Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
12 août 2011 5 12 /08 /août /2011 22:24

P1010485.JPG

Pendant longtemps j'ai cru que l'amour et ses conneries n'étaient pas faits pour moi.

Je m'étais résignée à passer ma vie à essayer de le toucher du bout des doigts, sans jamais l'atteindre. Pas pour moi. L'amour c'est pur, l'amour c'est beau.  Totalement à l'opposé de moi en somme.  Le truc, c'est qu'on fait des choses sans penser à demain. On les fait parce qu'on est putain de paumé. J'ai troqué mon cul pour pouvoir me défoncer, j'ai déconné, déconnecté, oublié. Dans le fond j'y trouvais mon compte, rien ne durait, tout était éphémère. L'effet, les gens, moi. L'anorexie, la boulimie, les scarifs, les addictions pour combler le vide immense, MON vide, moi. Cyclique. Les hauts qui arrivaient après les grosses descentes de n'importe quoi, dans les quelles je me bourrais de n'importe quoi, pourvu que ça comble, pourvu que ça me remplisse. Une fois comblée, je pouvais me relever et aller au combat, invincible, euphorique, jusqu'au prochain vide.

Un matin on se lève, et on s'aperçoit que si on décide de mener une vie plus "normale", plus saine, c'est dommage parce que les séquelles, elles, ne sont pas éphémères. Elles restent et sont irréversibles. Elles sont là, comme pour ne jamais refermer la plaie béante. Pour que ça suppure en permanence. Trace invisible de la blessure à vif. Celle qu'on voudrait effacer, mais qui ne partira jamais. Cicatrice mal suturée. Petit pansement inutile. Décollé, recollé. On aimerait bien qu'elle s'efface, mais elle est là. Partout, elle nous suit. Notre ombre. L'obscurité de l'être. On a beau faire semblant, de se foutre un putain de masque sur la face, elle est là. Tapie, elle surgit à tout moment.

Ce jour où je me suis aperçue que toute ma vie je porterai les stigmates d'une vie un peu trop excessive, un peu trop masochiste, j'ai su qu'il y avait des jolies choses dans la vie, que je devrais juste, toucher du bout du doigt. Sans jamais les étreindre.

Qui voudrait d'une putain paumée? Qui voudrait d'une fille capable d'offrir ce qu'elle a de plus pur pour s'envoler quelques poignées de minutes? Quand on est capable de donner, de brader, troquer son corps, soi même, on est capable de tout non? Quelles sont les valeurs? La morale? La conscience? Même pas en rêve poupée. Même pas en rêve.

Je voulais aller bien, je voulais bien "me ranger", mais mon corps était déjà pourri, déjà cassé, alors, à quoi bon. Déjà il était vieux. Déjà j'avais le triple de mon âge. Déjà mes os se transformaient en poussière, doucement. Déjà mes dents tombaient. Et déjà la mémoire me faisait défaut. Alors...à quoi bon?

J'ai voulu y aller, je suis allée sagement à tous les rdv psys qu'on me donnait, j'ai pris gentiment tous mes cachets. Parfois pas, parfois trop, mais tous, je les ai gobés. Je faisais des exercices, notais mes repas, détaillais ce qu'on voulait que je détaille, disais ce qu'on voulait entendre. J'ai entendu les progrès, j'ai entendu la régression, j'ai vu à quoi ressemblait un hôpital psychiatrique, et à quoi ressemblait la vraie folie. Pas celle qui arrive après des expériences marquantes, celle qui te chope à la naissance, sans qu'on puisse rien y faire. Je les ai enviés ceux là. Inconscients, avec une réalité bien plus jolie que la mienne. Je les ai enviés pour tous les cachetons qu'ils avaient à prendre aussi.  Et puis ils n'avaient rien d'autre à penser que les heures qui tournaient lamentablement, au rythme des barquettes, des activités, des pilules, de la nuit, des cris parfois, des blouses blanches, les injections, les transferts. Rien d'autre à penser. Prison dorée. La maladie mentale. Ce qui est horrible avec ça, c'est que lorsqu'on entend "mental", on pense que c'est une simple question de volonté. Que si on avait voulu faire autrement, on aurait pu. Que si je voulais vraiment m'en sortir, je le ferais pas vrai?

Non. J'ai mis du temps, des années à m'enlever cette putain de culpabilité à la con. Celle qui me mangeait toute entière, toutes les nuits. Et encore, il y a de sacrés restes. Mais quand la lucidité m'ouvre les yeux, j'arrive parfois à me pardonner, un peu. Le temps d'une cigarette, je sais que j'avais pas le choix. Borderline. Noir ou blanc, trop ou rien. Et ce vide, toujours ce vide, la peur de l'abandon qui fout le bordel dans les liens affectifs. La faille narcissique horrible. Encore aujourd'hui je me demande comment il est possible de se haïr à ce point. Ne pas croire en soi de la sorte, c'est presque criminel putain.

