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12 septembre 2008 5 12 /09 /septembre /2008 12:06


_"Eugénie?
_Eugénie?!
Ne fermez pas les yeux, restez avec moi, parlez moi....!"
Une claque pour me tenir éveillée. Une deuxième.
Je voyais son visage posé sur le mien, elle était affolée et maldroite dans ses gestes.
Jusqu'à ce que SOS médecins arrive.
Je me souviens les espéces de fils un peu partout qui me parcouraient le corps.
Ces "Bip" incessants.
 Les virages qui donnent la nausée.
 Le manque de perspicacité, l'inconscience.
Les "Combien j'ai de doigts mademoiselle? Combien? Répondez!"
Je distinguais à peine le son de sa voix. Il avait l'air irrité et cela m'effrayait, j'avais peur de mal faire, alors je disais des chiffres au hasard. Jusqu'à ce que dépité, il remonte la couverture sur moi. Gelée. J'entendais tout, incapable de répondre ne serait-ce que par un signe.J'étais enfermée dans mon corps, cloitrée dans un silence que je ne pouvais briser.
On a voulu m'attacher au lit parceque j'arrachais toutes mes perfusions en hurlant. Et que je ne supportais pas cette blouse horrible que l'on m'a forcée à mettre. Alors je l'enlevais tout le temps...[Je lirai plus tard que je me baladais à moité nue dans les couloirs à 2h du matin,ma fierté en a pris un coup]. M'échapper était devenu mon but, mon objectif, ma destinée.
J'étais dans une drôle de chambre, tout était vitré et c'était vraiment...bizarre, l'impression d'être une bête de foire au milieu de toutes les allées et venues des blouses blanches.
Croyant qu'il fallait m'enfuir à tout prix j'ai entrepris d'établir un plan, mais au moment où je franchissais la porte de la chambre je suis tombée nez à nez avec mon psychiatre [oui, il gère aussi les urgences et il fallait que cette nuit là il travaille, forcément] et j'ai soudainement réalisé que j'étais à poil sous ma blouse, que j'avais l'air d'une dingue en cavale et que je ne savais même pas ce que je foutais là. J'ai rien trouvé d'autre que de me casser la gueule. On m'a amené un fauteuil et on m'a recouché pour la énième fois.
Le lendemain je me suis retrouvée au CIAC*, complétement à l'ouest, déboussolée.
J'ai essayé de me souvenir, d'analyser, mais rien. Rien n'a de sens, que dalle. J'allais bien, j'étais en forme, du moins moralement, j'avais la pêche et des projets, de l'ambition, pourquoi j'aurai pris tous ces cachetons?
J'attends avec impatience les analyses de sang, mais ils sont persuadés que j'ai pris toutes mes benzo d'un coup. J'avais fait des reserves un peu partout dans ma chambre, qui a été fouillée de fond en comble. Je sais qu'il m'en reste. Mais je n'ai jamais pensé à les prendre...Je ne sais même pas pourquoi je les ai caché. C'est juste que je ne veux pas être un légume, vu les quantités.
Ils m'ont dit ne pas me reconnaître, que je faisais peur, que j'étais agressive. Que ce n'était pas moi. Et je n'ai pas de souvenirs. C'est horrible.
On m'a dit que de se mettre dans un état comme ça pouvait être dû au manque d'alcool, à la prise de drogues dures ou à l'injection de médicaments. Personnellement...aucune de ces 3 explications ne me convient. Les drogues, ok, mais pas jusque là. L'alcool, non...je me suis calmée, même s'il ya des restes quant aux médicaments...je ne me souviens pas les avoir pris.
Le psychiatre des urgences m'a dit que la dernière fois qu'il avait vu un traitment semblable, c'était en prison.
La dernière fois que c'est arrivé j, je veux dire que j'ai explosé comme ça, je me suis battue avec ma mère.
J'ai peur.
J'ai peur de perdre la raison vous comprenez?
J'ai des trous de mémoire horrible, je suis chancelante, je ...

Depuis que je suis rentrée je ne fais que gober ces petits cachets que j'ai semé secrétement dans ma chambre. Me libérer. A tout prix.


*
Le Centre Intersectoriel d'Accueil et de Crises (CIAC),
est un centre permanent disposant de quelques lits, permettant des prises en charge intensives et de courte durée pour répondre à des situations d’urgence et de détresse.



Et moi je suis là actuellement:

Les Centres de Post-cure
sont des unités de moyen séjour, destinées à assurer après la phase aiguë de la maladie, le prolongement des soins actifs ainsi que les traitements nécessaires à la réadaptation en vue d’un retour à une existence autonome.



