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3 juillet 2011 7 03 /07 /juillet /2011 17:45

_Vous restez avec moi hein? Ne partez pas...vous avez froid? Vos mains sont gelées. Ça va? Oui, inspirez. Vous partez. Si, vous partez! Serrez moi les doigts. Plus fort. Je ne sens rien. Plus fort. Voilà.

Vous êtes sûre de vouloir le faire? Vous m'arrêtez sinon? 

En réalité je ne sens rien. Ni la chaleur de ses mains sur les miennes, ni le contact de sa peau, ni la pression qu'elle exerce sur mes bras. Rien. J'essaye pourtant, rien n'y fait. Si je ne sens rien, mon corps lui se cambre, se hérisse, le coeur bat anarchiquement, la respiration est saccadée. Mon ventre me fait un mal de chien. Le bas ventre, comme d'habitude. Comme si des flèches le traversaient en permanence. J'ai mal en profondeur. J'ai une envie irrépressible de pleurer, mais je ne sais pas pourquoi. Mon esprit s'évade, je me dédouble, mais mon corps se fait douloureux pour me retenir. Lutte.

Je la vois qui essaye de ne pas percevoir ma détresse. Je la vois qui essaye de rassurer. Qui essaye de faire un massage plus technique que tendre, pour ne pas me braquer. Voilà pourquoi ses questions relatives à mes réactions aux différents touchers. Connaître mes préférences; un toucher affectueux, tendre, attentif sera bien moins gérable qu'un toucher brutal, technique, détaché. 

J'étais loin d'imaginer que ce serait aussi violent. Pourtant, elle ne fait que m'effleurer. 

Je sais qu'elle voudrait que je lui dise d'arrêter. Je ne le ferai pas. J'ai envie de croire que dans quelques minutes j'arriverai à me détendre. J'arriverai à apprécier. J'ai du mal à y croire...mais je m'y cramponne. Toucher me manque tellement que ça devient obsessionnel. Je ne supporte plus d'avoir ces réactions ridicules. Sursauter chaque fois que l'on me frôle. Ressentir cette douleur dès qu'on s'approche de moi. Rejeter, vexer, stopper tous les élans affectueux qui me sont destinés. Je veux pouvoir approcher. Je veux me blottir, ressentir, serrer, caresser, aimer. 

Mais chaque fois qu'elle me touche, c'est comme une nouvelle piqure. Pourtant je ne sens rien. Je ne suis plus là. Dans mes mains même le sang ne circule plus. Elles sont tellement froides. Mortes. 

_"Revenez avec moi! Il faut rester...je préfère que vous me disiez d'arrêter. Je veux bien faire ce compromis, je veux bien céder à votre demande bien que vous sachiez que j'ai très envie de m'y opposer. Mais, en contrepartie, je compte sur vous pour me dire non si ça ne va pas. Je ne veux pas être votre instrument de torture, encore moins m'inscrire dans votre quête de performance. D'accord? J'y vais. Le deuxième bras. Vous êtes gelée...J'y vais.

Mais Je vois bien qu'elle ne me masse pas. Je me suis demandée sur le coup si...je m'en serais rendue compte si je ne l'avais pas regardée faire. Si je ne l'avais pas regardée marquer cette hésitation d'un long temps de lutte interne. Je sais qu'elle s'est prise dans mon piège. Je sais qu'elle sait. Elle ne voulait pas, je lui ai dit que je saurai dire non. Stop. Elle a cédé à contre coeur. Je lui ai promis encore une fois. Elle sait que je veux y arriver. Mais elle sait aussi que ça m'est insupportable, et même carrément douloureux.

Je lui ai dit d'y aller, elle ne l'a pas fait.

_Allez y! Vous pouvez y aller je suis prête...jvous jure que c'est vrai. Allez-y.

_J'ai le droit d'y prendre du plaisir, moi, à vous masser?

_Rire très nerveux. Du plaisir? 

_Du plaisir oui. 

_Malaise. J'ai beaucoup pensé à ces massages vous savez. Je ne sais pas de quoi j'ai le plus peur. Que vous soyez dégoutée de le faire et que vous me disiez un jour ne plus vouloir le faire, ou le simple fait d'être touchée. Je ne sais pas la quelle prime. Ce qui est sur c'est que...non, pas de plaisir. Vous ne pouvez pas avoir de plaisir à ME masser. C'est...étrange de parler de plaisir tout en touchant MA peau. Non? J'ai tellement peur que votre regard change. J'ai tellement peur que vous me voyiez autrement. 