Et puis je l'ai rencontré. J'ai rencontré mon Double. Mon miroir. Nos écrits se sont emmêlés et nos mots se sont fondus, pour m'apercevoir que peut être la vie en avait encore sous la pédale. Qu'il y avait des sensations que j'avais pas encore explorées. Plus il m'écrivait plus je voulais lui répondre, plus je le lisais plus je voulais le voir, plus je voulais le voir plus il me manquait. L'intensité m'a déstabilisée très vite. Mon souffle se faisait court à la simple vue de ses mots et je n'ai même pas su identifier ce qui m'arrivait, parce que je ne connaissais pas. L'inconnu me fait peur en règle générale. Mais là, c'était trop important pour que je ne laisse la peur s'engouffrer dans mes entrailles. Je ne pouvais pas. Il fallait que je le voie. Que j'entende sa voix. Que je finisse ses phrases. Que nos bouches s'entrechoquent et finissent par s'unir. Plus je le connais plus j'ai conscience que nous sommes de belles personnes. En apprenant à l'aimer j'apprends à m'aimer et les premières fois n'en finissent plus. Je ne fais que découvrir. Je ne fais qu'apprendre la Vie depuis quelques semaines. J'apprends à marcher, j'apprends à regarder, j'apprends à ressentir, j'apprends à manger. J'ai arrêté les crises de boulimie, et j'ai mis des couleurs dans mon assiette. Même quand il n'est pas avec moi je ne me sens pas vide. J'apprends à me servir de mon coeur aussi. A lui laisser un peu de place. Le laisser battre. Vite. J'apprends à rire de tout et de n'importe quoi, j'apprends à être moi même et à ne plus mettre le masque d'une autre. J'apprends à m'aimer dans ses yeux et finis même parfois par me trouver presque jolie.

Je ne savais même pas que je pouvais abriter tout ça dans mon coeur. Remarque, fallait bien qu'il serve à quelque chose un jour. Ça fait 25 ans qu'il pionce. Oh, j'aime. Ma famille mes amis. Mais de cette manière là jamais. Il est même à rude épreuve. Ça va jusque dans les tripes. J'apprends à sourire aussi. Pendant des heures. Juste en y pensant. Je me trouve même sacrément conne parfois, même beaucoup et je m'en fous. J'ai presque envie d'écrire sur mon front que je suis heureuse, et de parcourir le monde entier. Je suis amoureuse et rien ne peut m'atteindre. Vous voyez?

Nous sommes les seuls à connaître le lien qui nous unit. Les seuls à tout connaître l'un de l'autre. C'est comme si je le connaissais depuis toujours. Les barrières se sont écroulées dès le premier échange. Nous étions nus l'un devant l'autre. Pas de censure. Juste la liberté d'être soi même. Il est le seul borderline que je connaisse. Le seul qui m'ait aussi permis de palper le concept, et de le comprendre, de le percevoir à travers l'autre, et de me comprendre en me plongeant dans sa propre personnalité. Parfois j'ai l'impression que notre "moi" est tellement poreux, illimité, flou, que ça nous permet de nous fondre l'un dans l'autre avec une facilité déconcertante. Déconcertante et rassurante, déconcertante et tellement forte. Sécurisante. Même absent il est là, en moi. Même absent mon vide n'est plus et je reste forte de lui.

je l'Aime. En toute liberté. Je ne le possède pas, il ne me possède pas. Nous sommes libres. Des Amants aimantés, indépendants. Vivre au présent. Profiter du présent et savourer chaque instant. Encore une première fois. Vivre. Je me sens vivante. Juste, vivante. Enfin. Et non, je m'aperçois que ce que j'ai pu vivre avant n'a plus d'importance à côté.

Je me suis demandée pourquoi moi. Pourquoi il n'a pas fui devant mon corps. Pourquoi il n'a pas peur que je le salisse. Pourquoi il m'Aime quand même. Pourquoi il est resté. Pourquoi il me touche. Pourquoi moi? Mais les questions n'ont plus leur place. Plus d'importance.  Ma tête a pris trop de place toute ma vie. M'a pourrit des nuits entières avec des trucs qui foutent l'air gratos. Elle a tué mon corps et mon coeur. Alors aujourd'hui, j'ai envie qu'elle ferme sa gueule de temps en temps, histoire de respirer un peu. Savourer, se délecter, et trouver ça délicieux sans en être gênée.

