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23 décembre 2008 2 23 /12 /décembre /2008 19:06
Voila enfin quelques jours de permission devant moi. J'ai dû mentir pour les obtenir. Du genre inventer un séjour au Touquet avec mon père. Mais il fallait. Je ne peux plus rester eternellement dans cet endroit où la maladie prend le dessus sur tout. Je ne peux plus supporter ces visages défigurés par la folie. Même si ces derniers temps il y a eu quelques admissions egoïstement heureuses. Nous sommes à présent 4 à avoir entre 23 et 30 ans. Cela me fait du bien parceque l'on peut partager quelques points en commun. Quelques dépendances similaires aussi, malheureusement, mais au moins on peut discuter en connaissances de causes. Je ris beaucoup. Quelques amitiés sont nées, bien que je me sois toujours répété que l'hopital n'est pas un endroit pour se faire des amis. Je me suis fait engueuler parce que j'ai invité Luc à regarder un film d'horreur dans mon appartement thérapeutique et qu'on a fumé comme des porcs et que l'infirmière s'est pointée au moment où je me suis calée dans mon fauteuil en souriant aux anges parce que "ça" commençait à monter. J'ai cru qu'ils allaient me faire le coup des analyses d'urine mais même pas. Alors j'ai surenchéris un peu avec quelques grammes de C, de speed, ecstas, du champagne et du vin dans les veines quelques jours après. Pour ma défense, c'était mon anniversaire et cette fin d'année est dure. Pas d'excuses, mais quand même. Et puis il y a eu ce Ludovic que j'ai croisé dans la soirée et avec lequel j'ai partagé mon délirium tremens et mes hallucinations droguées. Il y a eu ces regards et puis le contact avec ses mains très douces et ça m' a destabilisée. Pas autant que le texto qu'il m'a envoyé le lendemain et les autres messages qui ont suivi. Et puis cette conversation que j'ai eu avec mon meilleur ami pendant cette même nuit ou plutôt l'after parcequ'il était quand même 11h du matin et nous n'avions toujours pas dormi. Conversation durant laquelle j'ai appris que Ludo m'appréciait beaucoup et qu'il parlait beaucoup de moi. J'ai dit dans un sourire "ah bon?" avec quelque chose d'innocent mais mes yeux pétillaient trop pour que ces mots traduisent un quelconque détachement. La verité c'est que j'ai pasé une putain de soirée et que j'aime sa présence et qu'il me destabilise et que lorsqu'il pose ses mains sur moi je suis petrifiée alors qu'en temps normal je me fous complétement des contacts qu'un mec puisse avoir avec mon corps parceque je hais ce dernier et que je le livre en pature au premier venu tant que je suis pétée. Pathétique mais véridique, c'est dire à quel point il y a division entre mon corps et mon esprit, j'arrive à m'en détacher complétement jusqu'à m'enfuir dans des rêves lointains pendant que l'autre s'affaire sur moi. C'est horrible. Et toutes ces nuits défilent dans ma tête lors de mes crises d'angoisse; je me souviens comme mon corps est dégueulasse, meurtri, sali. Mort.
Lorsque ses mains m'ont effleuré j'ai tressailli parceque la honte m'a envahie. J'ai eu envie de lui dire, "je ne peux pas te faire ça, faut que je sois franche avec toi, je ne suis pas pour toi. Tu es trop hônnête et sincére pour une fille comme moi, tu ne connais pas mon passé, je suis sale, je ne suis qu'une trainée et regarde mon corps, regarde comme c'est laid,regarde ce que j'en ai fait". Mais j'ai juste commencé à pleurer doucement avant de me refaire un rail pour rester stoïque. J'ai fini par aller me remaquiller en douce -belle invention- et revenir m'asseoir à ses côtés pour parler, il y a cette force tranquille en lui qui m'apaise, je me suis sentie bien.
Je crève de honte d'avoir ce corps, il est informe, je l'ai rongé jusqu'à l'os et ne parviens pas à garder ces putains de grammes que je me force pourtant à avaler. Pourquoi ça ne marceh pas?
J'ai perdu une deuxième dent hier. J'en suis malade et je stresse à l'idée que mon dentiste va me faire la morale pendant 1/4 d'heure. Et nia nia nia. Et ça m'est arrivé en plein repas ( le repas de mes 23 ans) et ma mére m'a fait remarqué que c'était normal vu mon état avec son air condescendant. J'ai eu envie de disparaitre sous terre pendant qu'elle déblaterait en compagnie de mon beau père qui ne m'a au passage pas loupée. Au resto, ça a d'abord commencé par "putain mais tu manges rien" ,"non mais t'as vu ce que t'as mangé", "quoi t'as plus faim t'as rien bouffé!", suivi d'un beau "Putain mais ta vie c'est de la merde". Le peu que j'avais mangé a fini aux chiottes sans aucun effort de ma part et j'ai souri en même temps que les larmes m'innondaient le visage. Adossée au mur je me suis dit qu'en effet ma vie n'avait aucun sens et j'ai eu le vertige.
23 ans. Et puis quoi? Rien. Je crois que ça a motivé ma soirée de défonce. Qu'inconsciemment j'avais envie de me mettre une race. Ce que j'ai fait consciencieusement. Les fêtes de fin d'année n'ont plus aucun sens à mes yeux et ne me font aucun effet; en fait, je les deteste. Juste une fois de plus où je dois choisir entre mon pére, ma mère, mon beau père. (Ma belle mère ayant disparu de la circulation grâce au divorce de mon père). Et de toutes manières, quelque soit le choix que je fais, ça ne plaira pas et comme tous les ans je me dirais putain en fait j'aurais dû me barrer loin d'ici et le fêter avec mes potes. Au foyer ils m'ont dit que si il fallait je pouvais passer le 24 avec eux mais rien que de m'imaginer entre les murs de l'hôpital un 24 décembre m'a foutu en l'air.
En bref, je ne peux ni affirmer que ça va ni écrire que je vais mal. C'est un peu plus compliqué et je crois que des murs s'écroulent tandis que d'autres s'érigent. Tout ce que je peux dire, c'est que ça bouge, du moins dans ma tête. J'apprends à exprimer ma colère, mon impatience, mes émotions autrement que par le schéma que j'emploie habituellement. Et c'est tant mieux.
Même si je peux paraitre froide, dure. Tant pis. Il faut que je me lance à présent. 
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commentaires