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17 août 2008 7 17 /08 /août /2008 15:21
Vous n'allez pas me croire...je suis au Mc do, quelle ironie.
Pour capter ce fameux Wi-fi par ce temps d'hiver. Il fait 5° au thermomètre, je crois que même mes orteils sont bleus. Non en fait j'en suis sûre. Tout se passe bien, tout est si simple en dehors de ce foutu quotidien qui nous contamine.
Aujourd'hui je suis un peu enervée, sûrement les insomnies qui commencent à me couter. Je n'ose pas prendre mon valium, j'ai trop peur que cela se voit. Alors je garde les yeux ouverts dans la nuit en écoutant les autres qui gueulent complétement pétés dans la rue. Des fois j'en viens à les envier. Des fois j'ai envie de me barrer en catimini dans ce bar où le seveur a l'air si...je crève d'envie d'aller écouter Janis Joplin en sa compagnie, une vodka à la main. Mais j'ai promis que non.
C'est dur vous savez, de se dire que pendant deux semaines il n'y aura ni crises, ni scarifications, ni défonces. Mes nerfs sont en pelote. Je fais des efforts pour sourire. C'est très rageant de devoir se foutre une palissade pour faire genre la vie est belle et je suis en vacances, mon corps en maillot trop grand, me pavannant en faisant des photos de tout et nimportequoi, histoire de pouvoir les regarder quand je serai de nouveau dans mon hôpital de merde en regrettant de n'avoir pas profité, de ne pas avoir su me lâcher, ne pas avoir su me détendre et laisser tout à la porte.
La nuit me mange. Je ne sais pas pourquoi toutes sortes de souvenirs me submergent. Je gamberge sévère. Je m'en vais courir sur mes petites jambes que tout le monde semble regarder avec insistance sur les coups de 6h du mat', en pleine montagne, rien dans le bide. Je vais en courant chercher le pain. Que je ne mangerai pas, en susurrant un "non merci je n'ai pas faim le matin". Non, je fais semblant de manger avec plaisir mes putains de galettes de riz qui me coutent 28 calories et mes boites de ratatouille "oh mon dieu il y a de l'huile d'olive! Bon, c'est pas grave, il en faut pour...euh mes cheveux?". Je sors des phrases débiles pour les convaincre que je prends plaisir à manger, même que je pique parfois des micro-cuillers dans leurs sorbets. Que j'hésite à recracher aux chiottes la minute d'après, front sur un mur immonde signé de part en part. La tapisserie se décolle, ça sent l'humidité. Je me résous à un "Non, t'es vraiment trop conne, sors de là les retrouver". Je me mets à mentir. A cacher. A sortir des excuses bidons.
La verité c'est que j'ai besoin de m'isoler. Une journée pour me remettre les idéeds en place. Histoire d'appeler ma psy en chialant comme jamais.J'ai peur qu'elle ne soit pas là. On m'a dit "appellez nous en cas de problème" mais je ne veux tellement pas m'avouer que c'est le bordel et que je n'arrive pas à me controler que j'aurais honte de les appeller. Et puis, que pourraient ils faire, hein? Je leur hurlerai en pleurant comme une dingue que je suis une grosse merde nevrosée, ça me soulagerait peut être, ils me diraient "vous prenez correctement votre traitement?", de toutes manières ils ne trouvent jamais rien d'autre à dire ces abrutis,comme si tout se résumait au prozac dont je me bourre anormalement parceque je ne sais pas pourquoi ça me donne la pêche et des kilos en moins. Mon psychiatre s'était demandé lui même pourquoi il m'avait refilé le seul anti depresseur qui fasse maigrir, connard, il s'occuppe plus a faire ses UV et s'occupper de son corps que de ses patients qu'ils voit en 5 minutes montre en main avec une heure et demi de retard, faisant mine d'être débordé et pressé de passer à autre chise. Moi j'avais seulement souri en éprouvant un grand sentiment de satisfaction, me disant que jamais je ne changerai de psychiatre, celui ci est trop agréable à regarder et fini toujours par me céder avec son grand sourire de séducteur condescendant. Il n'en a rien à foutre de mes déboires et ça me va comme ça, aussi paradoxal que cela puisse paraitre. On se voit tous les deux mois, ça suffit amplement.
J'en veux à la Terre entière et deviens imbuvable. Je joue à faire la pétasse anorexique, parée de mes plus beaux atouts. Je scrute les photos à la recherche de bourrelets imaginaires, me retiens de pleurer parceque mes bras sont si énormes vous comprenez, tandis que mes amis me demandent où est-ce que j'ai été chercher des conneries pareilles. Je me venge sur la bouffe parcequ'en réalité je ne vais pas bien. Je me venge sur les photos, les efface une à une, je cours comme une timbrée au bord des précipices quelle inconscience, pour évacuer. Evacuer quoi, je vous le demande, à part cette rage indescriptible qui m'habite, cette haine qui me tord le ventre, cette colére qui me donne la migraine. Je ne sais pas pourquoi. L'anorexie est comme un exutoire. Elle me gagne parceque je ne sais pas comment faire autrement pour arriver à me calmer. Je compte ce que je mange en me rassurant, aujourd'hui c'est bon, pas d'écart. Je me sens seule putain. Je découvre avec horreur que je ne peux pas en parler. Que l'incompréhension est sur toutes leurs lèvres, si affectueuses et compréhensives qu'elles puissent être. Même ce fameux serveur. "oh vous ça va vous piuvez vous permettre". Ben ouais. et puis l'autre "vous prendrez autre chose qu'un café aujourd"hui? Non, mais j'en prendrai deux."
Je suis pitoyable.
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4 août 2008 1 04 /08 /août /2008 00:09
Aujourd'hui tout s'est bien passé.
Mes amis sont venus...je crois qu'ils ont appréciés. Ils avaient l'air content.
J'ai eu des remerciements.
Ça m'a fait plaisir.
J'ai tout rangé. J'ai vaguement regardé la télé, tenté de lire.
Mais il y avait des restes qui me narguaient, ça a fini en crise. C'est nul.
C'est vraiment nul.
J'aurais du tout jeter, je le savais en les mettant au frigo!
Et d'abord, pourquoi je les ai pas balancé puisqu'objectivement c'était des plats que je n'aurais jamais avalé en temps normal, bien qu'inconsciemment
je n'y ai mis aucune particule de gras...
Sale maladie de merde.
Déjà en les préparant  j'avais songé -très vaguement- à une éventuelle crise, un fragment de seconde.
Putain.
J'essaie de me consoler en me disant que je n'ai plus rien dans le bide à présent, juste la solitude.
La conclusion c'est que je ne suis pas foutue de rester seule plus que quelques jours, ça part tout le temps en vrille, je me monte la tête et...
Je ne sais même pas pourquoi je crève d'envie de pleurer, mais même ça je n'y arrive pas. Non j'ai tellement maigri ces derniers temps, faut croire qu'elles se sont barré avec, à force de perdre toujours un peu plus, fallait s'y attendre.
Et puis je suis là comme une grosse conne, j'ai honte d'écrire ça je vous jure, mais il n'y a qu'ici que je peux le balancer. A qui en parler, hein?
De toutes manières ça emmerde tout le monde d'écouter des jérémiades stériles qui n'ont pas lieu d'être.
C'est peut être ça le pire, de n'avoir aucune raison d'être remplie de douleur qui va jusqu'à nous donner la nausée. Cette douleur injustifiée, invisible aux yeux des autres. J'ai tout pour être heureuse.
Dans ma tête ça prend une toute autre tournure. Je me sens si sale si vous saviez...Quand les médecins me tirent les vers du nez, quand ils me cuisinent pour que je leur parle de toutes ces choses que j'ai fait dans le passé...quand ils s'acharnent en me disant qu'il faut que ça sorte, quand ils me sortent, à défaut de ma coopération, toute cette paperasse qui retrace mon histoire, qu'ils me braquent sous les yeux, ça me donne la gerbe, vous comprenez, je peux même pas me regarder en face.
Ca ne me quitte jamais, jamais. Je me lève avec me couche avec, et tous les cachetons que j'avale ne me font même pas dormir.
Ça finit toujours pas me rattraper, quoi que je fasse. C'est à cause de ce corps, là...Il porte toute les traces. Elles ne sont pas visibles. Elles sont enfouies à l'intérieur, il n'y a que moi qui en ai connaissance. Ça me donne mal au ventre rien que d'évoquer toute cette merde.
Et puis je ne sais pas pourquoi j'écris tout ça.
Juste que dès que je me retrouve seule, tout remonte. Il faut que je m'occupe pour ne pas penser.
Mais quoi, il va falloir que je trouve des échappatoires toute ma vie?
Non, il va falloir que...que je parle.
Que je dise tout, une bonne fois pour toutes. Avec tous les détails croustillants de ma déchéance, avec tout ce qu'il faut de sexe, de drogues, d'alcool. Sex, drugs and Rock'n roll. C'est bien ça ouais.
Si je veux faire peau neuve, il va falloir que je leste tout ça...
Parce que j'ai l'air de rien vautrée dans mon canapé à pleurnicher dans le noir.

