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23 février 2011 3 23 /02 /février /2011 09:03

A ces mots, Betty a poussé un espèce de râle sinistre, presque animal, un truc à vous glacer le coeur. J'ai eu juste le temps de l'apercevoir en train de saisir une fourchette qui traînait sur une table, la salle a paru s'illuminer et elle a bondi sur la bonne femme avec la rapidité de l'éclair.

[...]J'ai trouvé qu'il faisait une chaleur insupportable à ce moment là. J'ai eu le temps d'attraper Betty à bras-le corps avant qu'elle fasse vraiment une connerie, je l'ai tirée en arrière de toutes mes forces et on a roulé jusque sous une table. [...] Je lui tenais les mains plaquées au sol et elle secouait la tête en gémissant. J'y comprenais plus rien, je me rendais seulement compte que je pouvais plus la lâcher, je me suis senti malheureux.

Betty secouait la tête comme un métronome pendant que je bredouillais les pires âneries du genre ça va pas, ma belle, tu te sens pas bien...?

[..] Le silence a coulé dans le restau comme de la glu.

Elle secouait plus la tête, mais je sentais son corps dur comme de la pierre sous moi, c'était presque effrayant, j'avais l'impression d'être couché sur des rails de chemins de fer.Je l'ai lâchée tout doucement et comme ça se passait bien, je me suis laissé glisser à côté d'elle, je me suis aperçu qu'on était trempés de sueur. Le carrelage été glacé, poisseux, couvert de mégots, le rêve.

J'ai touché son épaule, sa merveilleuse petite épaule, mais ça a pas donné  ce que je voulais. En fait, le résultat fût terrible. Le contact de ma main a déclenché je ne sais quoi dans son cerveau. Elle s'est tourné en gémissant puis elle a éclaté en sanglots. C'était comme si on m'avait poignardé sous la table.

Je me suis collé dans son dos et je l'ai caressée doucement, mais y a avait rien à faire. Elle se tenait en chien de fusil, tous ses cheveux étalés autour d'elle, dans cette merde et les poings serrés contre sa bouche.

Elle pleurait, elle gémissait. Son ventre faisait des bonds comme si une bestiole était enfermée là-dedans. On est restés comme ça un bon bout de temps avec  la lumière pâle de ma rue qui se reflétait sur le sol et toute la misère du monde s'était donné rendez-vous sous cette table. J'étais brisé, j'en avais ma claque. Ça servait a rien de lui parler, j'avais tout essayé et ma voix n'avait pas de pouvoir magique. C'était un constat amer pour l'écrivain Je savais même pas si elle se rendait compte que j'étais là.

 

Cet extrait est tiré du Livre 37°2 le matin, de Philippe Djian

 

 

 

 

dalle.jpgBetty c'est...betty c'est sans doute la borderline la plus célèbre que jconnaisse.

Dommage qu'elle fnisse aussi mal. Jsais même pas si elle aurait pu se satisfaire de la vie. Mais j'aime à espèrer qu'elle aurait pu. Elle aurait pu bordel de merde...

 

 

 

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Published by [AnO]rchiDeA - dans Dark babyDoll
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commentaires

http://www.vip31-badminton.fr 13/07/2016 04:26

On ne peut pas être plus forte que l'anorexie.

Stone 28/02/2011 20:48



Ce roman est juste sublime, l'as tu lu en entier?



[AnO]rchiDeA 05/03/2011 08:27



Je suis en train, mais bon, ça doit être la trentième fois haha, c'est mon livre de toujours ;)



ptitedelph 28/02/2011 15:27



Oupss... j'ai raté un épisode, çà m'apprendra à lire les articles ds le bon sens, désolée Suis pas blonde tout le
temps, promis



[AnO]rchiDeA 05/03/2011 08:31



OooooOH ma ptitedelph alors! hahaha, pas grave. Moi je suis plus souvent betty que celui qui la maintient dans ses bras.


Et suis complètement d'accord avec tout ce que tu dis plus haut.


Des bises



ptitedelph 28/02/2011 15:22



J'ai les larmes aux yeux en te lisant... A un autre degré, je m'y retrouve, sauf que je ne ferai jamais de mal à quiconque, sauf à moi. Je dis que je disparais ds mon autre monde, on dirait qu'il
y a un interrupteur dans le cerveau qui met le bouton de l'autre côté et qui éteint le monde réel. C'est triste à dire, parce que j'ai un ami, le plus proche de moi, qui a dû parfois faire ce que
tu as fait avec Betty, sauf que le fait qu'il me tienne était encore pire, parce que je ne pouvais pas aller jusqu'au bout de mes gestes. Attendre que çà passe... Impuissant... Tu ne pouvais rien
faire de plus... Tu as été là alors que d'autres auraient fui en courant, ne te souviens que de çà... Tu étais là dans une situation terrible... Je te fais de gs bisous



ppm00 28/02/2011 10:00



Bien sûr qu'elle aurait pu, toutes les histoires peuvent exister



[AnO]rchiDeA 05/03/2011 08:37



Ah, merci d'y croire!



*anorchidea*

  • : [La pÂleur mOntre JusQu'où le cOrps PeUt cOmprendRe l'âMe]
  • [La pÂleur mOntre JusQu'où le cOrps PeUt cOmprendRe l'âMe]
  • : Le pardon ne pouvant s'envisager, seule une vengeance violente, une décharge de tout ce qu'il y a de mauvais, malsain, au plus profond du subconscient, pourrait permettre de ne plus penser aux noirs souvenirs qui gangrènent ma chair me rendant chaque jours un peu plus malade. Mes pieds s'enlisent, mon esprit les suit. Je me perds. L'anorexie fait partie de ma vie depuis trop lontemps.
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