_Ecoutez, je vais être claire. Vous me touchez. Pour le coup, au sens figuré du mot toucher. Je ne sais pas pourquoi, mais vous me touchez, c'est comme ça. Tous mes patients m'importent, vous, un peu plus. Mais mon regard est professionnel. On n'ira pas manger ensemble, ni à des concerts, ni boire un café, ni...mon regard est juste, professionnel vous voyez? Est ce qu'il a changé depuis que je vous parle prostitution, que je vous conseille des lectures sur le sujet? Non, si? Il faut me le dire sinon. Vous êtes dans un bureau, en sécurité. Vous le connaissez depuis des années, c'est avec moi, et...je ne suis pas dotée de supers pouvoirs. Vous avez l'impression que lorsqu'on vous regarde, lorsqu'on vous touche on vous voit de l'intérieur...! Mais non, on vous voit, telle que vous êtes. Sur le moment présent. En vous touchant je n'ai ni pensées, ni images de vous dans d'autres situations que vous ici et maintenant. C'est toujours pareil, vous vous voyez tellement sale que vous voulez qu'on voit voie sale. Non. J'ai accepté de vous masser suite à votre demande, et parce que si je vous suggère sans cesse de faire des compromis, il fallait moi aussi que j'en fasse, d'accord. A travers ce massage, j'essaye d'avoir le plus de "distance" possible, je sais qu'il ne faut pas que je sois trop "tendre", et qu'avec vous plus c'est trash mieux c'est...il est évident que je ne peux pas non plus vous malmener, hein...mais j'essaye. Que ça ne soit pas trop douloureux pour vous. C'est quand même amusant; avec vous je dois masser pour que vous reveniez, avec les autres je masse pour qu'ils s'abandonnent...vous êtes pleine de surprises mademoiselle S...pleine de surprises.

En échange, il faut vraiment, mais je compte sur vous...que vous me disiez non si c'est trop insupportable. Je fais un compromis, ce qui ne veut pas dire que je cède complètement, d'accord? Vous ne venez pas ici à une séance de torture. Je ne veux pas que vous repartiez complètement violentée. Je ne veux pas non plus que les images reviennent, les images ou les sensations d'ailleurs. Pas avec moi. Je veux que ce bureau reste un endroit sécuritaire pour vous. Pas un lieu où vous vous confrontez à l'insupportable."

   

J'ai l'impression d'agir comme eux. De savoir ce qui est bon pour mon corps, et de lui imposer sans même écouter son avis. L'entendre geindre mais continuer malgré lui. Et en même temps, comment je dois faire? Comment je dois faire pour récupérer le contact?

Je ne sais pas pourquoi ces massages sont si terribles. Comme si c'était une défense...comme si, à chaque toucher, mon corps se souvenait de ce que je lui ai fait subir pour hurler un non peut être inaudible, mais douloureusement et tristement intense.

 

_Vous me laissez votre corps en pâture c'est ça? Comme ça vous pouvez vous dire que vous l'avez fait, vous pouvez vous satisfaire d'y être arrivée...mais en réalité, ça n'est que comme d'habitude pas vrai? Vous balancez votre corps pour qu'on le tripote, vous le reprenez quand c'est fini? Eugénie...pourquoi?

Chhhttttt...c'est fini. C'est fini. Vous y arriverez je vous le promets. C'est juste...pas de pression d'accord? Pas de pression. On va y arriver. Vous allez y arriver. Doucement. Sans violence. On arrête la violence. 

 

Il y a aussi cette séance d'EMDR qui m'attend. J'en ai une peur bleue. Le résultat, pourquoi pas. Mais je sais ce que ça fait sur le coup. Tout revivre. Tout ressentir. Le traumatisme, les images, tout...le glauque, le sordide, le cru. Tout dire à l'oral? Veux pas qu'elle entende "ça". Mais il faut que ça sorte. Une bonne fois pour toutes. Ne plus se laisser parasiter par tout ça. Vomir, et tirer la chasse. Ne pas mettre les doigts dedans pour trifouiller les grumeaux. Je l'ai prévenue. Je l'ai prévenue de ce qui allait sortir de ma bouche. Le glauque le sordide le cru.  Les overdoses le cul les squats. Les vols les garde à vue le cul. Le cul  l'alcool le manque. Faire une croix dessus. Rouge vif. Et enf finir. Une fois pour toutes.