Je m'arrête là. Je ne suis pas fière. Vraiment pas fière.

Instable m'a t-on dit.
On l'est toute sa vie? Tout sa vie on doit lutter contre ses penchants?

J'aurais preferé écrire des choses...enfin continuer sur ma lancée, c'était bien plus plaisant. J'étais presque fière tiens...
Mais je le ferai, un peu plus tard, hein?
Disons que c'est juste un coup dur.
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5 juillet 2008 6 05 /07 /juillet /2008 00:37



J'ai eu un entretien pour un job de graphiste dans une
boite de marketing direct  qui s'est merveilleusement bien passé, ça m'a mis l'eau à la bouche, j'aimerais tellement bosser dans ce milieu là, pas de pub mais de  communication visuelle, tout le côté créatif. Il m'a laissé entendre qu'il serait ravi de m'accueillir,qu'il était prés à mobiliser des gens pour m'assister si je faisais une bourde afin de m'aider et de m'expliquer le truc.

[MAIS]

Je suis contrainte à intégrer l'hôpital
St Vincent de Paul.
Je suis sur liste d'attente mais je devrais être rapidement admise, d'ici une à deux semaines. J'ai tenté de l'annuler,de la differer mais la psychiatre a été claire; "Vous comprendrez qu'ici ce n'est pas un foyer d'hebergement et qu'il faut que je justifie vôtre prise en charge, vous avez dépassé la date limite, il faut que je justifie vôtre prise en charge (normalement on est censé y rester au maximum 10 mois, j'en ai 13 au compteur).

"Oui mais j'ai plus une tune pour partir en vacances, et  je reviens d'un entretien d'embauche qui s'est super bien passé...j'ai d'autres projets, je veux bosser...
_Quoi? Du travail? Pour faire quoi, poser un arrêt maladie au bout d'une semaine? Ouais super...Tant que vous n'atteindrez pas vôtre poids de forme je m'opposerai à toute activité professionnelle. Et vous connaissant, vous aurez toujours d'autres projets que celui de vous soigner...admettez le. Et si on la différe, on peut rester encore 10 mois comme ça. Ce n'est pas le moment?...Mais arrêtez Mademoiselle S. , pour vous  ce ne sera jamais le moment,les excuses seront toujours là. Arrêtez un peu de vous mentir.

_Oui mais vous pensez pas que j'irai mieux si j'avais une vie extérieure à l'hôpital, un boulot, un appart', mes potes près de moi?
_Oh si je vous fais confiance, vous saurez vous démerder comme vous l'avez toujours fait, vous retrouverez un boulot, regagnerez vôtre indépendance, pas de souci. Mais je vous donne deux mois avant d'arriver ici les yeux cernés et l'estomac vide"

Hum. Ok, elle a raison...

#2 juillet 20o8

J'essuie négligemment mes larmes. Le maquillage a coulé, les yeux sont rougis, déjà la honte fait place. « Je vais essayer de garder, je reste en bas, ne vous inquiétez pas». J'avais promis à l'infirmière. C'est ça. Trois minutes après j'étais là haut, les deux doigts au fond de la gorge. C'est tellement facile que c'en est déstabilisant. Je me demande si je ne devrais pas plutôt agir ainsi, manger pour qu'ils me foutent la paix et me purger après. Connasse. J'ai des idées débiles. Elles me parasitent la tête. C'est simple, elles prennent toute la place. Je me réveille la nuit.
 « Non tu n'as pas faim. Non, ne craque pas. Tu vas regretter »
. Alors je prends mes cachetons dès que je sens la faim se pointer. J'attends qu'ils fassent effet et m'endors le sourire aux lèvres. Puis je m'insulte. De tous les noms, je pense sans cesse à la mort. J'ai dit à l'infirmière que je n'y pensais plus, que tout ça c'était fini.
Menteuse! Menteuse! Menteuse!

