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16 avril 2006 7 16 /04 /avril /2006 22:51
Voila deux semaines que je suis maintenant hospitalisée en hopital psychiatrique, arrangement que j'ai négocié durement avec le psychiatre. Je profite d'une journée chez ma maman, qui m'a trimballée un peu partout aujourd'hui, permission du W.E...
J'ai échappé à l'hospitalisation au CITD de Lille. Je ne sais plus s'il faut que je m'en réjouisse, ou s'il faut que je me flagelle. Je ne sais pas ce que j'attend, je ne sais pas ce qui m'effraie tant, à part peut être la réalité.
Ici, les patients sont "rééllement" malades, pathologies lourdes, légéres, passagéres ou permanentes. Ca peut faire peur, mais je les affectionne, tous. Ils ne me font pas peur. Eux ont de vraies pathologies, auxquelles ils ne peuvent pas échapper. Ca ne me fait pas peur, parceque je ne suis pas concernée, c'est certain,et tellement lâche surtout. Je les regarde avec admiration, campés dans leurs rôles de malades mentaux, dégénérés, déjectés par la famille, abandonnés là par épuisement, parcequ'ils représentent un poids, intraitable. Et ils trainent leurs souffrances, leurs maux à travers les couloirs qu'ils traversent de long en large tout au long de la journée, ponctuée par les traitements attendus avec hâte. Je les regarde avec affection, me presse pour les aider, les calme, les écoute.
enfin, les "écoutAIS"; aujourd'hui je suis bloquée dans ma chambre, je ne peux plus sortir, parceque ça devenanit frénétique et je m'imposais presque dans la relation patient/traitant, ce qui est pas tellement sain...Surtout qu'on se demande tous qui je suis pour me permettre de soulager la douleur d'autrui, quand mon corps gueule la souffrance de tout son poids.
Je ne peux pas sortir sans être accompagnée, et n'ai le droit qu'à une demi-heure tous les deux jours, avec une pomme.
Je mange comme je veux et n'ai aucun contrat ou quoi que ce soit, à part des activités trés restreintes, c'est à dire pas sortir et encore moins participer aux cours de sport...en gros j'ai le droit de rester dans ma chambre à regarder le jardin, par les 7cm d'ouverture qu'offre la fenêtre. Je rumine beaucoup, le temps est long, les appels téléphoniques limités mais pas interdits, finalement c'est pas si mal.
je ne veux recevoir aucune visite, d'autant plus que je sais parfaitement qu'à l'issue de ce séjour je n'aurai pas grossi; je ne suis pas là pour ça.
Cela ne dépend que de "mOi".
est ce que je vais me faire ce plaisir là?
Je peux ne pas grossir, mais le sens invers ne marche pas; cette semaine, j'ai réussi à perdre un kilo (insomnies dues au lieu, aux souvenirs qu'il engendre, le stress, le ruminement, les exercices nocturnes...), et cela n'anonce pas une sortie trés proche. J'ai le droit de disposer comme je l'entend, aprés la signature d'une décharge.
Seulement il est convenu, avec ma mére, que si rechute il y a , HDT tu auras.

J'erre sans but en attendant le prochain traitement, les prochaines sources d'une évasion soudaine, traversant les murs bétonnés je m'accroche aux nuages dans l'attente d'une nouvelle vie.
Il fait bon, je m'envole doucement avant la désillusion de la nuit.
Les cris réveillent, je sanglote silencieusement avant de me prendre la lumiére d'une lampe torche en pleine face. "Mademoiselle, vous devriez dormir maintenant!" Qu'est ce q'ils croient ces abrutis, qu'on le fait exprés ou quoi? Aller tiens, jvais me faire une nuit blanche, j'irai mieux aprés, c'est bien connu!!!? J'avais envie de lui hurler "mais va te faire foutre connasse!", mais je ne pense pas que ça joue en ma faveur, ni que ce soit trés poli, et surtout je trouve que c'est un peu hâtif comme jugement, il y a plus objectif tout de même...^^

Je ne sais pas encore ce que va m'apporter cette hospitalisation.
Les résultats des analyses ne sont pas bons, mais je ne suis pas prête à me laisser faire, alors...
En attendant, les pansements sont la pour compenser. on sait bien que ça va se décoller, mais on en remet toujours, dans l'espoir que ça cicatrise quand même. L'HP est un de ces pansements. Cela offre juste un "mieux-etre éphémere", on le sait tous. Le psychiatre me l'a confirmé sans honte, tant qu'il n'y aura pas de traitement de fond, je serai toujours entre les deux...
Je ne repartirai pas guérie d'ici, ni plus lourde ou je ne sais quoi. Je repartirai juste reposée.
C'est déja pas mal, c'est sur.
mais je me demande ce que je fous ici quans meme parfois. Non, en permanence en fait.
C'est le résultat d'une prise de bec avec le psychiatre, voila ce que c'est.
Une putain d'anorexique endurcie qui refuse les soins propres à sa "pathologie".
Cela ne dépend que de moi. On peut pas me forcer à aller dans un de ces centres.
Y avait l'air d'en avoir des biens dans sa liste.
Pour les autres. Pas pour moi, ça non.
Mais quelle grosse conne. Pour qui je me prends?

je suis malade, et j'en souffre, pas la peine de jouer les surhumaines. Seulement...