 

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Published by [AnO]rchiDeA
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commentaires

http://www.cybergerie.fr 13/07/2016 04:23

Pour une fois j'ai pris une décision raisonnable.

B 10/07/2011 01:10



Bam.



Ludivine 07/07/2011 17:08



Ta relation à ton corps me perturbe. Moi aussi j'ai fait du mal au mien mais pas autant. Et j'adorait qu'on le touche. Enfin, pas n'importe qui, des femmes, des femmes bienveillantes. L'idée
qu'un massage puisse t'être une torture...me laisse perplexe. En même temps je ne suis pas à ta place, je ne peux pas comprendre. Je n'ai pas vécu "cette chose horrible". Peut-être qu'à ta place
j'aurais réagi pareil, le cul les squats la drogue l'alcool. Ou peut-être me serais-je tuée, je n'en sais rien. J'espère qu'à force de persévérence, tu vas te réapproprier ton corps, l'aimer,
accepter qu'il soit aimé et qu'on lui fasse du bien. Je pense que ça viendra, rien n'est perdu, rien n'est foutu, 25 ans c'est super jeune, je pensais pas ça avant mais sans déconner 25 ans c'est
encore le début. Tout peut encore s'arranger. Tout peut aller beaucoup mieux. Moi j'y crois.



[AnO]rchiDeA 09/07/2011 12:35



Tu as raison, on ne peut pas savoir. Tu ne peux pas. Imaginer, oui. Mais finalement, on sait bien qu'il y a un sacré fossé entre ce qu'on imagine et la réalité.  Combien de fois me suis-je
dit que le jour où je serais agressée, le type ne s'en sortirait certainement pas indemne? C'était compatible avec mon caractère impulsif, ma manière d'être. Quand ça m'est arrivé, je n'ai pas
crié. Je ne me suis pas défendue. Je ne l'ai pas frappé. Il est parti tranquillement en souriant, les mains dans les poches. 


Comme tu le dis, oui, c'est sûrement l'acte qui m'a marquée, ou marqué l'histoire de mon corps. C'est très particulier d'ailleurs, puisque j'accepte qu'on le touche mais...alors je m'abandonne
complètement. Je ne suis plus là.  Sorte de pacte. Et puis, ce ne sont pas des touchers agréables de toutes manières. Je n'ai aucune envie de les ressentir. ca ressemble plus à une sentence,
une punition qu'à un moment agréable. Ce n'est pas un abandon détendu, c'est un abandon pour survivre. Soyons claires, ça n'est que ça. De la survie. Par ailleurs, depuis cette date, je me sens
sale, mais sale à un point...c'est au delà du dégoût. Depuis, c'est simple, mon corps et moi avons purement et simplement divorcé.Par facilité. Il fallait que je m'en sépare, il ne m'appartenait
plus. Juste une enveloppe, rien de plus. je ne peux pas concevoir que les gens qui soient proches de moi me touchent, car j'ai trop peur qu'ils se salissent, pire, qu'ils ressentent, qu'ils
"voient" ce que j'ai fait de lui, de mon corps. J'ai l'impression de transpirer le vice, et c'est tellement fort que j'ai toujours l'impression qu'en me frôlant ils vont tout voir, s'apercevoir
du subterfuge. Je sais que c'est irrationnel, je sais que c'est impossible...comme toutes les phobies tu me diras. On sait bien qu'il n'y a pas de danger, mais...c'est plus fort. Il ne s'agit pas
de simplement "savoir" pour dépasser ça. Et alors, dès que le toucher dépasse l'aspect "réflexe", par exemple, je n'ai pas peur d'une poignée de mains ou de faire la bise, mais au delà...ça
devient bien plus compliqué. Je n'arrive pas, comme je l'ai écrit, à savoir si j'ai peur de "salir" les autres, comme si j'étais contagieuse, ou si j'ai peur d'être touchée, simplement. Il y a
une angoisse horrible quand je sens qu'il y a "plus" derrière un geste, un contact. Comme s'il fallait les protéger de moi, comme si je n'acceptais pas leur tendresse parce que je n'y ai pas
droit; ils ne peuvent pas aimer ce corps, là, pas après ce qu'il a pu faire. Tu vois ce que je veux dire? Il est arrivé un fois, qu'un homme que j'avais "séduit", me traite avec une certaine
tendresse, avec respect, me pose des questions, veuille m'embrasser dans le cou, doucement. ca a été insupportable. Un vrai supplice. C'est tellement plus facile quand il n'y a aucune émotion,
que le contact reste froid, cru, trash, c'est vrai. Quand on me traite comme "on doit me traiter". Putain c'est horrible ce que je t'écris. ça me fait plus mal que ce que je pensais...j'ai
toujours cru que ça ne m'atteindrait pas. Mais c'est faux. Parce que le corps a une mémoire. LA douleur que j'éprouve quand la psy me masse n'est pas anodine. Le fait que j'ai mal à cet endroit,
le bas ventre, n'est pas non plus anodine. Même si cet endroit...je le censure volontiers, je sais bien qu'il y a une signification certaine.