Je ne fais plus que ça, mentir, . Je crois que parfois j'aimerais être démasquée, que l'on me chope les poings pour m'arrêter. « Arrêtez de vous détruire ». M'a-t-elle dit derrière ses larmes. Je l'ai vue, gênée de ne pas trouver les mots pour tenter de m'apaiser. "Vous connaissez la source de vos troubles".
« Oui. » c'est un mot de 4 lettres. viol. Blanc. C'est une infirmière que j'aime particulièrement. Elle baisse la tête tandis que je dis tout et nimporte quoi, pour tenter de combler le vide. Je la regarde, elle est là, émue.
« Bonne soirée... ». Je suis gênée de l'avoir mise dans cet état.
Et je ne veux pas faire pitié.Je sais qu'elle s'investit complètement et qu'ils misent tous beaucoup sur ma prochaine hospitalisation.  Quant à moi...je suis toujours dans l'espérance qu'elle soit annulée ou différée. J'ai dû appeler Thomas L. pour annuler les projets de boulot qu'il aurait pu me donner. « Écoute je suis désolée...changement de programme, tu as sûrement remarqué que je n'étais pas épaisse...je suis dégoûtée ». J'étais en rage. Ce boulot aurait été le meilleur que j'ai fait, le meilleur que l'on m'ait proposé, le meilleur qui me passe sous le nez. Game over, try again petite conne. J'en suis malade, et de me soigner sous contrainte est oppressant, et fort désagréable. Épiée, guettée, espionnée. A l'affût de tous mes gestes, que ce soit les rares coups de fourchettes où la manière dont je me comporte, mes cernes et mes lèvres sèches.

 "Déshydratation. Ostéoporose »
.


Je n'entends pas. Je n'entends plus. Je bouche mes oreilles, ferme les yeux et hurle à tue tête silencieusement. Ces mots ne me concernent pas. J'ai envie de leur balancer un beau « Vos gueules je suis pas malade putain, lâchez moi! ». J'en crève d'envie. Et une petite voix me rattrape en me murmurant « Tu sais bien qu'il y a un truc qui cloche, tu as besoin d'eux. » Contre balance. Noir, blanc, pas de gris, pas d'équilibre, juste une navigation douteuse entre les extrêmes. Je suis épuisée, fanée, crevée. La fatigue gagne mes muscles, ça tire, ça lancine, les courbatures deviennent presque handicapantes tellement elles sont douloureuses. Je ne marche pas toujours droit, les vertiges me gagnent et fragilisent mon équilibre...je me colle au mur, m'appuie sur les meubles, pourvu que je ne tombe pas...Rester debout, stoïque. Pas de marque de faiblesse apparentes, juste les pulsations trop rapides pour un coeur fatigué. J'ai le regard vide et l'air hagard, mais je tiens. Pathétique. Alors que je meurs d'envie de me laisser aller dans des bras tendres et chauds, sécurisants et rassurants...Papa? Papa...j'ai besoin de toi. Maman, dis moi que tu m'aimes, dis moi que tout va s'arranger. Rassurez moi, ouvrez moi les yeux, emmenez moi loin des blouses blanches...Ce n'est pas chez moi ici, je n'habite pas là, d'ailleurs je n'habite nulle part. Je ne suis plus, j'ai disparu. Lentement, doucement, douloureusement. Pardon.
 
#3 juillet 2008

Mes yeux me mentent, déforment, me trompent. Je m'en rends compte parce que maintenant j'attire les regards dans la rue. Et ça me fait peur; en serai-je arrivée à un stade important de la maladie? Est -elle autant visible? Je maquille mes cernes, me mets des couleurs sur les joues. Mais toujours on me demande si ça va parce que je suis « pâle ». Et que je devrais manger, c'est de ma faute et nia nia nia. Je la connais par coeur, c'est bon. Comme si ils m'apprenaient quelque chose. Je ris. Je me regarde dans la glace. Ou mes yeux plutôt, je constate. Sur mon corps il est marqué « Fragile ». « Malade ». "Paumée". J'en suis fière pourtant : En repoussant toujours les limites je tiens toujours debout et m'en étonne moi-même. Corps serait -il plus robuste que je ne le pensais? Tant mieux. J'ai besoin de ça, de cette euphorie, de ce bien être que je voudrais faire durer...mais tout cela n'est qu'éphémère et la fatigue m'assaille déja. Je monte et remonte encore et encore les escaliers, arrive en haletant à mon étage, essoufflée comme jamais, le coeur tambourinant dans ma poitrine. Je me jette sur mon lit, les yeux rivés au plafond. Les pensées divaguent, j'en perds le fil tellement il y a de bordel. Je rêve. Des choses étranges qui me troublent. Les réveils se fond en sursautant, je regarde autour de moi sans savoir où je suis, ni l'heure qu'il est, ignorant si mon rêve était ou non réalité. Je me réveille en pleurant parfois. Je pense à eux que j'aime. Je n'ai toujours rien annoncé à Papa et ça commence à me stresser sérieusement...je ne sais pas pourquoi, j'ai tellement peur de sa réaction. Et puis l'hôpital. J'ai entraîné tout le monde avec moi visiter les abîmes de l'esprit torturé qu'est le mien. Je le regrette amèrement, m'en veux énormément. Mais qu'est ce que ça change hein? Ma soeur me raconte qu'elle voulait se balancer par la fenêtre. Plusieurs fois. J'ai peur d'être à l'origine de ces tentatives d'appel au secours. Elle fume, beaucoup. Trop. Elle est raide en permanence. Défoncée, tout le temps, tous les jours. « J'ai arrêté la clope, je ne fume que des joints c'est moins nocif ». Ce qu'on peut être con à cet âge là, pleins d'une insouciance naïve...J'ai beau lui expliquer que ça crée des dégâts irréversibles, lui raconter mon expérience, dialoguer avec elle pour faire un constat...elle continue, envers et contre tout,jusqu'à voler la carte bleue des parents. Elle me fait de la peine. Elle devient attachante, elle devient une vraie soeur de coeur...c'est une drôle de relation que nous avons, où la complicité et la sincérité prônent avant tout. Je l'aime. Je les aime. Tous et toutes. Je n'ai pas le droit de me laisser mourir. Je m'étais promis d'être une grande soeur modèle, de ne pas être un boulet pour les parents...et j'ai fait tout le contraire. Je suis la fille sans vie sociale, angoissée pour rien et qui refuse de sortir le soir, de peur de replonger dans les amours éthyliques. Et qui n'a pas de boulot aussi. Si ce n'est pas un boulet ça...Un poids. Je suis un poids. Pour tout le monde. Une masse de chair dont on ne sait pas vraiment quoi faire. Ni même moi, même si j'y crois et que j'ai envie de leur montrer ma force et mes capacités. Je voudrais tellement leur démontrer qu'ils ont tort, que je peux, que je suis. Mais pour l'instant ma seule consolation reste mes os. C'est bien triste. Je me sens si petite, tellement petite dans ce corps trop grand...j'ai beau l'ajuster, le retravailler, faire des retouches, rien n'y fait. Il n'est pas à ma taille, je veux le changer...Puis il est cabossé. Et sale. Il sent la mort.
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15 juin 2008 7 15 /06 /juin /2008 11:51

