la nuit, pourquoi est ce que Philippe s'est defenestré, pourquoi Saddak est parano, pourquoi...On a tous notre bagage. Mais on n'est pas là pour s'enfoncer les uns et les autres. J'ai horreur de parler de moi (je le fais assez ici), mais des problèmes des autres aussi. On essaie de composer au jour le jour, de parler de l'extérieur, de la vie, merde, on n'a pas de compte à rendre. Et on a assez d'intervenants comme ça pour tenter de parler d'autres choses entre patients.
A table les infirmiers me guettent, le moindre coup de fourchette est compté, analysé, mesuré. Ce n'est peut être qu'une impression. J'y croyais au début, je me disais que c'était moi qui déconnais et que je me faisais des idées. Mais quand je lis tout ces papiers sur moi...non, tout est noté. Tout. Même lorsque j'essaie de vomir sans bruits, ils me captent, et c'est là, noir sur blanc, sous le doigt du médecin.

Je perds mon temps, beaucoup. Ce n'est pas que je le perds, mais plutot que je le gâche. Avec une energie assez extraordinaire.

J'ai eu l'habitude de grandir avec des grands, alors que j'étais toujours la moins agée. J'étais satisfaite de cette situation, parceque j'étais en avance. J'ai eu mon bac à 16 ans et demi. Fierté. Mon BTS à 18. Mais alors que j'aurais pu me lancer sur le marché de l'emploi j'ai preferé butiné à droite et à gauche dans plusieurs facs, le résultat étant toujours le même, l'echec. Alors aujourf'hui j'ai 22 ans et rien comme boulot, que dalle. A cause de mes hospitalisations je n'ai pas pu aller jusqu'au bout, j'ai tout saccagé, et cette année je n'ai même pas eu la force de me trainer aux examens. Il faut cesser. Essuyer les erreurs m'est difficile, d'autant plus que je ne peux le reprocher à personne d'autre que moi-même, inutile de trouver des excuses vaseuses. Le retour en arrière étant impossible, je me dis que si j'ai la moindre occasion, je fonce.
Et elle s'est présentée à moi.
J'ai ce petit boulot d'été qui m'attend, dans une boite de comm' visuelle (♥), puis un autre dans une boite de comm' visuelle aussi, mais en free lance. Et je crois que c'est une occasion à ne pas rater. Je pense au long terme. La premiére proposition, je l'accepte dans l'urgence parceque je n'ai plus un rond et que j'ai 800 euros de frais hospitaliers à payer, entre autres.
La seconde, j'aimerais donner le meilleur de moi-même et foncer. Je sais que cela peut aboutir à quelque chose, que cette boite est en plein essor et qu'il faut choper le truc avant qu'il ne me passe sous le nez et que je me tape une licence d'arts pla dans le vide. J'ai déja perdu assez de temps.

Je prépare ma sortie du foyer pour septembre, guérie ou non. J'avais une première idée sur une coloc' avec l'une de mes cousines mais vu son silence j'imagine que ça lui fait peur et qu'elle n'ose pas me le dire. Si j'avais été à sa place, j'aurais sûrement fait pareil. Accueillir une barje bourrée d'addictions ayant au compteur plusieurs hospis en Hp, ça fait peur, j'admets. Alors je remballe et me remets à la recherche. Il faut que je sorte.
Je n'arrêterai pas les soins, c'est certain, je ne crache pas dans la soupe, j'en ai eu besoin et j'en ai encore besoin. J'ai besoin de béquilles, besoin d'être entourée, besoin d'être soignée. Mais il faut que je sorte. Je suis rentrée au centre d'accueil et de crise de Lille le 23 mars 2007. Nous sommes le 28 juin 2008. Je suis en foyer hospitalier, psychiatrique. Cela fait plus d'un an. Je ne sais pas si vous imaginez, je veux dire, si on m'avait dit un jour que je passaerai plus d'un an en psychiatrie j'aurais éclaté de rire. Comme lorsqu'ils m'ont pesée la première fois. Parceque je n'y croyais pas. Je leur ai dit, determinée et sincére, que ce n'était pas possible, que la balance était en vrac. Puis j'ai commencé à trembler, mon coeur s'est emballé, je suis tombée, j'avais froid, très froid et je me suis mise à pleurer comme une gamine de 5 ans. C'était l'horreur. Je m'étais menti à un point...convaincue que j'étais dans la norme, convaincue que j'allais bien, et puis aprés tout, chacun ses problèmes, on en a tous.
Ma première angoisse fût liée à mon manque d'alcool. J'en étais malade. "Alcoolique". N'importe quoi. Il a fallu que j'admette. Alors j'ai pris le Valium, le Révia, les vitamines B1 et B6.  Et je l'ai fermée. La deuxième fût déclenchée par l'heure: midi. Ce qui signifie "repas" pour les autres. Ahah.