sand 04/01/2009 15:48

même si globalement ce n'est pas rose, je ne peux m'empêcher de noter ce point positif: à ton corps / coeur défendant, on sent en toi l'envie de te laisser aimer.... et ça, ma belle, c'est un grand pas... une éventuelle concrétisation te terrifie, et c'est normal, mais si déjà cette idée fait sa place dans ton imaginaire, c'est la meilleure illustration du mieux qui perce entre tes lignes depuis quelques temps déjàessaye au plus possible d'entretenir ces petites bribes de pensées qui te ramènent à une existence de jeune fille ordinaire (pour ne pas dire normale, on n'aime pas ce mot, hein?!), et essaye de tenir le coup quant au restel'environnement hospitalier te sort par les yeux et tu voudrais voler de tes propres ailes, quitte à tomber? OK, mais attends encore un peu, je te le dis d'expérience, quand tu commences à réfléchir comme ça, c'est que tu es presque prête, mais seulement presqueet même si c'est dur, il faut leur faire confiance quand ils te disent que ça n'est pas le momentmoi ils m'avaient prévenue, je me suis crue plus forte, plus intelligente... j'ai signée la décharge, suis partie... j'ai volé tranquillement pendant 2 mois... et me revoilà au sol depuis... en me disant que j aurais du faire mon temps, au lieu de m'enfuir à la 1ère améliorationgros bisous la belleet je te souhaite une très bonne année, en espérant que ce sera pour toi le début d'une nouvelle vie, en couleurs. 

melisse08 31/12/2008 00:19

"Tu t'es sentie bien à ses côtés", alors reste à ses côtés... Saisis la tranquillité quand elle s'offre à toi, et poursuis-la, cette tranquillité... Je découvre ton blog et voudrais simplement te communiquer un peu d'espoir, du courage et un message positif : tu peux t'en sortir, même si cela peut prendre du temps. J'ai été boulimique pendant cinq ans et je vis aujourd'hui sereinement, j'ai fais confiance à mon nouvel amoureux à qui j'ai révélé mon secret. Il m'a comprise et m'a aidée...Accroche-toi ! Et garde espoir ! Le chemin vers la guérison n'est pas simple, mais la vraie vie vaut vraiment le coup.  

