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1 décembre 2012 6 01 /12 /décembre /2012 18:18

Cet espace me manque. Vous me manquez. Tout a commencé ici, et "déménager"...s'avère plus difficile qu'il n'y paraît. Déjà, parce que je sais que quelques personnes viennent jeter un oeil indiscret sur mes écrits que je censure en conséquence. Et que cet espace, ici, il est mien, me correspond, et correspond le mieux à ce que j'ai de plus intime en moi. Vos paroles, conseils, soutiens, encouragements, interrogations, me manquent. 

Les commentaires qui m'ont émue, touchée, interloquée, surprise, énervée, attendrie...me manquent. 

Je ne sais pas si j'y reviens définitivement, la bulle tumblr est autre, plus...imagée, moins textuelle. Moi, j'ai besoin des deux. Symboliser ce que je ressens par l'image, mais aussi l'écrit, qui est ma première priorité. Et puis mes attaches sont ici. Les gens que j'aime sont ici. 

J'avance. Petit à petit, mais j'avance. Après Berlaimont, où nombre d'entre vous m'ont écrit pendant cette post-cure de 4mois, j'ai passé l'été à travailler, en me défiant de ne pas pour une putain de fois de ma vie passer l'été à l'hopital, comme tous les ans. Je rentrais à peine de post-cure, les proches m'ont trouvée changée, les soignants aussi, quelque part, j'avais l'impression qu'on m'attendait un peu au tournant. Ne pas décevoir. Ne pas lacérer les espoirs. Alors, bon petit soldat, j'ai repris le chemin du boulot, à moitié dans les vapes, mais bien consciente que le travail est pour moi un pilier essentiel; j'aime ce que je fais. Mon boulot est apprécié, et me valorise, ce qui est assez gratifiant...et me redonne un peu de confiance en ce que je fais. Mon boulot, c'est un peu la seule preuve que j'ai de mes "capacités". J'ai réussi au moins un truc; je suis peut être une handicapée de la vie, j'ai peut être plus passé de temps dans les hôpitaux psychiatriques que sur les bancs de l'école, mais aujourd'hui, je suis payée pour faire ce que j'aime. Et ça, ça compte. Oui, j'ai du mal à me lever le matin, après m'être endormie à 4H du matin, il n'empêche, j'arrive avec le sourire au bureau. Et pendant que je regarde tous les gueules crispées dans le métro, je me dis que quelque part, je suis quand même chanceuse.

Quand je regarde les étoiles tatouées sur mon poignet droit, c'est un peu ça la signification. J'ai traversé de sacrées merdes, et il y en aura encore sur ma route. Mais j'ai de la chance. J'aurais pu mourir des centaines de fois, j'aurais pu avoir beaucoup plus e complications à cause de l'anorexie, j'aurais pu attraper le sida et quantit"s d'hépatites et autres MST, quant aux overdoses et comas éthyliques...je n'en parle pas. Ou alors j'ai le cul bordé de nouilles, ou alors j'ai un instinct de survie que je ne soupçonnais même pas. L'Homme est fait pour se battre. 

A la fin de l'été, début Septembre, l'héroïne m'a fait les yeux doux, à nouveau. Sûrement des personnes que j'ai croisées au mauvais endroit au mauvais moment. Au moment où déjà, je pensais à reprendre...et dans un lieu où, les petits sachets blancs affluent. J'ai craqué. Je me suis dit qu'après presque 6 mois d'abstinence, j'y avais bien le droit, un tout petit peu. Rien qu'une fois. Comme quand on recommence à maigrir, et qu'on est certaine que l'on va contrôler, hahaha, cela n'est que mensonge. et au fond, on le sait. Mais il est déjà trop tard lorsqu'on réalise les désastres. Les doses qui augmentent. D'abord on se pose des questions, et puis rapidement, on s'en fout, plus rien n'existe autour, sauf cette récompense qui nous attend sagement pour "fêter" solo la fin de journée. Quelle fête! tu parles. Au fur et à mesure qu'on augmente la dose, tout en recherchant les émois de la première fois, les descentes se font plus violentes. Heureusement, j'ai toujours une tonne et demie d'anxiolytiques dans ma boîte de pandore. J'ai commencé à avoir des problèmes. de comportement, déjà. Au travail, ensuite. Et puis mes fréquentations...coucheries, et autres problèmes liés à ce milieu, dont le fric, m'ont poussée droit dans le mur; j'ai décidé de partir en Rehab. Un peu moins glam' que celle des stars, en plein quartier de Roubaix (nord), ma première hospi hors psychiatrie. Le choc fut assez frontal. 