J'ai tout le temps possible et inimaginable pour ressasser tout ça.
Les causes, les pourquoi.
Toutes les clés je les ai.
Toutes les questions ont des réponses, qu'en toutes ces années, (trop dailleurs) j'ai pu trouver.
comme si j'avais tous les ingrédients mais pas le mixeur, pas la recette...
Je vis dans le passé, un passé qui me fait peur et qui me reste dans les tripes.
Un passé désagréable, qui me retient là.
au fond de mes nuits, réveil anachronique, cauchemardesque.
La douleur m'arrache au pseudo sommeil, elle me brule le ventre, lacére les viscéres. "salOpe, saLope!"
Je ne veux plus être Elle, petite putain sans états d'âme, anémique désirable, séduisant le moindre peitt bout de drogue, la moindre goutte d'ethanol, quelquesoit les chemins à emprunter.
Le morceau de viande avait déja servi, que pouvais-je perdre aprés?
J'ignorais tout des conséquences.
Une fois que l'on a viré  sa dignité, la retrouver parait impossible. Insurmontable.
Une fois que l'on s'est acharné, comme une forcenée à se salir, encore encore et encore, sans cesse, d'une maniére perverse, minutieuse, sadique, merde, qu'est ce qu'il reste comme bouton pour fair marche arriére, ou "pause", pour mettre un peu de censure, ça et là...

Et j'erre, j'erre dans 10métres carrés, décolle et recolle les pansements. Regarde les marques.
Je n'ose pas encore toucher.
Les autres m'appellent juste l'anorexique, ça les fait rire doucement de me voir faire mes caprices, l'assiette vide et la tête haute dans le réfectoire. Ils s'amusent de mes réponses aux autres médecins, s'amusent de mes raisonnements idiots, que je tente de ridiculiser au possible pour les voir rire. De paraitre lucide, sure de moi, forte. Bon public.
Je ne suis pas une vraie malade, pas comme eux.

On s'échange les traitements, biaise les soignants,vole du sucre, des desserts, des biscuits ou du pain pour les diabétiques, les patients sous cortisone.
Parfois je prends de la bouffe moi aussi, sous les regards ébahis du corps médical, qui déchante vertigineusement lorsqu'il s'aperçoit de la distribution bruyante qui s'ensuit.
des vrais gamins.

On se fait plaisir, on me finit mon assiette quand j'ai voulu faire un effort qui s'est averé vain.
Finalement on s'aide pas vraiment ^^
On dirait des gamins.
je m'en fous.
Je ne retserai pas ici longtemps.
J'attends quelques résultats d'analyse, me repose, regagne le putain de kilo que j'ai perdu et repars.
J'ai un contrat intérim qui commence dans 2 semaines, et j'ai pas le droit de le louper, pas le droit du tout même. Les finances sont au plus mal...

Merci à vous tous pour vos messages de soutien.
cela m'a touchée sincérement...
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commentaires

shanti 20/10/2009 12:09


deuxiéme fois qu'un message passe à la trappe, fais chier cet ordi. Le HP c'est sordide quand même, moi je comprend tout à fait que l'on ai envie de s'interposer entre les malades et les soignants
ils sont tellement con. Tu vois ta réaction est plutot saine. Je pense bien  à toi eugénie.


Lu 04/01/2007 18:15

C'est la première fois que je te lis, c'est la première fois que je suis ici. Je voulais juste te dire que ce que tu écris me touche. Je ne suis personne, je suis une anonyme...mais ça me touche.

[AnO]rchiDeA 18/02/2007 17:24

Merci à toi Lu.
Tes mots me touchent également^^

Laurence 22/04/2006 13:09

... courage ... et douceur.

Lisanka 17/04/2006 12:53

C'est vraiment super émouvant ce que tu écris là. Franchement, j'en suis toute retournée, tu ne peux pas savoir. Je trouve ça bête que tu sois enfermée là-dedans alors que ça ne t'apporte rien, que ça ne guérit pas tes maux. Ca me fait mal mais j'aimerais te dire qu'on peut se sortir de l'enfer sans hospi. J'en suis une preuve, preuve qu'on peut aimer la vie après avoir insulté son corps. Preuve qu'on peut vivre après l'anorexie. Tu as un avenir! Il faut juste que la haine de la maladie devienne plus forte que les satisfactions et les substitus qu'elle te procure. N'écoute pas la voix perverse qui te dit de maigrir. Si tu prends ce kilo, ce n'est pas pour sortir de l'hôpital, il faut que ce soit pour la vie, pour ce qu'il te reste à écrire. Le passé, on ne peut pas agir dessus. Tu es cependant mâitre de ton présent et de ton futur. Bisous tout doux,
Lisanka
 

*anorchidea*

  • : [La pÂleur mOntre JusQu'où le cOrps PeUt cOmprendRe l'âMe]
  • : Le pardon ne pouvant s'envisager, seule une vengeance violente, une décharge de tout ce qu'il y a de mauvais, malsain, au plus profond du subconscient, pourrait permettre de ne plus penser aux noirs souvenirs qui gangrènent ma chair me rendant chaque jours un peu plus malade. Mes pieds s'enlisent, mon esprit les suit. Je me perds. L'anorexie fait partie de ma vie depuis trop lontemps.
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