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12 octobre 2008 7 12 /10 /octobre /2008 14:05


J'ai un peu peur.
Un peu peur parceque j'avais oublié que c'était une maladie. Je veux dire, une vraie maladie. J'ai du mal à faire sans. Je ne me suis jamais autorisée à admettre que moi j'étais malade. Comme les autres filles. Je croyais qu'il suffirait de me reprendre en main et de briser tous ces shémas de défense que j'avais érigés. Mais ça ne marche pas, pas comme je l'avais imaginé en tous les cas. Il ne suffit pas de. Je prends des photos de corps régulièrement, pour voir. Je n'ose même pas les mettre ici, elles sont trop dures. Mon image est trop agressive, trop violente. Et j'ai vu. J'ai constaté la déchéance, sans comprendre comment nos yeux peuvent autant nous tromper. Comme l'esprit humain est tordu, vicieux, menteur. J'ai recalculé l'IMC, relu les bilans sanguins et les rapports qui ont été rédigés tout au long de mon hospitalisation. J'ai lu, lu, et relu, encore, jusqu'à ce que les larmes me submergent. Parceque voila, j'ai compris. Compris que je suis allée trop loin, que j'ai démontré à tous ma pseudo puissance contre moi même, ma volonté ma determination, et qu'il était temps de revenir dans le droit chemin, avec les autres. Le chemin du commun des mortels. Moi aussi je suis mortelle. Pas surpuissante. C'est étrange de se dire que ces années de destruction, ces années de non-vie vont me coûter plus tard. Ces années où j'ai cru que ce n'était rien, ou si peu. Aujourd'hui, on tire l'alarme. Ils m'ont dit que les permissions étaient écourtées et limitées tant que je ne serais pas assez en forme(s). Parcequ'ils ne peuvent pas regarder ce corps disloqué sans agir, sans me confronter à la réalité. Alors ils ont pris le temps de m'expliquer. Pour la millième fois peut être, mais là, j'ai écouté en vrai. Entendu le message. Les dégâts médicaux, moraux aussi. Cette ambivalence qui m'habite en permanence, et ce manque de contrôle qui se traduit par une impulsivité hors limites.
En thérapie familiale, la fois dernière, j'ai entendu des trucs hypers durs, genre ma mére qui dit "mince elle s'est ratée", ou mon pére qui parle de moi comme si j'étais coupable de plein de choses. Le psy s'est alarmé en me regardant, "mais enfin vous ne dîtes rien?!". Je ne réagis plus, j'ai tellement encaissé, rien ne me touche plus. J'en viens même à leur donner raison, et puis je sais que ce c'est leur façon de parler, que ces sujets ont été débattus une paire de fois avant cette thérapie.
"On sait qu'entre les séances, il y a des passages à l'acte violents, que les allers retours au CIAC ont été fréquents ces derniers temps, et qu'Eugénie ne parle pas mais agit. Et elle y va à fond".
Il n'a pas tort. Lorsqu'il m'a demandé ce que je ressentais dans ces moments d'angoisse profonde, je lui ai dit, rien, je ne ressens rien. C'est un automatisme. Je me sens mal, ça m'enerve, donc je me calme comme je peux. Que ce soit des cachets, de l'alcool, des lames, des abdos, je prends, sans refléchir. C'est juste qu'il faut régler ce problème, ce que je fais à ma manière. Pragmatique et efficace. Dangereux aussi. "Risqué".
 "_Pourquoi vous mettez vous en péril en permanence?
  _Pour me sentir vivante."
Aussi simple que ça.
Je commence à m'ouvrir, à réevaluer la situation, à penser de manière objective. Mais ce n'est pas évident, on s'en prend quand même plein la gueule...je crois que c'est néanmoins primordial et nécessaire...

Et puis,en paralléle, on parle de mes projets futurs, avec les éducs et ça c'est vraiment positif. De penser à demain, de préparer, sans avoir peur. D'être capable de se projetter dans l'avenir. D'avoir envie de voir plus loin, d'agir, d'avancer. C'est ce qui me retient je crois. Ce qui me donne envie de reprendre des forces pour faire ce que je veux, ce que je désire, ce dont je rêve. C'est du bonheur en barre. je m'active dans tous les sens comme je sais si bien faire, mais de manière plus structurée, et même les éducs ont été surpris et m'ont félicitée, bien que je me sois faite engueulé parceque je me suis octroyée certaines libertés sans en avoir parlé, genre pour l'inscription à l'ANPE, la mission locale...mais moi je suis très satisfaite de ce travail et de ces initiatives que je n'aurais pas pu avoir il y a quelques semaines, parceque j'en étais tout simplement incapable, paralysée, empetrée dans la douleur.
Alors  je me relève, et fonce. Peut être que je ferai d'autres allers retours au centre d'accueil et de crise, peut être que je perdrai encore des kilos, peut être que je verserai encore des larmes, et alors...Pour l'instant je suis en haut, alors je profite. Je commence à connaître mon fonctionnement, instable certes, mais je pense qu'il faut s'apprivoiser et savoir faire avec. J'ai conscience que oui, il y aura encore des moments tout en bas, mais c'est moi et c'est comme ça.
Pour l'instant je reste positive et optimiste. C'est plus constructif :).
Bien à vous.


Ps: si les images vous semblent choquantes, faites m'en part...
Ps bis: c'est mon 200° article :p

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commentaires

ana-lilou-mia 17/07/2009 22:20

En effet l'image de toi squeletique est assez choquante, mais tu n'y peux rien.

Madame Mélancolique. 27/12/2008 13:07

tu es belle sur les photos... (L)

Lou 19/10/2008 15:40

C'est dur ce que tu as encaissé.  Tu as du courage.Est-ce que tu penses que pour s'en sortir, il faut que toute la famille se remette en question également ? je me demande..Bonne semaine.bisoous.

kim 17/10/2008 16:19

:) Ca fait vraiment plaisir de te voir comme ça, portée par une force de vie qui t'emmènera loin, bien plus loin que la simple survie.ta force et ton courage m'impressionne plus que je ne saurais dire.continue anorchidéa tu es sur la bonne voie, l'avenir s'ouvre devant toi! je t'embrassekim

orphee 17/10/2008 13:49

ola orchidea,quel plaisir de lire ses lignes!!moi qui, non, no comment, on ne va pas parler de moi dans ce commentaire, mais comme à ton habitude, ton écriture est une sorte de beaume pour moi, le meilleur apaisant qui soit!je te laisse déjà, mon boss est dans le bureau, il veut me voir...et moi je veux voi rma lame!merci de nous faire partager ta force de fight!garde le cap et *TaKe CaRe*

*anorchidea*

  • : [La pÂleur mOntre JusQu'où le cOrps PeUt cOmprendRe l'âMe]
  • : Le pardon ne pouvant s'envisager, seule une vengeance violente, une décharge de tout ce qu'il y a de mauvais, malsain, au plus profond du subconscient, pourrait permettre de ne plus penser aux noirs souvenirs qui gangrènent ma chair me rendant chaque jours un peu plus malade. Mes pieds s'enlisent, mon esprit les suit. Je me perds. L'anorexie fait partie de ma vie depuis trop lontemps.
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