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9 septembre 2010 4 09 /09 /septembre /2010 12:24

Elle voulait savoir. Pourquoi jme triturais les mains comme une obsédée. Pourquoi j'avais la respiration haletante et pourquoi ma voix tremblait...alors que je lui ai clamé que j'allais bien. Elle a rit, m'a dit..."Coupez! On la refait, un peu plus convaincante cette fois-ci...?Vous avez un certain talent, tout de même...mais ici pas de cinéme je vous prie".

Elle, elle m'arrache le masque quand je m'y aggrippe. S'asseoir, ôter le maquillage, et parler. Parler, oui, parler. PLus difficile que je ne pensais. Sur la route j'avais répété pourtant, mes pensées mes questions et mes lubies. Mes inquiètudes mes angoisses mes joies et mes peines. Mais une fois sur la chaise, bien calée en face d'elle, je me suis tue et j'ai voulu pleurer, pleurer de toutes mes forces, hurler comme un chien battu et cracher ma douleur, là, tout de suite. J'ai ravalé un sanglot mal digéré et ai susurré, avec toute la peine du monde, que j'allais bien. Que ma tête allait bien, plutôt. J'ai dit, oui, si je fais taire mon corps, si j'omets de le faire parler, alors oui, je vais bien.

Je sais tellement bien le faire, "ça". Le bailloner, le regarder crever dans un coin et faire comme s'il n'existait pas, comme s'il n'était pas mien. Seulement...comme j'ai admis que c'était de la maltraitance...que j'ai ouvert les yeux et qu'enfin j'ai découvert qu'il faisait partie de moi, j'ai du mal, cette fois ci, à l'ignorer complètement. Et faire comme si.

Et puis cette fois ci, c'est différent. Un peu, dans la forme.

Après des blancs, des hésitations et un...jvais pas y arriver, j'ai mal au ventre et plein de choses encore...C'est elle qui a dû dire. Les mots. Du genre "inconnu", "lit", "alcool", "soirée", "pas choisi". J'ai hoché de la tête. "Vous savez qu'avoir une relation sexuelle n'est pas forcément mal...

_Là, si.

_Ah,...parce que vous ne l'avez pas choisi?

_Oui.Parceque j'étais saoûle, et parce que, merde, ça faisait longtemps que c'était pas arrivé, jcroyais que c'était fini, que c'était révolu, que...je suis tellement déçue de moi même, en colère, jme donne envie de dégueuler. Alors soit je continue, soit...

_...Soit Vous commencez à vous aimer?

Humpf, ouais, commencer à m'aimer. M'AIMER. A la limite, je peux essayer, d'apprendre à m'aimer. Le problème c'est les autres.

Cet homme, samedi, il a été différent des autres.

On a discuté, on a rit, on a fini chez lui. Il m'a offert un truc à boire. Je n'attendais qu'une chose, qu'il me mette dans son lit et qu'on en finisse, qu'il fasse son affaire et que je me barre. Mais lui, visiblement, le glauque, il en voulait pas. Il voulait me parler. Me connaitre, écouter de la musique. Me sauter (me faire l'amour?) dans son lit, pas dans des chiottes dégueulasses. Dans une pièce qui sent bon, un lit qui sent son parfum, des disques partout, des lunettes cassées et des boites de DVD éparpillées, des photos de sa famille ou de ses amis. C'est pas ce que je connais d'habitude. Pourquoi il a tenu à intégrer du respect lorsqu'il m'a prise, pourquoi cette tendresse et pourquoi ces mots doux au creux de mon oreille...pourquoi il a tenu à ce que je prenne son numéro sans même me demander le mien, pourquoi je me souviens encore de son prénom ou de ses yeux.

Il ne devait pas savoir qu'il étreignait un corps sali, abîmé et si vieux déja. Il ne devait pas savoir à qui il avait à faire. S'il avait su, je doute qu'il aurait déployé toute cette douce énergie pour rendre ce moment tendre et non pas animal. Je ne sais pas quoi faire de la tendresse, elle n'est pas pour moi voyez-vous. Il n'a fait que me déstabiliser et je...je me suis sentie tellement malhônnete, menteuse, sale. Je suis partie en pleurant, parce qu'il ne fallait pas qu'il m'offre plus. Je ne veux pas de son respect, pas de ses caresses, pas de ses murmures. Je ne veux pas qu'il me dise  que je suis belle, car ce n'est pas vrai. Il ne pouvait pas le penser. Il m'a dit que je l'intriguais, mais s'il découvrait mes mystères mon Dieu. Je n'intrigue personne avec mes mensonges et ce corps raccomodé de part en part, ces cicatrices, partout, cette saleté invisible incrustée dans tous les pores de ma peau. Je transpire la faiblesse, la mienne et celle des Hommes. Non, je ne méritais pas ses bras, je ne méritais pas ses égards ni son attention.

"J'aurais préféré...non, je ne sais pas ce que je préfère. Mais...enfin, c'est tellement plus facile quand il n'y a pas tout "ça". Quand on en reste là. Quand il n'y a pas d'autres échanges qu'un sexe entre l'autre et moi, froid, sans artifice. Quand je ne suis que le corps, que l'objet.

