Le pardon ne pouvant s'envisager, seule une vengeance violente, une décharge de tout ce qu'il y a de mauvais, malsain, au plus profond du subconscient, pourrait permettre de ne plus penser aux noirs souvenirs qui gangrènent ma chair me rendant chaque jours un peu plus malade. Mes pieds s'enlisent, mon esprit les suit. Je me perds. L'anorexie fait partie de ma vie depuis trop lontemps.
Je suis en activité informatique. Profitons-en.
Je n’ai pas beaucoup d’inspiration ces derniers jours et mes toiles qui restent blanches m’exaspèrent. C’est horrible de ne pas avoir d’imagination, que dalle, rien, néant total.
Hier j’ai revu la psychologue.
Durant tout le long du rdv je lui ai raconté comme j’allais mieux, comme je remettais le nez dehors, j’ai vu plusieurs expos, j’ai revu certains de mes amis…
Et puis blanc.
Plus rien à raconter. Je regarde juste mes mains se tortiller, j’enserre mes poignets pour vérifier que je peux toujours en faire le tour avec 2 doigts, tout en parlant. De tout, de rien, des banalités pour combler le vide.
Elle stoppe mon discours.
« Ah oui, tout va bien ? Regardez-vous, vous avez le visage émacié. Je ne vous ai pas vue pendant 3 semaines, vous voila encore plus amaigrie et je m’inquiète réellement pour cette anorexie, parce que vous êtes anorexique va falloir l’accepter, et là elle reprend le dessus.
On prend les mêmes et on recommence.
Vous maigrissez, vous retrouvez cette toute puissance, l’hyper contrôle, vindicative et invincible.
Vous allez mieux, demandez vous pourquoi."
[_Il y a 2 semaines je suis allée voir une amie qui était avec moi à l’hôpital, en me voyant, elle m’a dit qu’elle ne me reconnaissait pas, que j’avais grossi et tout. Ça m a fait tout drôle d’entendre ça.. Je ne l’ai pas contredit, je ne voulais pas faire ma victime une fois de plus en lui racontant que ça fait 8 mois que je suis à l’hosto. Je vois ses yeux pétiller, j’ai envie de lui donner espoir.]
Et hier, bam dans la gueule, c’était la pesée ; j’ai perdu 1 kilo 800 en 2 semaines, et depuis ils me lâchent pas avec ça putain.
Je sais que la psy a raison, oui, je le vois, je le sens, je me sens bien, en accord avec mon corps, mais surtout, je jubile devant les chiffres rouges de la balance.
Hier j’ai fait check up sanguin, j’espère qu’il sera correct. Déjà qu’on me gueule qu’il faut guérir maintenant, que tout le monde en a ras le bol, et « qu’est ce que t’es maigre » et « toute ta vie tu vas manger différemment de nous ? » J’espère qu’il sera bon. Et que je pourrais enfin me barrer d’ici.
Pff, pour aller où hein ?
Retourner chez mes parents ? Hors de question.
Alors je suis une petite marrante, je voudrais sortir tout en sachant que c’est trop tôt, mais surtout en ignorant complètement où j’irai, ni ce que je pourrais faire. Un peu vague tout ça.
Au jour d’aujourd’hui, c’est clair, si je sors d’ici c’est pour me faire transférer, pas pour aller respirer l’air frais dehors.
Et ça, ça me fout les boules.
Je déchante.
Je souris devant les chiffres,
Me regarde dans le miroir tout en tâtant les os pointant sous la peau.
Et puis souvent, là, je me pose et me regarde pendant un bon bout de temps. Et si j’insiste, alors je me vois vraiment. Je vois une silhouette frêle qui m’enchante, satisfaite.
Mais bien souvent, et heureusement, je me rappelle les entretiens médicaux, les dialogues avec les proches, et mes réflexions. La Raison.
Elle me raccroche encore un peu à la vie.
Le jour où elle disparaîtra alors j’aurais sombré dans la folie, et il sera trop tard.
En attendant, je suis là…et là…et là bas…partout et nulle part. Là mais absente. J’acquiesce bien souvent alors que j’ai perdu le fil de la conversation, de toutes manières j’oublie tout avec cet attirail de cachetons qu’on me donne. Mais je préfère quand même les prendre.
La douleur morale s’estompe pendant quelques temps.
Je me trompe.
Je me mens.
Et j’entraîne tout le monde dans mon histoire, je les berne, les mène en bateau, je les gruge, et ils me suivent. Je leur donne une image positive. Il n’y a que la psy qui reste lucide.
Et je l’en remercie, parce qu’il n’y a que là où je peux avouer mes faiblesses et mes doutes, les vrais. Il n’y que là où on me stoppe et qu’on m’ouvre les yeux, des fois ça fait mal, mais j’avance, je me bouge, je me bouscule, me remets en question, bref, y a un truc au bout . Au moins elle sait être droite avec moi, les pieds sur terre.
Et ça me fait du bien d’être contrée.
C’est pas comme les autres qui rentrent dans ton jeu et se contentent de compatir.
Je ne leur en veux pas.
Le 20 novembre approche à grands pas.
Pas prête.
Je ne suis pas prête à guérir. Je le sais. Mon anorexie je la chérie et je l’entretiens…
Il n’y a que dans ces moments de jeun que je me sens pleine de vie.
J’ai envie, très envie d’annuler le rdv au centre. Paraît que le médecin qui me reçoit est un bon. J’y vais, parce que c’est raisonnable, et que mes proches seront rassurés. J’y vais pour sacrifier ce corps que j’ai tant voulu dompter, qui m’a coûté des efforts et des privations draconiennes. Grossir.
GrOssir
Guérir.
GroSSir.
Sale
Graisse meurtrière.
L’anorexie est une putain de maladie à la con.
Saloperie de merde.
Le mal du siècle ouais, c’est clair.
Je m’excuse par avance de cers derniers posts dépressifs lOoL, mais faut que ça sorte…lol
Tendres pensées à vous,
Courage