Bien sûr que la question du corps prend encore beaucoup de place. Et bien sûr que j'ai énormément de mal à faire la part des choses entre avant et maintenant, niveau corporel. Que lorsqu'IL me touche j'ai tellement peur que les autres viennent nous parasiter. Qu'ils surgissent et qu'ils pourrissent tout. Je me défends comme une damnée pour les empêcher d'apparaître, mais alors je ne suis plus présente, et me terre dans une douleur effrayante. Il me touche et je tremble comme si c'était une torture. Je suis là, Il est là, me protège, et pourtant putain que j'ai confiance, et que j'ai envie de me fondre en lui, d'emmêler nos corps jusqu'à l'osmose parfaite. Mais non. Ça ne suffit pas. Et puis, j'ai peur. Je ne sais pas de quoi. Juste, j'ai peur. Que ça fasse du bien? Oui, peut être. Je ne connais pas ça. Je ne connais pas et ce que je ne connais pas me fait peur. Je ne connais que les contacts corporels douloureux. Que ceux qui se font dans l'oubli et la décadence de l'âme. C'est ma manière de m'évader. Avec lui je ne veux pas m'évader, je veux rester. Je veux vivre ces moments, je veux jouir avec lui. Mais je ne sais pas comment on fait. Je crois que je suis encore plus empotée qu'à mes 15 ans. Comme si c'était mal de se faire du bien. Aujourd'hui on admire plus quelqu'un qui a mal que quelqu'un qui va bien. C'est comme ça. Comme si fallait culpabiliser de prendre son pied. Je vais apprendre le plaisir à 25 ans. Moi la putain, hahaha, risible cette situation. La reine du pieux. Pucelle en amour. Mon Dieu.

Remarque, 25 ans...nous dirons qu'il me reste encore de la vie devant moi. Alors fonçons my lover. Il m'enseignera et je serai son élève, parait que j'apprends vite. Je sais pas si le bonheur ça s'apprend. Mais ça s'apprivoise en tout cas. Alors, enjoy.

(pix: Musée Rodin, la valse, Camille claudel)

Partager cet article

Repost 0
Published by [AnO]rchiDeA
commenter cet article

commentaires

http://www.winitro.fr 13/07/2016 04:22

Pour une fois j'ai pris une décision raisonnable.

tilk 27/08/2011 00:18



j'ai encore passé un super moment sur ton album exutoire..tu as vraiment du talent...


besos


tilk



Antigone 19/08/2011 22:37



Anorchidea, tes mots parviennent à me transmettre un peu de ton bonheur extatique et fougueux, et je t'envie...mais c'est surtout sacrément merveilleux pour toi. Il était temps. "La rémission par
l'amour, c'est des conneries!" La preuve que non, enfin j'espère...j'espère que cette convalescence accélérée ne sera pas juste un "haut", comme tu as si bien synthétisée des années de merde en
montagne russe. Trouver quelqu'un à la hauteur de tes passions et de tes haines de bordeline n'aura pas été facile, hein! Il fallait au moins un ego en la matière.. . Maintenant moi aussi je
souris comme une crétine à la pensée que tu sois vraiment amoureuse, que ça change. Portes toi bien. =) 



tilk 19/08/2011 22:35



quand j'ai mis mon petit poème déchirures sur mon blog


j'ai pensé à toi


besos


tilk



ninaK 16/08/2011 22:56



si tu savais comme je suis heureuse pour toi.. 


et non je ne t'oublie pas, meme si je suis surement passée plus qu'au second plan pour toi.... mais comme je te l'ai un peu expliqué ma vie est compliquée et rares sont les moments ou je peux me
retrouver seule et écrire des choses que je veux cacher au reste du monde..


Encore un peu de temps et je t'envoie un mail, si tu veux encore de moi



*anorchidea*

  • : [La pÂleur mOntre JusQu'où le cOrps PeUt cOmprendRe l'âMe]
  • [La pÂleur mOntre JusQu'où le cOrps PeUt cOmprendRe l'âMe]
  • : Le pardon ne pouvant s'envisager, seule une vengeance violente, une décharge de tout ce qu'il y a de mauvais, malsain, au plus profond du subconscient, pourrait permettre de ne plus penser aux noirs souvenirs qui gangrènent ma chair me rendant chaque jours un peu plus malade. Mes pieds s'enlisent, mon esprit les suit. Je me perds. L'anorexie fait partie de ma vie depuis trop lontemps.
  • Contact

Des visites...

Recherche

Au Grenier