Le pardon ne pouvant s'envisager, seule une vengeance violente, une décharge de tout ce qu'il y a de mauvais, malsain, au plus profond du subconscient, pourrait permettre de ne plus penser aux noirs souvenirs qui gangrènent ma chair me rendant chaque jours un peu plus malade. Mes pieds s'enlisent, mon esprit les suit. Je me perds. L'anorexie fait partie de ma vie depuis trop lontemps.
Par pitié, le jour où vous trouvez une espèce de forme humaine tremblante qui ressemble étrangement à un toxico en manque, ne rameutez pas tout le quartier. Du genre vous êtes en cours, une envie pressante, et vous sentez une présence légèrement haletante dans les chiottes d'à côté; ne retournez pas en cours en gueulant à travers tout qu'une personne a un problème.
Si le toxico s'isole, c'est qu'il n'a pas forcément l'envie ni de se donner en spectacle, ni que tout le monde prenne connaissance de sa dépendance à la con. Donc, si on rameute tout le quartier, il est évident qu'il deviendra un peu agacé, et vexé de sa vulnérabilité qu'il se donnait tant de mal à dissimuler. Et que vous, malheureux, aurez piétiné lourdement. Certes, vouloir, bien faire, c'est une bonne chose. Mais sachez que vous n'êtes pas tous délicats. Et que les personnes qui vous avez averties ne manqueront pas de faire des remarques humiliantes, blessantes, rageantes, et qui soulèveront certainement une envie de vengeance violente.
J'ai donc pu entendre "elle veut du subutex? Ah non attends j'ai un peu de vodka! Mdr, dis lui qu'à Roubaix y a plein de dealers putain elle est conne ou quoi! Hey, jcrois que dans le métro j'en ai même croisé un merde j'ai pas pris son numéro! Elle a pas pris sa dose au ptit déj? ...[...]."
Je n'en dirai pas plus. C'est peut être pas la peine. D'écrire...ça...Qu'est ce que je pouvais faire devant cette classe remplie de connards? L'ignorance, c'est sûrement le truc qui génère le plus la connerie. Ce qui me rend folle et qui me brûle les yeux, c'est tout le mal que je me donne pour que personne ne sache. Pour qu'au moins dans ma vie d'étudiante, au moins une fois, une année, je n'ai pas cette étiquette de la pauvre petite anorexique droguée. Juste une fois. J'ai tenu 3 mois et demi. Génial.
Il a juste fallu que j'oublie de prendre ma méthadone, et que je fasse une pause la nausée dans le ventre, dans ces putains de chiottes à la con de bordel de merde. UN jour. J'ai cette envie de débarquer, flingue au poing, et de tous les buter, un par un. Je leur expliquerai que j'avais juste envie de m'en sortir, mais apparemment, même pendant le sevrage, même quand on essaye de se relever, même quand on essaye de reprendre un peu sa dignité en main, on reste un toxico. Un déchet dont on devrait se débarrasser. Après tout, c'est vrai, c'est quand même cette bande de branleurs qui m'offrent cette méthadone. Je ris. Parce que perso, moi, jla paye pas. Et ouais, le trou de la sécu, j'en profite bien. Mais quand je vois ça...j'ai ce certain plaisir à le faire.
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J'ai cette envie de chialer qui me prend dans le ventre. Et ça m'énerve, tellement. Tellement que c'est indicible.
J'ai cette tête, de celle qui s'en est sortie, glorieuse. Des dents en moins et l'ostéoporose en plus, mais c'est tellement pas grave. Mais il y a ce truc qui reste. Une période se termine, et une autre doit commencer en temps normal. Mais j'ai le cul entre les deux voyez-vous, ce qui fait que je ne suis absolument nulle part. Vous savez pourquoi, il y a tous ces trucs qui sont toujours...là, bien planqués. "Tous", non. C'est juste...le dégoût. Quand on se dégoûte soi-même à ce point, je vous jure, que c'est putain de difficile d'avancer. Non, en fait...c'est plus que je ne me connais plus. Si je me suis connue un jour. Alors j'essaye des trucs, des nouvelles réactions, d'être présente. Mais tout ce cirque finit par m'emmerder au plus haut point, je deviens désagréable et finalement...finalement j'ai envie d'aller fêter noël en HP, parce que là bas, personne n'est dans la réalité, on a tous déclaré forfait, et que tout est tellement plus facile. Mais non. J'ai dit que j'irai jusqu'au bout.
*elle m'a dit, c'est drôle comme vous avez l'air marginale, sans foi ni loi. Comme vous avez l'air je-m'en-foutiste. Et puis en fait...vous êtes une femmes de devoirs. Comme j'en ai rarement vu.e Tous ces "il faut" dans votre bouche. Non mais ça m'étonne pas que vous commenciez à péter les plombs."
Ça m'a fait sourire. C'est vrai que je ressemble à cette espèce de pseudo-rockeuse qui dit que des fucks et emmerde le monde parce qu'elle a besoin de personne, et qui se fout surtout éperdument de l'avis des autres. Avec mes mini-shorts par -10° (mais c'est seulement parce que j'ai l'air si grosse en jeans) et mes t-shirts noirs qui parlent que de flingues et de filles qui fument avec leurs yeux tellement maquillés qu'on en voit plus les pupilles. Ou ces motifs un peu psyché qui font un peu trainspotting. Et mon écharpe en tartan. Mon odeur de clope froide mélangée au parfum de mon père. Et mes bottes de motardes cloutées. Ouais. Mais c'est juste que j'ai l'air d'une sombre conne si je m'habille autrement. Je ne sais pas de quoi j'ai l'air. Il paraît que j'ai l'air froide et hautaine. Parce que je suis excessivement timide. Que je fais peur. Haha, mais si je fronce les sourcils...c'est juste que je suis tellement myope que je vois que dalle, il faut toujours que je force sur mes yeux. Que j'ai une trop grande gueule, avec de la répartie qui fait peur. Quand on est timide, si on se dépasse pas, on reste dans un coin. Que j'ai l'air d'avoir besoin de personne. Si vous saviez comme je suis dépendante des autres. De ce qu'ils pensent de moi. De leur réaction. De leur présence. Ptêtre que je me nourris moins que vous. Mais ma nourriture...ce sont les êtres qui m'entourent. Et sans eux, je meurs. Ma faiblesse. Je vous le dis, je suis une bonne blague à moi toute seule. Un mirage. Et si on enlève le physique, l'intérieur est tellement vulnérable qu'on devinerait jamais que les deux vont ensemble.
Je sais juste qu'hier, j'avais l'air d'une pauvre petite chose tremblante. Comme un toxico en manque. Je n'étais plus femme. Ni Homme. Juste une toxico. C'est dégueulasse. Vraiment dégueulasse selon moi. On a tous le droit à plusieurs chances bordel de merde. Mais peut être que tout ça leur fait peur. Que la peur fait parfois devenir con et méchant, un peu comme les choses qu'on ne connaît pas. Mais j'en ai juste rien à foutre. Ça n'excuse rien.
*By Voorda @ DA.