Le pardon ne pouvant s'envisager, seule une vengeance violente, une décharge de tout ce qu'il y a de mauvais, malsain, au plus profond du subconscient, pourrait permettre de ne plus penser aux noirs souvenirs qui gangrènent ma chair me rendant chaque jours un peu plus malade. Mes pieds s'enlisent, mon esprit les suit. Je me perds. L'anorexie fait partie de ma vie depuis trop lontemps.
Je suis à l'hôpital depuis le 25 décembre. Je n'ai pas eu le cafard d'y rentrer le jour de Noël, je n'étais même pas triste; presque soulagée de ne pas le passer en famille. Noël ne représente pas grand chose pour moi, à part peut être les tensions du dédoublement pas encore possible pour les enfants de divorcés. Bref.
C'est ma décision. Je devais, pendant 3 jours, régler mes insomnies angoissantes, et fort perturbantes. J'ai du vous parler de mon émoustille ment pour un certain garçon. Depuis que je suis émoustillée...ça en a remué des choses. De la bonne boue dégueulasse. C'est la première fois depuis 10 ans que je m'autorise à resentir les papillons dans le ventre.
Mais. (toujours ce connard de mais pas vrai?). La vraie question, c'est est ce que j'ai le droit? Je pue le vice. Par tous les pores. Il ne peut pas aimer mon corps, ni le trouver joli ou parfait comme il dit. Il ne sait pas. Il ne sait pas la crasse incrustée. Sur ma peau les marques. Sur mon bas ventre la douleur.
Toutes les nuits je rêve. IL revient, il m'épie lorsque je dors, il me viole, encore, encore, encore, me frappe, me gifle, me dit qu'une pute reste une pute, que je lui appartiens, à vie. Je suis à lui, son objet, il m'a façonnée comme un objet sexuel, un produit de consommation, une machine à plaisir prête à tout. Dans la glace je vois leurs mains. Partout. Je revois la trace de sa main bleuie sur mon poignet. Il avait peur de quoi, avec mes petits bras de quinze ans, que jlui en mette une? J'étais pourtant bien docile. Une fois à terre, sur le sol crasseux du TER, les coups de pompes dans le bide, pour ne pas que je crie peut être? Ou pour vérifier que j'étais toujours vivante? Il est vrai que j'étais absent de mon corps, tellement absente que ça l'a rendu dingue. Il était fou. Il voulait que je la sente sa virilité. Que sa virilité pénètre en moi comme jamais. Mais j'étais pas là. Très cher syndrome de dépersonnalisation, merci. Merci de m'avoir laissée m'échapper. Il aura pas eu mon âme, jamais. Virilité. Est ce que c'est ça d'être viril? Petite merde.
Toutes les nuits? Je l'endors en chialant, je me réveille en chialant. Pauvre petite victime. J'ai horreur de ça. Je m'horrifie. Pour changer. Dans mes rêves, je n'arrive pas à me dédoubler. Je reste là. et ressens tout. Il me murmure à l'oreille qu'il ne fallait pas jouer à ça avec lui. Je n'arrive plus à fuir. Il m'étreint, m'oppresse, je sens son haleine; tabac froid, whisky on the rocks je dirais. sa peau s'imprègne dans la mienne, je deviens lui, mon corps est le sien.
Je n'arrive plus à faire la différence entre la réalité et le rêve, j'ai peur de rentrer dans la chambre, je hurle, et pour être sûre que je suis dans le vrai, 'mouvre les bras, lacère les chairs, pour avoir mal à un autre endroit. Le ventre, les cuisses. Déplacer la douleur. Je suis pleine de fils, mais c'est mon coeur qui a besoin d'être suturé.
Je ne vous explique pas tout ça pour faire pleurnicher. Mais il faut bien que je le gerbe quelque part.