Appoline 30/12/2008 14:19

Quand tu dis que tu ne peux plus rester au milieu de tous ces visages défigurés par la folie, la maladie, c'est que tu as déjà fait un pas, immense, ne plus te relier à ce shéma "hosto-cocon". Sache que des amitiés naissantes peuvent se prolonger au delà de l'HP, le foyer, l'hosto, la clinique. Quand les points communs deviennent d'autres que ceux de la souffrance et de la pathologie, il est possible de garder un contact plus que plaisant et fort aussi. Ceux que j'ai connu en clinique sont mes amis les plus chers, ceux qui savent par quoi je suis passée. Ceux que j'ai rencontré au détour d'un forum aussi. Et il faut dépasser ce point commun de "malades". Si tu n'y parviens, c'est peut-être que finalement vous n'avez rien d'autres à vous dire. Il m'arrive aujourd'hui d'avoir des fous rire, entre amies dont le seul dénominateur commun au départ était celui de la folie (ou de l'anorexie, ou de la boulimie), bref rien de très reluisant. Et en réalité, nous ne sommes pas amies parce que souffrant de la même chose, nous sommes amies. Point.Si ce garçon, Ludovic t'apprécie et que tes yeux pétillent autrement que parce qu'ils ont la lueur de l'alcool (ou autre), alors vas-y, ne te refuse pas à ce p'tit bonheur ;) Tu as honte, ok, ton corps le fait sentir, ok aussi. Mais il n'est pas mort...Et merde à ceux qui matent ton assiette, qu'ils regardent la leur!!!!!(Il m'a fallu du temps pour revenir...)

tibouh 30/12/2008 12:59

Bonjour ma belle orchidée, merci d'être passée par mon espace! :-)Aie confiance en l'amour, je suis avec mon mari depuis 8ans déjà et regarde malgré la maladie il reste à mes côtés... Je sais que sans lui je ne serais plus là aujourd'hui, il m'a sauvé, il me donne la forçe de continuer à me battre quand je n'en peux vrmt plus. Puis tous les moments complice que l'on passe ensemble me font passer au dessus de la maladie, quand je suis enfuie dans ses bras (je dis enfuie parce qu'il est grand et fort et que moi je suis une petite miette) je me sens dans une bulle de protection, je m'y sens en sécurité et enfin l'angoisse s'apaise... Ne t'empêche pas d'aimer et ne l'empêche pas non plus, laisse faire, ce qui doit arriver arrivera et qui sait... Laisse toi une chance! Plein de bisou

Liza Peninon 29/12/2008 23:58

Tout ça me fait très mal . Ma puce moi aussi je pense souvent à toi et je me pose les mêmes questions te concernant . Oui les vagues à l'âme m'envahissent toujours autant, mes jambes me portent de moins en moins parce que j'ai froid et pas le courage de marcher, les mots blanchissent moins mes nuits, je ne dors plus du tout pourtant, je noircis des pages par moments, moins qu'avant, et j'ai sabordé mes blogs comme tu as pu le voir . Je t'embrasse fort aussi ma puce . Liza

*anorchidea*

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  • : Le pardon ne pouvant s'envisager, seule une vengeance violente, une décharge de tout ce qu'il y a de mauvais, malsain, au plus profond du subconscient, pourrait permettre de ne plus penser aux noirs souvenirs qui gangrènent ma chair me rendant chaque jours un peu plus malade. Mes pieds s'enlisent, mon esprit les suit. Je me perds. L'anorexie fait partie de ma vie depuis trop lontemps.
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