_Parce que vous vous considérez ainsi, vous voulez que les autres vous considèrent comme vous le faites. Parce que vous pensez être sale, vous attendez des autres qu'ils vous salissent. Vous parlez de la tendresse comme si elle n'était pas gratuite, comme s'il attendait quelque chose en retour. La tendresse, mademoiselle, on la donne par envie. Par envie. Il a voulu vous respecter parce qu'à ses yeux vous étiez peut être plus qu'un objet et vous n'arrivez pas à le supporter. Est ce que c'est si difficile pour vous de vous envisager autrement? Comment voulez vous que l'on vous aime, si vous même vous ne vous appréciez pas à vôtre juste valeur...Vous dites que le problème c'est les autres, moi je peux vous assurer qu'on l'aimera votre corps, qu'on VOUS aimera, sans problème. Et le problème, puisque vous en parlez, c'est vous. Laissez-nous d'abord nous occupper de vous, les autres, on verra ça après. D'accord?"

Elle sourit et ne cesse de répèter qu'elle sait combien c'est dur les notions de plaisir, de laisser-aller, de tendresse, d'affection, de corps. Mais non, elle ne sait pas. Elle peut imaginer, peut être. Mais pas savoir. Quand on sait, on a l'impression...que c'est trop irréversible pour imaginer pouvoir representer autre chose.

Quand je dis que je ne pourrai jamais me laver de ce que j'ai pu faire, j'entends que c'est le passé. Que ça fait partie de moi, mais que ce n'est pas moi. Mais je sais, moi, que je porte un corps qui sent le vice, le mal, la violence, la douleur, la trahison, l'oubli, les shoots, la gerbe, le déni, le mensonge, l'aigreur, la rancoeur, la vengeance, la fuite, les cris, la colère, la nausée. Je ne vois que ça quand je le regarde. J'ai passé la nuit à le regarder. Une nuit entière. A palper, toucher, serrer, pincer, tripoter...et vouloir arracher, tout. J'ai voulu m'écorcher pour enlever cette peau qui porte les traces. Qu'il ne reste que le coeur, la pulpe, mon essence...sans le reste. L'esprit sans le corps, et on est reparti pour un tour.

Il y a quelques mois je disais que c'était "normal", pour moi. Que c'était sans importance, puisqu'il (mon corps) ne comptait pas. Il n'existait pas, il était juste censuré. Il était là pour me porter, rien d'autre. Aujourd'hui je dis que je le maltraite. Je crois que c'est un mot un peu plus approprié. L'aimer. En voilà, une drôle d'idée. C'est le défi qui m'est lancé.

 

 

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Published by [AnO]rchiDeA - dans Dark babyDoll
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commentaires

http://www.solinea.fr 13/07/2016 04:35

Que tout explose, se casse la gueule. Je vais bien mais vis un peu dans la peur.

Alicia 15/09/2010 18:01



Ma chère Orchidée,


C'est dur de faire le deuil de son passé parce qu'il nous englue et qu'il ne veut pas nous lâcher et nous laisser changer et continuer ou recommencer une vie d'aime-de-soi... J'ai espoir, un
putian d'espoir, que l'on peut recommencer à zéro si l'on veut, que l'on ne peut pas effacer mais gommer un peu pour en atténuer les résonances et laisser de la place à quelque chose de
nouveau... Je suis pour une vie en palimpseste...


Je pense à toi fort, et tout mon courage pour toi,


Je vais reprendre mon blog d'Alice, il est temps...






Caducee 11/09/2010 12:46



Un homme qui te traite avec tendresse et égards. J'ai eu un sourire en le lisant, en me disant que jamais tu n'aurais accepté ça. J'avais raison, tu n'as pas accepté.


Dur de se défaire des habitudes, des certitudes. Dur de se laisser aller. J'ai eu ce mal aussi, mais j'ai appris à dire non. Et ça fait mal de dire non. Apprendre à s'écouter, à se faire violence
pour ne pas se faire violence. Tout un programme.


Tu avances, jolie fleur. Le chemin est semé d'embûches mais tu avances.


Tu vois ton corps maintenant. C'est un premier pas. Enfin plutôt un second ou un troisième, puisque le premier tu l'as fait il y a déjà quelques temps.


Fais-toi confiance. Et prends soin de toi.



Alexandra 09/09/2010 17:30



je t'aime pour toi en attendant que tu t'aimes.


tu es exceptionnelle. POINT.


*anorchidea*

  • : [La pÂleur mOntre JusQu'où le cOrps PeUt cOmprendRe l'âMe]
  • [La pÂleur mOntre JusQu'où le cOrps PeUt cOmprendRe l'âMe]
  • : Le pardon ne pouvant s'envisager, seule une vengeance violente, une décharge de tout ce qu'il y a de mauvais, malsain, au plus profond du subconscient, pourrait permettre de ne plus penser aux noirs souvenirs qui gangrènent ma chair me rendant chaque jours un peu plus malade. Mes pieds s'enlisent, mon esprit les suit. Je me perds. L'anorexie fait partie de ma vie depuis trop lontemps.
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