Le pardon ne pouvant s'envisager, seule une vengeance violente, une décharge de tout ce qu'il y a de mauvais, malsain, au plus profond du subconscient, pourrait permettre de ne plus penser aux noirs souvenirs qui gangrènent ma chair me rendant chaque jours un peu plus malade. Mes pieds s'enlisent, mon esprit les suit. Je me perds. L'anorexie fait partie de ma vie depuis trop lontemps.
Je me suis mis du noir sur les yeux. Beaucoup. Face à face avec mon reflet. Je me scrute, je neme reconnais pas, je découvre mes traits qui sont devenus si durs au fil du temps. Les cernes sont creux et violacés, les lèvres sèches, les mains bleues en ce matin si frais... J'ose me regarder nue, à la découverte de ce corps qui n'est plus mien depuis bien trop longtemps. Décidement je n'arrive pas à apprivoiser l'image qui se forme dans la glace. Je ne sais pas qui est JE.
J'ai beau regarder, je ne reconnais pas ces membres noueux, ces os agressifs...Qui est- Elle?
Les larmes jaillissent, le noir recouvre mes joues, coule encore, souille mon cou, mes clavicules, je ne m'arrête plus, je regarde les bleus qui parcourent tout mon corps, témoins de mes maladresses et des coups sur un corps osseux. Je me sens flotter, tout se brouille, je m'interrgoge sur ma maniére de vivre, ou de Sur-vivre, qu'est ce que je fous? Qu'est ce que je fous à 21 balais dans un hosto où tous les autres ont [au moins] le double de mon âge, où la seule activité consiste à mater ces images televisées fort affligeantes, attendre les traitements et bouffer cette espéce de bouffe compacte qu'on a a l'hopital. ["Régime sans graisses", ouais c'est ça, à d'autres, je repére le leurre, les légumes flottant dans l'huile que l'on voudrait me faire avaler.] Pour combien de temps encore?...Tout cela ne tient qu'à moi, c'est ça le pire. Il n'y a que moi qui puisse m'aider, me tendre la main pour avancer. Je voudrais qu'on m'emmène loin d'ici, loin des murs aseptisés, loin de ce moi inconnu et cruel.
Je voudrais qu'on décide à ma place. Qu'on ne m'écoute pas. Je ne suis pas apte à me sauver la vie.
Cette vie en pointillé ne me convient pas, moi j'aurais voulu vivre exaltée, passionnée, vivante, j'aurai voulu faire de ma vie un chef d'oeuvre...mais il a fallu que je me comporte comme une simple humaine.Déchue de mes rêves, de mes fantasmes, me voila enfermée dans cette masse de chair informe, dessechée, deshydratée,affamée.
Qu'est ce que je fous, depuis 5 ans, bientot 6, je me traine de services en services, traine mes proches lassés, d'urgences en urgences, jusqu'aux hopitaux psychiatriques. Putain. Pas de regrets parceque je ne veux pas en avoir, mais un goût d'amertume lorsque je repense à Lui qui a avorté tous mes projets, qui m'a arraché de mes racines, qui m'a enlevé la vie insouciante que je menais.
Putain de lâche.
Et qu'est ce que j'aurai pu faire, porter plainte contre X ? Pff, autant pisser dans un violon pendant que cette espéce de merde continue ces crimes. J'ai mal.
Merde, les rôles sont inversés, c'est pas moi qui devrait mourir de honte et de culpabilité devastatrice.
Je n'attends pas de réaction de votre part, je sais que ce discours est flou et bourré de sous-entendus, pas la force d'écrire les mots qui ont engendrés les maux.
J'ai la haine.
Elle me bouffe.
Parfois ça me donne la rage de vivre, parfois j'en crève tellement que je baisse les armes et me laisse aller à la mort, lentement mais surement.
J'attends des résultats d'analyse, au fond je m'en contrefous, qu'est ce que ça va apporter de plus, hein?. Qu'est ce que ça va changer de savoir si mon potassium est trop bas ou si les carences sont importantes? Hein?
Putain de dimanche, je veux pas y retourner ce soir; j'aimerais un délai, je ne veux plus y retourner, je ne veux plus parler, je veux qu'on me foute la paix quitte à crever dans un coin. [NOn!.]
Je voudrais juste apprendre la vie...je voudrais encore avoir le temps de découvrir et ne pas le perdre dans ces hopitaux qui s'attachent aux chiffres, pourtant si insignifiants.