J'ai passé ma journée d'hier à pleurer sur mon sort. Après un entretien corsé avec Mme L., où il a fallu que je me mette à nu, j'ai lu quelques rapports me concernant et dont j'ignorais l'existence. J'ai décidé de coopérer, de collaborer pour me sortir de ce bordel. Alors je dis la vérité, mes craintes et mes doutes, les victoires et les échecs. Mes pensées aussi, même si elles sont pathologiques, tant pis. Il faut me sauver, il faut que je saisisse les mains tendues, que j'accepte l'aide. Que j'admette que seule il n'y aura pas de sortie possible à cet enfer que j'ai construit de mes propres mains.

On a préparé mon rdv du 18 juin à l'hôpital St Vincent de Paul. Je n'y crois plus, honnêtement, alors...j'essaie de me donner les moyens de guérir, mais le moteur est irrégulier. J'ai confié mes angoisses par rapport au fait de prendre les repas en communauté, en espérant une réponse qui me convienne, mais objectivement, je sais que les négociations sont malvenues. Si je prends l'habitude de manger seule, je doute que je puisse revenir en arrière et partager à nouveau les repas avec les autres. Alors à la question, « que voulez vous, vous libérer de cette souffrance et manger en individuel? », je n'ai pu que murmurer un « non ». Parce qu'il faut cesser de jouer et se rendre à l'évidence; je suis malade et je nécessite des soins. Pas qu'ils rentrent dans mon jeu.

Vers la fin, elle m'a tendu une poignée de documents. « Voilà les lettres et les comptes rendus des différentes évaluations, entretiens et constats médicaux. Vous sélectionnerez l'un d'eux pour que je puisse le joindre au dossier que je vais donner au médecin. Il y a sûrement certaines choses que vous voudrez garder pour vous... »

Sous son doigt, je vois des mots qui m'horrifient. J'ai beau lire et relire, je n'en reviens pas. Premier rapport venant de l'hôpital Fontan, brut et froid.  « Vous vous doutez que l'on devait être au courant ». Non. J'ignorais ce secret partagé. Dire que pendant 2 mois je me suis foutue en l'air en pensant « il faut qu'ils le sachent », alors qu'ils en avaient connaissance. J'ai apprécié son tact et sa manière de me dire les choses. Mais bordel, mon coeur n'a fait qu'un bond, mes mains se sont mises à s'agiter dans le désordre, mes mots se sont emmêlés et j'ai désiré plus que jamais être six pieds sous Terre. J'ai senti cette putain de honte m'envahir, me polluer l'esprit, et le mutisme s'est installé pendant une bonne parie d'heures, tremblant de tous mes membres.


Chers confrères,


Vôtre patiente Mademoiselle E. S. a été hospitalisée au centre d'accueil et de crise du 23 au 28 mars pour prise en charge d'une recrudescence anxieuse dans le cadre d'un probable sevrage en alcool.

Il s'agit d'une jeune fille de 21 ans, célibataire, sans enfants et vivant seule actuellement. Elle est en contact avec ses deux parents, séparés depuis 20 ans. Elle a 4 ½ soeurs du côté maternel et 3 ½ frères du côté paternel. Elle est en bon contact avec ses grands-parents. Sur le plan de ses études, après un bac arts appliqués et un BTS, Mademoiselle S. a repris des études de psychologie et est actuellement en première année.


On ne note aucun antécédent médical ni chirurgical particulier.


Dans ses antécédents psychiatriques, on retrouve un suivi depuis 5 ans pour des troubles de conduite alimentaires à type d'anorexie/boulimie. On note par ailleurs, dans ses antécédents, 7 tentatives de suicide par intoxication médicamenteuse volontaire et 4 hospitalisations à L'EPSM d'Armentières. Il existe également des conduites addictives à l'alcool et aux toxiques (ecstasy occasionnellement, cannabis et benzodiazépines)


Sur le plan familial, son père serait suivi depuis peu pour un trouble bipolaire.


A l'entrée dans le service, Mademoiselle S. présente une agitation et une instabilité anxieuse importante diminuant progressivement après l'instauration d'un traitement de sevrage. Il existe des troubles du sommeil majeurs, et des comportements auto-agressifs avec des scarifications sur les deux avants-bras. La patiente explique avoir augmenté progressivement sa consommation d'alcool la semaine précédente, essentiellement à visée anxyolitique.

Les différents entretiens avec la patiente, seule puis accompagnée de sa mère ne permettent pas d'identifier des événements récents à l'origine de cette recrudescence anxieuse. Mademoiselle S. évoque une enfance difficile, élevée par ses grands parents paternels jusqu'à ses 4 ans puis par sa mère, avec une difficulté à trouver sa place et un souci constant de plaire aux figures parentales. Elle rapporte par ailleurs un viol subi à l'âge de 15 ans et vis à vis du quel elle nourrit un sentiment de culpabilité important, l'ayant empêché, jusqu'à ce jour, de porter plainte. Il semble que la patiente se place actuellement dans un statut de coupable et non de victime.