Le manque et les crampes, j'ai connu. C'est pas le pire, même si parfois on préférerait se pendre plutôt que de subir ce froid permanent, les crampes, le vide, les suées, les tremblements, les cernes, le manque, comme on l'a jamais ressenti. Les infirmiers qui veulent pas te filer d'anxyos en plus, ou qui attendent de voir "jusqu'où tu peux tenir" avant de te filer le sacro saint valium, la mère méthadone, et tout ce qui s'ensuit. On m'a dit "si vous vous scarifiez c'est dehors", je me suis scarifiée, pour voir ce que ça faisait, on m'a pas mise dehors. J'ai eu la peur de ma vie, parce que ma mère l'aurait pas supporté, je crois que je m'en serais pris une. 

J'ai pleuré, hurlé, pas bouffé pendant dix jours à part du thé, fait des malaises, mais j'en voulais. J'ai tout de même fini par signer une décharge. J'en pouvais plus. La promiscuité, la violence entre patients -imaginez 15 personnes réunies en manque- , l'enfermement, le règlement, je peux pas. Oppressée; je supporte pas bien l'enfermement en fait. Même, pas du tout. J'ai appelé ma mère, j'ai passé un contrat avec elle, et je me suis cassée. Heureuse.

Je suis peut être partie avant, mais je reprends rien. Finalement, ce que je prenais comme un échec était plutôt une réussite; je ne consomme plus, j'ai appris des choses...et j'ai pas pété tout le service comme une hystérique...comme je sais faire. C'est pour cette dernière raison que je suis partie. La peur de ne plus être moi, de faire une crise, et de tout péter. de me retourner contre les infirmiers, et tous ceux qui sont sur mon passage, de faire certains passages à l'acte dont j'ai le secret, et de devoir être transférée dans une unité psychiatrique contre mon gré. Il fallait que je protège mes arrières. Une signature sur ce putain de papier et c'était fini. Liberté chérie. 

Je revois toute mon équipe de soignantes, ma psychologue, la psychiatre du centre tox, la psychiatre du CMP...et je me sens encadrée. (Re)cadrée. Le trouble borderline a été redéfini en "trouble grave de la personnalité état limite côté F60.31", et surtout, confirmé. Je participerai à des études au cours du mois de janvier dans un service spécialisé, pour essayer de permettre de faire avancer les recherches et qui sait, tenter de trouver un traitement qui serait enfin adapté. Aujourd'hui, les laboratoires s'en tapent, le terme borderline est attribué à tout bout de champs, sauf que "les vrais", ils sont sur le bas côté. Alors, quand on m'a proposé de participer à l'étude, j'ai dit oui tout de suite. Peut être enfin l'occasion de poser une pierre à l'édifice. 

Aujourd'hui, je monte ma propre entreprise de communication en tant qu'infographiste, et je n'ai pas vraiment à me plaindre. Je sais que mes revenus seront aléatoires, que mon travail rejoint un peu l'artisanat et le statut d'artiste, mais je m'en fous. je fais ce que je veux. Des comptes à rendre, mais surtout à moi même. Je suis en pleines démarches, procédures et recherches de places en maison de jeunes travailleurs. J'ai décidé qu'il était temps pour moi de prendre un appart', tant pis pour les risques que cela comporte pour une personne comme moi...je sais que c'est à double tranchant, que soit j'apprends à me mettre des limites toute seule comme une grande....soit...ce sera grandeur et décadence -et culpabilité et ainsi de suite- à la clé. C'est précisément ce deuxième tranchant que mon équipe redoute; les foyers de jeunes travailleurs m'ont donc été conseillés avant de prendre une autonomie totale. A voir. Je cherche, on verra bien. 

En même temps, les échanges psys se font plus intensifs, peut être parce que j'y suis prête. A entendre, écouter, et accoucher de choses censurées depuis des dizaines d'années. C'est étrange d'écrire ça après plus de dix années de thérapie, mais j'ai l'impression que le "travail" commence maintenant. Il y a des choses qui piquent, des choses qu'on n'aimerait pas entendre, des choses qu'on préférerait ne pas voir sortir, mais il est temps aussi, peut être de trouner enfin la page et d'accepter ce passé que je rumine sans cesse et dans lequel je m'embourbe en permanence. Je pense au comportement que j'ai avec les hommes, et qui continue avec ardeur; la fébrilité qui précède le contact, l'excitation face à l'incertitude de ce qui va se passer, la vraie roulette russe, jouer avec le feu. Se mettre à nue, vulnérable, espèce de motivation mortifère, pour répéter sans cesse un scénario bien rôdé qui va à l'encontre même de ce que je suis au fond; moi qui fuis l'Amour et le toucher, mes mises en abîmes sont de plus en plus violentes. J'en suis à la fois excitée, et à la fois j'ai tellement peur, j'ai la gerbe, j'ai qu'une envie, c'est de me barrer en me courant, mais c'est comme si je ne me dirigeais plus, comme si j'étais prise en otage par une autre, comme si...non, ce n'est plus moi. Je ne sais même plus si c'est moi l'objet, ou Lui, que j'instrumentalise finalement comme un cutter, qui me lacérerait à la fois la chair et l'âme, au plus profond. Je l'utilise tel un instrument de torture abominable, et une fois la chose faite, j'ai envie de le crever, le piétiner, le violenter avec rage. Pire lorsqu'il me paye en drogue. 