Je ne sais pas pourquoi j'écris tout ça. J'y pense tout le temps. Dans ma tête ça galope, ça hurle, c'est le bordel, le chaos ambiant m'épuise.

Je crois que je vais différer l'hospitalisation à St vincent pour les TCAs. J'ai peur qu'ils ne soient pas d'accord au foyer. Mais j'ai d'autres priorités. Au pire, ils me foutront dehors.
Le pire du pire serait une
HDT.
J'ai dit à Maman que je ne voulais pas y aller. Elle a levé les yeux au ciel, avant de me demander "et tu peux me dire ce que tu  as mangé aujourd'hui?"
J'ai voulu lui répondre que j'avais mangé 354 calories. Mais je me suis tue.

Je  ferme les yeux. Enfin. Enfin une trêve.

Anorchidea, en mode "positive attitude" ...envers et contre tout.



PS: Voila l'un de mes commentaires.

Je te lis depuis assez longtemps. Et suis attristée que tu ne te rendes pas compte qu'il y a des jeunes filles, ou moins jeunes d'ailleurs, qui pourraient te prendre pour modèle de maigreur.
je souhaite que tu ne retrouves jamais ta photo sur un de ces sites pro-ana, ça irait à l'encontre de ce que tu écris.
N'oublies pas que l'oeil s'accroche à l'image, pas au texte.

continues ta route Anorchidea, tu mérites de te sortir de tout ça, vraiment.
commentaire n° : 15 posté par : Une lectrice le: 25/06/2008 22:14:23
La lectrice ;) m'a remuée. Est ce que mes photos sont choquantes? Je ne me rends pas compte. Cela irait évidemment à l'encontre de mes opinions c'est certain, ça me chamboule. J'aimerais d'un côté montrer sa laideur, montrer comme c'est moche. Mais ça me sert aussi de repère.  Vous me direz, je n'ai pas à les mettre sur internet.
Je ne sais pas. Est ce que mon corps est maigre? Non je ne dis pas ça pour avoir des réponses du genre je vous prends pour des cons, non, sérieusement. Dîtes moi.Je ne me vois pas.


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commentaires

lampou 09/05/2009 10:29

oui, tu es maigre. t'as 22 ans, t'as encore toute ta vie devant toi. t'as eu besoin de cette parenthèse dans ta vie. on dirait que tu t'en veux. mais tu pouvais pas faire autrement. je te trouve déjà très courageuse. mais te décourage pas, il faut juste que tu trouve, un jour, un BON professionel auprès duquel tu te sentiras bien, parce que des psy y'en a des bons et des mauvais, faut persévérer, tu peux trouver qqun. tu peux pas t'en sortir seule, t'as besoin de soutien. mais tu peux t"en sortir. t'as une volonté en toi, on voit que t'as quand meme une pulsion de vie très très forte. t'es jolie, t'as l'air assez intelligente, t'es travailleuse (t'as quand meme réussi pas mal de choses), et la maladie, c'est pas toi. c'est qqch qui te dépasse, et qui t'appelle surtout à prendre soin de toi et à avancer ds ta vie, doucement, étape apreès étape, sans vouloir aller trop vite. laissant le temps au temps. et t'y arriveras, j'en suis sure. la pente parait raide et rude, insurmontable des fois, mais c'est en faisant un petit pas après un autre, sans trop s'essoufler et s'épuiser, qu'on arrive le plus loin posssible. on sent que t'es partagé entre deux extremes; le secret c'est peut etre l'équilibre, de pas etre trop dans l'un ou l'autre? écris moi pour me dire ce que tu en pense