L'hospitalisation a permis une mise à l'abri rapide de cette patiente. Il s'avère néanmoins que les idées noires et les angoisses persistent et mènent Mademoiselle S. à poursuivre les scarifications. Il nous apparaît donc nécessaire de poursuivre la prise en charge sur le secteur.

Mademoiselle S. est donc transférée sur l'EPSM d'Armentières le 28/03/2007 pour une poursuite des soins.


Je vous prie de croire, chers confrères à l'expression de mes sentiments dévoués.


S. Maillet, interne. / V. Boss, praticien hospitalier.


Professeur Michel Goudemand.


Je ne me souvenais pas avoir confié ma vie aux médecins. J'ignorais que je m'étais découverte à ce point et c'est non sans douleur que j'ai relu encore et encore ce putain de papier. Son contenu impersonnel, qui me traite comme une patiente et non une personne me fait mal parce que ce sont les tripes qui sont écrites là, dans ces lignes crues.

J'ai pleuré, prête à engloutir 4 bouteilles de théraléne ainsi que tous les cachets amassés au fil des permissions. J'ai posé délicatement mes lames sur mon bureau, méthodiquement, machinalement. A ma grande surprise, je n'ai usé d'aucun de ces échappatoires...J'ai pensé à la famille. Me suis traitée de lâche, de faible et d'égoïste. J'ai sauté le repas, me suis mise toute habillée en position foetale et attendu que ça passe, que les sanglots s'arrêtent et que les spasmes se fassent moins fréquents. J'ai fermé ma porte de chambre à clé, préparant froidement ma fin. J'ai fini par m'endormir, anesthésiée par l'hypoglycémie et le froid malgré la chaleur étouffante.


Je viens de rendre tous les médicaments que j'avais soigneusement entassés au fil des semaines. Persuadée que c'est une chose très raisonnable, je me mets à angoisser; je ne pourrai pas m'en servir « au cas où »...J'y ai pensé des millions de fois, de tout avaler d'un coup...

« Je vais venir avec vous vérifier si vous avez d'autres cachets. » « Surtout avec vous, ça peut être dangereux. ». « Vous vous êtes scarifiée? »

_Non.

Victoire...oui, si on veux. Mais j'ai toujours en tête cette sensation de bien être que j'éprouve après m'être lacérée les bras. Ça me hante, c'est très étrange. Au lieu d'éprouver la satisfaction d'avoir résisté voilà que je suis presque déçue.





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13 mai 2008 2 13 /05 /mai /2008 18:56
Je m'en vais. J'y retourne.
 Je n'en n'ai aucune envie.

Je suis vraiment fatiguée.
C'est peut être mieux ainsi.

ça me rend triste. De devoir y aller...de devoir être suivie en permanence parceque je n'y parviens pas seule. D'être surveillée.
Le jour comme la nuit.
De lire ces lettres sur moi, que le chef de service adresse à ses collègues spécialisés. Ces mots pathologiques.
Elle me fait tout lire. Je préfere cela, être au courant. Mais je vous jure que parfois ça fait mal.

  Mademoiselle S. HL :  Recrudescence anxieuse et auto agressivité (scarifications) avec
  Dr W.                        sevrage alcoolique (et toxique) et anorexie.


Et puis d'autres.
Pas de mots, juste des larmes.
Je ne veux pas de réconfort dans les lames, il faut que je tienne.
Parceque l'on croit que tout va bien, on voit ce que l'on veut voir.
Mais ce ne sont pas les rayons du soleil qui effacent tout. Rien ne s'efface. Tout reste. J'ai juste décroché quelques jours. Mais ça finit par me rattrapper. Forcément.
Puis cette putain de balance. J'ai eu envie de la briser. De la jetter par la fenêtre, elle qui s'entête à m'écrire ces chiffres qui ne conviennent à personne, pas même à moi, la garce.
Face à cela je suis toute petite.

Han.

Mal au ventre.


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11 avril 2008 5 11 /04 /avril /2008 12:31
Merci pour vos commentaires.

Je vais me mettre un peu en stand by pour le moment.
Ouvrir les yeux.
Essayer de trouver des solutions.
Tout est emmêlé.
Je n'aurais jamais dû arrêter les cachetons d'un coup.
Pardon. Je glisse.



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9 avril 2008 3 09 /04 /avril /2008 23:17
"Je vais te dire moi; t'as 22 ans, ta petite vie, ton petit ordinateur ta petite télé, ton petit repas,la semaine à l'hopitâl, le week end ici, bref je vais être cru mais t'as une grosse vie de merde."

J'm'en étais pas rendue compte dis donc, heureusement que mon beau père est là pour m'ouvrir les yeux putain!

"Et puis tes blogs d'anorexiques de connasses de merde, qu'est ce que ça t'apporte hein?"

Je sais pas, ptêtre que ça m'apporte le soutien que tu me donnes pas, ça te vient pas à l'esprit? Je sais pas, ptêtre bien qu'ici je trouve une place que tu me donnes pas?

Enragée. Et je pleure comme une conne ça me fout en l'air.

"Petite vie d'assistée","j'en ai marre de te voir avec des débiles mentaux toute la journée"

Ah ouais, mais dis moi, est ce que tu as eu les couilles de venir me voir une seule fois à l'hopital, hein? C'est pas dans mes souvenirs.

Et pour ma vie d'assistée, je payais mon loyer toute seule dès mes 18 ans, en bossant avec des pervers dégueus à côté de mes études, depuis, est ce que je t'ai déja demandé du fric, non mais dis moi!? Et pour info, toi qui aimes les comparaisons, mes potes vivaient tous chez leurs parents, les problèmes de fric, les courses, le loyer et le boulot, ils en voyaient pas la couleur, et toi, rappelle moi à quel âge t'as quitté ton nid douillet, histoire de savoir, vas y, ça m'interesse là...
Et tu crois que je prends mon pied à l'HP? Mais mon gars, ici personne n'est là pour le plaisir, viens donc faire un tour chez les singlés, puis dis moi si t'as envie d'y rester pour le fun...dis moi si ça te plait, moi jsais pas, ça fait un an que j'y suis et bizarrement je crève d'envie qu'on m'annonce la sortie...