Ma psy m'a déjà demandé si je me faisais payer, phrase qui m'a choquée, et à laquelle j'ai crié "bien sûr que non!" Elle m'a rétorqué, "et donner son corps en pâture en échange d'une dose...c'est quoi la différence?". Je sais pas. C'est pas pareil. Me faire payer, ce serait accepter cet acte. L'assumer. Ce serait donner de la valeur à mon corps. Il n'en a pas. Là n'est pas le but de l'échange corporel. Son seul but est de me punir. Ou de me confirmer que je ne sais faire que ça. Me trémousser. Allumer. Que je ne suis bonne qu'à ça. A vérifier que le mâle reste un mal.  Refuser toute marque de tendresse, d'affection, de complicité, caresse, respect. Je veux que ça aille vite. Le plus vite possible. Qu'on en finisse. C'est comme répéter mon viol à l'infini. Drôle de méthode pour m'en exorciser. Je ne comprends pas. Je ne me comprends pas. Mais je ne sais pas enrayer le cercle.  Cela part d'une espèce de pulsion étrange, pleine de contradictions; un trop plein d'émotions, à la fois la colère, la rage, la frustration, la tristesse, le trop plein, la fatigue, la haine, il faut que ça sorte...les scarifications, si elles continuent, ne me suffisent plus; et ma boite de valium, si elle me tente, je ne peux pas me l'enfiler au risque que mes grands parents me retrouvent inerte; alors je sors. Et quand je sors...je vadrouille jusqu'à ce qu'il y ait "contact". N'importe quoi, pourvu que j'en reparte sans plus savoir comment je m'appelle. 

Comme si la douleur était mon seul moyen de trouver l'apaisement, la sérénité, la paix. Un certain soulagement s'installe au prix de la violence. C'est ça. Blanc ou noir. Tout (trop) ou rien. Grosse ou maigre. Surexcitée ou mélancolique. Je rêve de trouver l'équilibre; et en même temps, j'ai tellement peur d'y perdre au passage mon identité. Mais aujourd'hui, je suis quoi...pute? Toxico? Anorexique? Alcoolo? Boulimique? Hystérique? Bipolaire? Être borderline, c'est tout ça en même temps. C'est la peur du vide et le désir compulsif de le remplir avec n'importe quoi, pourvu que le vide intérieur soit plus supportable. C'est avoir peur de l'abandon et donc essayer de séduire le monde entier pour qu'il nous aime et ne nous laisse jamais. Mais à la fois, comme on ne sait ni recevoir l'amour, ni le donner correctement, les rapports sociaux restent obscurs. Instables. C'est être dépendant à tout. A la douleur, au vide, au trop plein, au monde, à la solitude, au regard de l'autre, à plein de substances...

Aujourd'hui je reste lucide. Je me fous que certains puissent rester sceptique sur ce diagnostic. Je me fous que certains pensent que ce mot est un fourre tout; peut être est-il mal employé pour certains, tout ce que je sais c'est que j'ai passé batterie de tests pour le confirmer. Aujourd'hui, ce terme a été plus étudié, élaboré, réfléchi. On le connaît un peu plus. Je suis handicapée à 60%. Ça ne m'empêche pas de vivre. Ça ne m'empêche pas de rire aux éclats. Ou de pleurer toutes les larmes de mon corps. Mais je suis debout. Je vis. Peut être que ça fait un peu mal, mais je suis là. Je respire. Et apprends aussi à relativiser, prendre du recul par rapport à la psychiatrie, arrêter de me plonger dans des centaines de livres pour y trouver des réponses, pour apprendre à ressentir. 

Quels sont mes envies, mes désirs, mes goûts? Qui suis-je? J'en sais rien. Que dalle. Je n'ai fait que jouer les rôles que l'ont m'a attribué, au fil des années. Je n'ai fait que censurer la notion de plaisir; alors les envies et les désirs, qu'est ce que j'en sais? Je sais même pas ce que j'aime manger...

