_"Pourquoi tu t'habilles comme un sac maintenant?
_Parceque je me sens grosse
_Tu te fous de ma gueule?! Tu pourrais mettre les vêtements de tes soeurs!
_Arrête Maman c'est pas ce que je voulais dire...c'est juste qu'en ce moment j'essaie de faire des efforts et ..je me sens gonfler...je l'ai un peu dure...
_Quoi, tu veux continuer à mettre la même taille que les filles, c'est ça que tu veux, ressembler à des gamines de 13 ans?C'est ça que tu veux? Tu parles que t'essaie de bouffer, tu t'etouffes avec 3 petits pois!
_Non...Maman arrête, arrête s'il te plait
_Non mais vas y t'a cas continuer comme ça, tu pourras échanger tes fringues avec elles!T'es moche comme ça en plus...
_Putain s'il te plait, arrête Maman tu sais bien que...
_Que quoi, que tu sais pas faire autrement?!
Prends toi en main un peu, merde, regarde les autres, regarde autour de toi, tous les gamins de nos copains font plein de trucs, ils s'éclatent, et toi t'es là, dans ton hosto...j'en ai ras le cul que tu sois la bas, tu comprends ça? J'en ai marre, j'en peux plus de devoir te reconduire là bas chaque dimanche soir
_Ah oui et tu crois qu'être là bas ça m'éclate moi? Tu crois que je fous rien c'est ça? Tu crois que j'ai pas la haine de pas pouvoir reprendre les cours, tu crois que je dors paisiblement aussi? Que je me bourre de cachetons avec plaisir? Que je me fais gerber parceque j'aime ça? Maman, si je pouvais faire autrement, je le ferai. Mais je ne sais pas.
_Tu vas rester combien de temps en psychiatrie, hein?...
[...]"
C'est vrai que ça fait quelques temps que je m'habille comme un gros sac, entre mes baggys XXL et mes pulls informes. Je remplis bien le cliché des anorexiques qui s'habillent en large pour dissimuler leur maigreur. Sauf que moi je les mets parceque je me sens énorme. Je sais que que ce n'est pas la réalité, mais je me sens mal dans mon corps depuis que je suis à l'hosto,j'ai l'impression d'être une bombone.
Faut pas chercher à comprendre, la raison me fait défaut.Les chiffres le prouvent. Mais c'est plus fort que moi, question de ressenti. Je maigris et me sens lourde, remplie de vide.
C'est un peu tendu en ce moment.
J'ai envie de sortir.
J'ai envie de leur prouver que j'ai pas besoin d'aller dans ce putain de centre.
J'en ai tellement envie, et putain j'y arrive pas, j'arrive pas à avaler leur putain de bouffe d'hopital, j'arrive pas à reprendre du poids, j'arrive pas à manger devant les autres, j'arrive pas à garder ces aliments.
Je pleure parceque contrairement à ce que je croyais, je suis incapable de faire autrement, même en y mettant toute la meilleure volonté du monde.
Je pleure parceque je me rends compte que je ne sais pas faire autrement
Je pleure parceque je ne suis plus maître.
Je ne savais pas que...j'étais aussi bas...
Je ne savais pas que c'était grave
Je ne veux pas y aller
je veux pas aller me faire gaver comme une dinde
J'ai mal, au fond, tout au fond
Je me sens seule avec mon estomac noué
Mon estomac condamné
Toute seule
Ici personne ne comprend
Personne ne peut se mettre à ma place et c'est frustrant; ça me renvoie à ma folie, je ne suis qu'une malade.
J'ai l'impression que l'anorexie fait partie intégrante de mon être, qu'elle fait partie de mon identité, j'ai peur de la lacher. Je me sens déja si vide.
Je n'ai pas voulu les écouter,j'ai continué tête baissée à me faire du mal malgré les mises en garde.
Je me croyais plus forte.
Mais je ne suis qu'une humaine.
Je prends un peu de recul et la vue me vrille les tripes, les larmes coulent comme elles ne l'avaient pas fait depuis longtemps; même les larmes étaient arides.
J'ai peur.
Je ne me reconnais plus
j'ai envie de partir
loin
j'ai peur du jugement de mes amis que je n'ai pas revu depuis au moins 6 mois; comment le perçoivent-ils? Est-ce qu'ils ont des reproches à me faire? J'espére juste qu'ils ne pensent pas que je me laisse aller à la complaisance.
J'arrête les lamentations. C'et mieux comme ça...
Je réécrirai quand "ça" ira mieux.