Et ma mére qui me dit "ah, ça fait plaisir de vous voir parler ensemble" haha, mais Maman, si tu savais...si on ne se parle pas, il y a une raison...

"Et puis c'est lourd, pense à Maman, elle a une vie aussi..."

Mais vas y dis moi que je suis lourde, encore et encore, je pense que ça peut faire avancer les choses, puis fais moi culpabiliser c'est mon moteur!
C'est tellement plus complexe que ça putain...

Des petites perles rouges sur mes bras.
Des perles sur les joues.
Des bleus sur ma colonne vertebrale
Un gout amer dans la bouche, la crise fut bonne,
Dommage que vous ayez caché l'alccol dans votre chambre, je me serais bien pris une cuite, pour mieux me vomir...
Je n'ai que mes os pour me consoler,
et je pense à ma date de péremption.

"ça peut plus durer"
Ouais, t'as raison, ça peut plus durer.
ça parait clair.
J'y réfléchis.
Le coeur prêt à exploser.
ça tourne autour de moi.
Je suffoque, donnez moin de l'air!
Je m'étrangle, les larmes sont diluviennes

J'ai demandé le prolongement de ma permission tout à l'heure, mais c'est une mauvaise idée, je retournerai à l'hopital demain. Ma mére m'avait dit, "pourquoi tu resterais pas la semaine ici, pour les vacances?", naïvement je me suis dit, c'est vrai, après tout, pourquoi pas. Mais je ne peux pas. Impossible. Mon sac est fait.

Un bras ça saigne beaucoup quand même. Ne m'avait on pas dit anémiée? J'en ai plus rien à foutre. De tout.
J'ai la nausée.
C'est ptêtre encore le seul truc que j'arrive à ressentir, cette envie de gerber omniprésente.

J'hésite entre la rage et leur montrer ce que je vaux, ou abandonner parceque je n'ai rien à prouver à personne et que je voudrais m'en foutre. Clap de fin.

Merde, j'ai le cerveau en bataille, je sais plus. Panique me gagne. Self control, on respire lentement...



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18 mars 2008 2 18 /03 /mars /2008 09:31
shockinganorexia6.jpg...A la vue de tous ces blogs prônant l'anorexie. Je ne ferai pas de énième article contre les pro-anas, mais lorsqu'on lit tout ce tissu de conneries on se dit qui'il y a un truc qui tourne pas rond.  Mais surtout, ça sonne faux. Jamais je n'ai lu dans un blog qu'elles allaient jusqu'à l'hospitalisation, où qu'elles se faisaient rééllement gerber. Je veux dire, tant mieux pour elles, parceque je ne le souhaite à personne, mais c'est quend même se foutre de la gueule du monde.
Et puis alors, vive la niaiserie les fautes d'orthographes et toute la mascarade de l'entraide au régime.
J'essaie d'en rire mais ce n'est vraiment, vraiment pas drôle. C'est même de très mauvais goût.



Je me dis que peut-être c'est dû à l'âge, la recherche de soi même, s'identifier à un groupe ou je sais pas quoi mais bordel, Elles ont les yeux aveuglés par la connerie ou quoi? C'est un manque de décence.

En fait je  m'en fous.
Elles font ce qu'ellles veulent.


Je sais pas pourquoi je me monte la tête. Juste quand je lis tout cet amas de connerie, je pense à moi et à la douleur engendrée par la maladie, l'hosto les pesées, les infirmiers qui te suivent jusqu'aux toilettes, les fenêtres qui ne s'ouvrent que de 10 cm (manquerait plus qu'on se defenêstre), le flicage permanent, la torture mentale, le manque. Et Je me dis que quelqu'un qui pense que c'est un mode de vie n'a jamais connu la survie, ce n'est pas possible autrement.
Et puis tout ça me rend folle parceque cela parait tellement futile, tellement dénué de sens, avec des petites étoiles partout et des coeurs à toutes les fins de phrases écrites en phonétique (je ne supporte pas).
Et les souvenirs reviennent et le dégout fait place; c'est encore une confrontation avec le miroir que je m'impose, les jambes qui tremblent sur la balance. Je tâte mes cicatrices et me souviens. J'ai 22 ans, un abonnement illimité aux urgences depuis que j'ai 14 ans, un traitement de dingue tous les jours...et....putain j'ai pas à me justifier. Mais ça me fait mal de lire leurs mots, alors que les maux me bouffent littéralement.
Et puis c'est ma faute aussi, à force de trainer sur le net en recherchant je sais pas quoi dailleurs, peut être une maigre consolation en me disant que je ne suis pas seule. Et qui finalement me fout en l'air parceque non je ne suis pas toute seule et que l'on est bien de trop à crever en silence. Dans l'attente d'un ailleurs meilleur. J'en sais rien. J'attends, la gueule béante, que l'on m'enléve de là.
Je deteste l'endroit dans lequel je vis depuis bientot un an. Je le deteste, je me deteste, je deteste avoir besoin de cette béquille, je deteste être faible. Je deteste ce que je suis, ce que j'ai fait, et ce que je devrais faire.

Ma mére me dit que si je veux venir vivre à la maison dans l'attente d'un logement, il va y avoir de nouvelles règles, du genre manger à table avec eux ET comme eux. Et d'autres trucs aussi. Des conditions qui font de ce retour un truc impossible. De toutes maniéres ma sortie n'est même pas envisagée alors...Je sens bien qu'elle ne sait plus comment faire, qu'elle est fatiguée et désarçonnée. Alors elle met de l'huile d'olive partout où elle peut, dans mon dos. Elle me prépare des trucs à manger sans me dire exactement ce qu'il y  a dedans. Moi qui ai besoin de lire toutes les étiquettes soigneusement et qui ne fais confiance qu'à moi question bouffe, c'est pas gagné. Mais ce qu'elle ne semble pas comprendre, c'est que surtout, je ne SAIS PAS faire autrement. C'est pas un choix, c'est pas un truc qu'on choisit, ça te tombe sur le coin de la gueule, point. Je ne dis pas qu'il ne faut pas essayer, faire des efforts, mais elle ne peut pas me demander l'impossible. Pour que j'échoue? ça sera pire, c'est tout. Impossible de lui expliquer. Puis pas envie de faire mal.Il y a déja eu trop de casse.