[AnO]rchiDeA 15/05/2009 10:12



Merci Lampou.
Merci d'avoir lu, d'avoir compris. Des psys, j'en ai vu...Il y en a certains qui resteront auprès de moi dans un petit coin de ma tête parce qu'il ont su écouter, encourager, et être
disponible. Ils se sont opposés à moi une paire de fois, m'ont envoyée dans des hostos pas très drôle mais aujourd'hui je sais qu'ils avaient raison. Et si je suis encore en vie... Par contre,
comme tu dis, il y en a d'autre que je ne verrai plus jamais de ma vie et ça me convient très bien.
Pour la pulsion de vie, j'ai follement envie de vivre, d'être, de construire, d'aimer... Envie de goûter à tout, de faire plein de trucs. Le problème c'est que je ne vis que dans l'excès, noir ou
blanc, mais pas de gris. Pas d'équilibre, pas de stabilité, et des fois on se crame un peu les ailes à vouloir jouer en permanence. On se fait mal, on se casse la gueule, on saigne...mais on
vit. J'ai l'impression de n'être vivante que dans l'extrême, et ça me tue.Je me suis quand même calmée au niveau des prises de risques, alors peut être que dans quelques temps je serais un peu
plus dans l'équilibre, je crois que c'est possible, petit à petit. Et puis c'est crevant de toujours vouloir vivre à 200%, de s'emporter pour un rien, d'avoir des réactions qui dépassent
l'entendement. Je suis fatiguée. Mais un jour j'arriverai à faire autrement. Quand j'aurai construit ma vie, que je serai plus dans le concret, je pense que l'équilibre viendra de lui
même.
Un grand merci. 



sand 18/07/2008 10:04

ma belle tu dois être hospitalisée... si tu passes par là, saches que je pense fort à toi, que je suis de tout coeur avec toi, et que je t envoie toute la force dont je suis capable.lov'

marina 04/07/2008 17:51

salut...je viens de faire un tour sur ton blog...je vais sur ce genre de site quand je sais que je vais faire une crise ca m'en dissuade parfois surtout que mes problemes ne sont qu'une miette par rapport à tous ce que je lis...j'ai vu aussi tes photos et franchement tu es superbe je ne parle pas de tes photos que je nommerais pro-ana car pour moi elle le sont même si tu ne l'as pas fait intentionnellement tu voulais quand même montré le résultat de ton pouvoir sur ton corps 'fin bref je voulais juste te dire que t'es une fille magnifique et que peut être tu devrais ouvrir les yeux quand tu marches dans la rue le regard des gens te donnerais confiance en toi....'fin...je m'égare peut être ...merde t'es trop belle pour être triste et pas en faire profiter le monde....quoi que tu le fais (dixit tes photos) 'fin.....pour répondre à ta question OUI tu es maigre j'irais pas jusqu'à te dire de prendre 15kilo en fait j'irais même pas te dire de prendre un kilo , juste de ne pas descendre plus bas.....et pis tes photos sont trop belles pour montrer la saleté de cette maladie......narcisse et un bon titre ;) si tu veux me répondre répond sur mon mail car je ne reviendrais surement pas sur ton site byzarrement il me fais plutôt l'effet inverse recherché...

Diane 04/07/2008 13:17

http://www.dailymotion.com/video/x5zmip_lns_musicDimanche soir, cette chanson, une fois de plus, m'a fait pleuré...et mes pensées allaient vers toi...Take Care..."Je me fous du temps qu'on vient bien te donner. Si tu veux rester la vie t'attends. Et chacun des coups que tu as reçu sans pleurer, s'efface, si tu n'oublies jamais...que partout où que tes yeux se posent, l'amour vient nous lier..."

[AnO]rchiDeA 05/07/2008 15:38


Merci Diane.
Ta présence à mes côtés est importante...elle l'est devenue, depuis que j'ai lu tes premiers mots.
Merci.
Pense à toi...


sand 03/07/2008 00:52

du positif au final... bravo pour tes petits boulots... et pour ce qui est d'arrêter l'hospi... je ne peux pas te le déconseiller... du moment que tu gardes un suivi médical assez présent... parce qu'effectivement je pense qu au bout d un moment, il faut remmettre un pied dans la vie... ça n'arrange pas tout... mais comment reprendre goût à la vie en étant enfermée...? courage à toi la belle

[AnO]rchiDeA 05/07/2008 15:40


C'est exactement ce qui me trotte dans la tête...mais apparemment c'est un passage obligatoire, alors je n'ai plus à y réflechir. C'est comme ça, point.
Je ne pensais pas en arriver jusque là.
Je t'embrasse ma belle
:0010:


*anorchidea*

  • : [La pÂleur mOntre JusQu'où le cOrps PeUt cOmprendRe l'âMe]
  • : Le pardon ne pouvant s'envisager, seule une vengeance violente, une décharge de tout ce qu'il y a de mauvais, malsain, au plus profond du subconscient, pourrait permettre de ne plus penser aux noirs souvenirs qui gangrènent ma chair me rendant chaque jours un peu plus malade. Mes pieds s'enlisent, mon esprit les suit. Je me perds. L'anorexie fait partie de ma vie depuis trop lontemps.
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