Tu ne peux pas imaginer comme ça me manque. Comme j'aimerais pouvoir montrer mon amour par des gestes. Comme j'aimerais me blottir, caresser. Aimer. Désirer...J'adorerais moi aussi. Pas n'importe
qui non plus; des gens qui comptent pour moi. Un homme que j'aimerais. Pas celui que j'ai croisé il y a 5 minutes au bar. Pas celui qui m'a vulgiarement claqué les fesses comme si je lui
appartenais. Si un jour j'avais cru que j'girais de la sorte, je crois que j'aurais préférer mourir. Mais non. Je le fais. Et le pire. Le pire, c'est que c'est moi qui choisis de le faire.  



ppm00 06/07/2011 19:08



"Comment c'est possible, quel est ce mécanisme. Je ne sais pas. Mais je me suis toujours dit que si j'avais cette capacité à supporter, même très longtemps...il y a un jour où ce sera trop. Où la
limite sera dépassée. Où je ne serai plus capable d'encaisser. Car non, le corps et l'esprit ne sont pas dissociables. Tôt ou tard, ça débordera. Forcément."


Je crois que le mécanisme fonctionne à l'envers : tu as subi, et pour arriver à survivre tu as débranché Corps.


Tu reproduis ce réflexe de protection où tu as disjoncté pour survivre.


On reproduit souvent ce qu'on a vécu, ou son contraire, mais en cela on en reste esclave. Un enfant battu risque de frapper et/ou d'être frappé, un enfant violé risque d'être un violeur/violé.
Quand on est enfant on apprend tout, le bon ... et le mauvais, c'est la merde de désapprendre tout ça, mais je trouve que tu te démerdes pas mal



[AnO]rchiDeA 09/07/2011 12:51



Oui. Oui à tout. De toutes manières, c'est bien dans sa phrase "vous vous voyez sale, donc vous voulez qu'on vous voie ainsi". Elle aurait pu rajouter "et que l'on vous considère de la sorte". Ce
n'est pas anodin de toutes manières de ne pas supporter les touchers affectifs, mais de céder à ceux qui me mettent à la place de l'objet sexuel. 


Oui, il faut que je désapprenne , c'est exactement ça. C'est un peu long, parce que bordel, c'est sacrément bien encré
en moi...je crois que je pose systématiquement la question "vous êtes sure que je vous dégoute pas hein? enfin sinon on arrête, je préfère vraiment que vous me le disiez...je vous dégoute?" à la
psychomotricienne. Je connais sa réponse, mais j'ai terriblement peur qu'un jour elle change. Et tout le long de la route ma seule angoisse c'est celle-ci. Mais petit à petit sa réponse m'apaise.
Et je compte aussi sur l'EMDR, c'est vrai.



ninaK 06/07/2011 10:09



je suis très émue et très touchée comme toujours...



*anorchidea*

  • : [La pÂleur mOntre JusQu'où le cOrps PeUt cOmprendRe l'âMe]
  • [La pÂleur mOntre JusQu'où le cOrps PeUt cOmprendRe l'âMe]
  • : Le pardon ne pouvant s'envisager, seule une vengeance violente, une décharge de tout ce qu'il y a de mauvais, malsain, au plus profond du subconscient, pourrait permettre de ne plus penser aux noirs souvenirs qui gangrènent ma chair me rendant chaque jours un peu plus malade. Mes pieds s'enlisent, mon esprit les suit. Je me perds. L'anorexie fait partie de ma vie depuis trop lontemps.
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