J'ai dit à l'équipe soignante que je voulais sortir. Je ne sais pas (en fait si, j'en suis sûre) si c'est le bon moment et s'il n'est pas prématuré de sortir maintenant. (mais c'est évident, si je sortais demain...han).

Mais je péte un câble. Je ne veux plus de cette  semi-liberté, ce flicage permanent, la honte d'être faible, la honte d'être malade. Je ne veux plus de ces 4 murs opressants, je ne veux plus raconter ma vie à 36 personnes différentes. Je ne veux plus avoir à reformuler des phrases évoquant mon passé.
Je ne veux plus de cette situation, mon entourage de nevrosés, les médecins, les infirmiers, les psys et les éducateurs...

Je suis enfermée, je me suis fait prendre alors que j'étais inconsciente, piégée par les "mademoiselle, ça serait de la "non assistance à personne en danger"", piegée par cette maladie qui m'a transormée en locque attendant son traitement comme le messie.

Ce personnage n'est plus moi, je ne l'aime plus et l'ai abandonné il y a bien longtemps.
Je voudrais renaître.




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8 mars 2008 6 08 /03 /mars /2008 00:07
Je suis arrivée chez moi tout à l'heure, tellement heureuse, si vous saviez....
Vous m'avez beaucoup manqué, cet endroit aussi.
Je n'ai pas fait tout ce qu'il fallait durant ces 15 derniers jours, et la permission du week end dernier m'a été sucrée.
Quelques conneries, quelques crises de panique pas controlée [du tout].
Quelques lignes de mon journal de bord;


#3 mars 2008


"Ce matin je me suis explosé les bras sans trop de raison à part ce découragement qui m'envahit de plus en plus; j'aimerais troquer mon passé contre celui d'un autre, j'aimerais être différente, être une autre. J'en peux plus de me trainer ce corps sali, il m'insupporte, et ces images, celles qui resteront là quoi que je fasse me laissent la nausée, mon corps est trop gros, trop, trop.

Je suis triste, je n'arrive pas à pleurer, cela me ferait tellement de bien pourtant. Larmes séches. Elles me brûlent les yeux, aveuglée par la honte et la douleur.

La mort.

Encore. J'imagine. Fin liberatrice. Elle m'obsède. J'ai envie de boire, de me droguer jusqu'à l'apaisement final. Marcher sur du coton. Caressée, enveloppée, consolée dans cet amas de douceur.

Mais non. Je suis là, vais fêter mes un an d'hospitalisation. Triste sort. Je ne vois plus la sortie. Au secours. Dorlotez moi, chouchoutez moi, consolez moi, emmenez moi, je veux sortir d'ici, oublier ces endroits qui me rappellent la maladie, la folie, la souffrance. Tuez moi si ça vous chante, si vous m'aimez alors faites le. Moi, je ne peux pas, je n'en ai pas le courage...Aidez moi. Affronter n'est plus possible, je m'essoufle, m'épuise dans ce bras de fer avec la vie, me perds dans la spirale sans fin, me cogne aux murs de ma folie.

Suicidez moi!"

Voila mon etat d'esprit de la semaine. Un peu en bas. Et puis un peu moins sur la balance aussi. Quelques centaines de grammes, rien et pourtant quelle importance ils ont à mes yeux. Aujourd'hui le moral est au beau fixe et j'ai obtenu la permission du week end, je suis chez ma mére, j'ai retrouvé mes soeurs, le bordel de la maison, le linge partout, les chaussettes dépareillées et des paillettes partout, entre les déguisements de princesse. Je les aime, fort.
J'ai attendu ce moment pendant 15 jours. Je me suis bourrée de cachetons pour m'anesthésier.
Et aujourd'hui, on y est enfin et le bien être s'installe....hmmmm
C'est bon.
Je m'en délecte, délicieuse euphorie.
Même ephémére, c'est si bon. J'aimerais arrêter le temps et cristalliser cette sensation si douce.
Et à la fois, j'aimerais m'effondrer dans des bras aimants, parceque l'espoir s'étiole petit à petit.
an4.jpg
Je ne veux pas que ce post soit pathétique, je pose juste les choses en essayant de les digérer , de comprendre. Besoin d'écrire pour pouvoir relire. Décortiquer, disséquer. Experimenter, tout est bon, rien à perdre de toutes maniéres.
J'aimerais dire à ma mére que je l'aime plus que tout, et que jamais je n'ai voulu tout ça. Je voudrais lui souffler que si je ne mange pas ce n'est pas grave, qu'il faut me laisser avec ça. Que ça ne lui fasse pas de peine, c'est pas la peine. Peut-être fataliste, mais je préfére de loin la franchise.
Je ne perds pas la rage qui m'envahit quand dans ces moments de faiblesse je tombe, je garde la niaque et déploie toutes mes petites forces pour me relever. Avec la force du mental on dira, parceque je ne compte plus sur le physique.
Mais je vais.
ça tient, bringueballante mais debout  ; ]



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*anorchidea*

  • : [La pÂleur mOntre JusQu'où le cOrps PeUt cOmprendRe l'âMe]
  • : Le pardon ne pouvant s'envisager, seule une vengeance violente, une décharge de tout ce qu'il y a de mauvais, malsain, au plus profond du subconscient, pourrait permettre de ne plus penser aux noirs souvenirs qui gangrènent ma chair me rendant chaque jours un peu plus malade. Mes pieds s'enlisent, mon esprit les suit. Je me perds. L'anorexie fait partie de ma vie depuis trop lontemps.
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