Mais ça s'apprend. Se connaître est important. Lorsqu'on se connaît, on apprend à ressentir les signaux, ou d'un passage à vide, ou d'une meilleure période. On peut prévenir. Ne pas attendre de se retrouver la gueule aux urgences en train de baver les centaines d'anxyos qu'on a ingurgités en pleine crise; voilà exactement où j'en suis. J'arrête de me rejeter, pour essayer de m'apprivoiser. Il me reste du chemin. Mais peut être ai-je fait le plus gros. Et si je suis encore debout aujourd'hui, c'est peut être que j'ai encore des choses à faire par ici. Alors...

 

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Published by [AnO]rchiDeA - dans Don't worry life is easy
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commentaires

http://www.s-team-nettoyage.fr 13/07/2016 04:13

Fallait que je me débarasse de tout ça.

anji 14/01/2013 11:36


ps: si tu as un mail à me donner via le mien (mis dans le comm) je pourrais t'envoyer quelques oeuvres torturés de mon cru...

[AnO]rchiDeA 14/01/2013 22:08



avec plaisir!



anji 14/01/2013 11:35


je dois te dire qu'on ma refilé il y a une semaine tout le bazar habituel anxio , ad, antipsychotique et somniféres mais je n'ai rien encore pris ni chercher à la pharmacie voila déjà depuis 2
ans que je me suis virée de tout ça et j'avoue que j'ai du mal à reprendre ces merdes qui font plus de mal qu'autre chose et vu mon état je n'aime pas trop avoir ça prés de moi ....alors je
préfére garder les moyens plus naturels...

i 14/01/2013 22:07



Si tu le sens pas, n'enprends pas,comme tu le dis si tu sens qu'il y a le moindre risque...ne le prends pas. J'ai le même problème de mon côté et j'ai des ordonnances à délivrance quotidienne ,
c'est un peu contraignant mais...je suis obligée si je ne veux pas finir aux urgences comme le 6 décembre dernier. Cela est assez arrivé pour justifier d'une ordo comme celle-ci. Au moins je me
soigne tout en étant en sécurité...même si je fais des stocks, toujours et encore. Mais c'est toujours moins que si c'était en délivrance mensuelle. J'ai mis du temps aussi à décrocher de ma
dépendance aux benzos mais j'ai compris ma douleur quand on m'a foutue en désintox; c'était aussi pour l"héro mais j'avoue que pour les benzos c'était putain de dur aussi...j'étais à 16 témestas
par jour faut dire...



anji 14/01/2013 11:05


Merci à toi .l'art m'y aide beaucoup aussi j'écris et je dessine depuis de nombreuses années....et c'est sur que chaque jour est un lutte de tout instant sans relache ..je n'y manquerai pas.avec
toutes mes pensées étoilées et givrées  de sang et d'onyx.a bientot.anji

[AnO]rchiDeA 14/01/2013 11:23



Oh tu dessines aussi! Génial! c'est le meilleur antidépresseur que je connaisse :)


Bonne continuation alors et crée, crée, crée encore et encore!



anji 12/12/2012 13:17


je me permets juste de laisser quelques traces de mon passage sur ces 300 lignes écrites comme toujours avec les trippes et le coeur. je te souhaite une bonne continuation sur cette nouvelle voie
qui malgré tous les  méandres t'offrira peut etre enfin ce que tu espéres depuis toutes ces années.je souffre de depression chronique , de troubles de la personnalité borderline entre autre
aussi et je connais les abimes de la drogue ,et consorts pour etre passée par la , mon chemin est bien loin du tiens mais je t'envoie quelques étoiles pour qu'elle illumine le tien.Avec mes
pensées.Anji

[AnO]rchiDeA 14/01/2013 10:50



Merci Anji pour tes mots qui me vont droit au coeur. J'espère que cette nouvelle année t'apportera un peu plus de réconfort et que tu t'en sortiras. Chacun son chemin, chacun sa route, à chacun
son temps de récoupération...Ne te détruis pas trop tout de même. Essaie. C'est si dur la regénération après. Si dur putain. ça vaut pas le coup de se foutre en l'air comme ça. A bientôt
j'espère, si tu le désires. ça me fait plaisir.



*anorchidea*

  • : [La pÂleur mOntre JusQu'où le cOrps PeUt cOmprendRe l'âMe]
  • [La pÂleur mOntre JusQu'où le cOrps PeUt cOmprendRe l'âMe]
  • : Le pardon ne pouvant s'envisager, seule une vengeance violente, une décharge de tout ce qu'il y a de mauvais, malsain, au plus profond du subconscient, pourrait permettre de ne plus penser aux noirs souvenirs qui gangrènent ma chair me rendant chaque jours un peu plus malade. Mes pieds s'enlisent, mon esprit les suit. Je me perds. L'anorexie fait partie de ma vie depuis trop lontemps.
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