J'ai l'habitude d'être la plus forte du monde, moi. J'ai peur de rien, de personne. Et voilà que la trouille m'invalide. Que j'ai un statut de victime, chose que j'exècre depuis que je suis née. On me dit traumatisme, victime. Mais je suis pas une trouillarde bordel de dieu. Pas moi. Moi j'ai pas peur. Même pas de la mort. Et victime. Merde. Tout ça n'est pas moi, j'y comprends plus rien. Et puis il faut toujours que je me fasse mal. Peut être que si j'ai des cicatrices partout il me dira plus "t'es vraiment jolie tu sais. Les françaises sont belles, et franchement je croyais que t'avais plus, genre 20 ans. T'as l'air vraiment mature pour ton âge. T'es belle.". Main sur la cuisse. Tout est fini, clap de fin, je m'envole. un fraction de seconde, et j'ai compris le manège. Quand on vient d'avoir 15 ans, qu'un homme nous trouve belle, qu'il nous regarde avec désir, et cette putain de connerie de nous dire qu"on fait plus". Je me suis fait mousser. Connasse. j'avais l'orgueil gonflé à bloc. Débile mentale va.
Pourquoi je vous dis tout ça? Peut être parce que je vis un cauchemar, soyons clair. Mais.
Jvous jure qu'il y a du positif. Je vais porter plainte vendredi à 11H. Je ne le fais pas pour moi, enfin pas que. Mais surtout parce que personne ne mérite ça. Vous vous rendez compte que 30 minutes, 30 petites et éternelles minutes foutent une vie en l'air. Jamais je ne pourrai continuer à exister en sachant que j'ai rien fait pour arrêter ça. Un jour je ferai partie d'associations. un jour je rencontrerai d'autres femmes, et un jour, c'est moi qui dirait que ce sont des victimes. Pas l'enculé. C'est moi qui remettrait les rôles en place. Je les écouterai dire la crasse et la honte, et ce sera à moi de leur rendre un peu de leur dignité.
Le positif, c'est aussi qu'en allant porter plainte, je ferme enfin le dossier Avant. Pour déposer ma gerbe quelque part et continuer ma route. J'ai peur, j'ai tellement peur que les flics me disent que c'est bien beau, mais que c'est pas des assistantes sociales, et que si jme souviens même pas de son visage, c'était pas la peine de me venir. J'ai peur qu'ils ne me croient pas. J'ai peur qu'ils en aient rien à foutre. J'ai peur qu'ils rient parce qu'ils peuvent rien faire pour moi. J'ai peur qu'ils me disent que j'avais qu'à monter dans une wagon avec du monde dedans. J'ai peur qu'ils se foutent de ma gueule parce que je me suis pas défendue. J'ai peur qu'ils m'engueulent de ne pas être venue plus tôt.
J'ai peur de me défiler. J'ai peur de plus vouloir y aller.
J'ai peur qu'il revienne la nuit.
J'ai peur de ne plus jamais récupérer mon corps.
Pensez à moi vendredi, s'il vous plaît...
La peur c'est de la merde, c'est nul, jvois même pas pourquoi on aurait inventé un truc pareil putain. La Peur fait faire ni'mporte quoi. J'en deviens conne tellement j'ai peur.
Mais je suis fière d'une chose. D'évoir pris mon téléphone, appellé l'hopital, et d'y être allée. Pas attendre d'avoir les veines explosées. Me sauver la vie. me donner les moyens d'avancer. Moi. J'ai réussi. Des fois je m'autorise à etre contente de moi, et cette démarche, je peux le dire je m'en félicite. Et puis quoi putain; le laisser gagner? Jamais.
Il parait que quand on meurt on voit toute sa vie défiler. Crever sans avoir porté plainte, sans avoir essayé d'épargner d'autres petites nanas jolies comme des coeurs, je vous jure que j'aurais demandé l'enfer.
Je ne veux pas que je vous fasse de la peine, je ne veux pas que vous vous inquiètiez, je veux juste...s'il vou plait, envoyez moi du courage.