Première sortie en boite depuis des lustres. Les pieds de plomb en y allant, j'ai finalement suivi le groupe qui m'a gentiment supplié de venir. Ça m'a fait plaisir d'avoir retrouvé cette place que j'avais avant.
Boite gay. Allez savoir pourquoi tous mes potes sont homos (mais pas folles) . Enfin moi je l'explique quand même...il n'y a pas d'ambiguïté possible et ça me rassure, pas de dérapages possibles, je ne risque rien. Et ça me convient parfaitement. Je me suis tellement salie...
Je crois que je n'ai jamais vu autant d'étalons au mètre carré. Gaulés comme des Dieux, rasés de près, et puis non. Le déhanché avorte toute tentative de séduction. De toutes manières, ça me faisait pas envie. J'ai juste fait ma pouffiasse mondaine, histoire de rire un peu, des fois ça fait du bien. J'ai bu mon champagne, ma vodka on the rocks -le trop sucré me rend malade, autant la boire pure dans ces conditions-, vin rouge. J'ai fumé aussi. Mais pas pour me défoncer. J'ai su m'arrêter à la limite et j'en suis fière vous savez. -En plus je viens d'arrêter le "révia" (médicament prescrit pour limiter les impulsions alcooliques ou boulimiques d'ailleurs) et ça me fait trop plaisir que sans ce cachet j'ai su arrêter à temps-.
Par contre là, on est dimanche, il est 8h17 et je n'ai pas sommeil, fait chier.
Je me suis sentie mal à l'aise dans cette boite. Morceau de barbaque ambulant. Ouais, viande maigre mais quand même. J'avais oublié cette sensation d'être mesurée, envisagée sous toutes les coutures. Les mecs qui dansent, collés à toi comme si t'avais du miel au cul. L'alcool qui coule à flots, le ton qui monte, les coups de bouteille, les videurs agréables comme des portes de prison. D'Ailleurs on a fini par se faire virer. Tant mieux. J'avais l'impression de me balader dans un baisodrome, genre "eyes wide shut" et ça commençait sérieusement à me taper sur les nerfs. Les salives qui se mélangent sur fond d'electro house, les regards, la jalousie, l'excitation, l'anarchie. Une certaine violence se mêlait au désir tandis que les baffles vibraient... vraiment particulier.
Il me semble que ça a été dur dans la mesure où cet endroit fut le premier témoin de ma déchéance la plus crue. C'est un endroit où ma mère est déjà venue me chercher jusque dans les chiottes alors que je m'embarquais avec un mec sorti de nulle part. Humiliée. On a dû s'arrêter pour que je puisse vomir dans le caniveau. Et ma mère désemparée. C'était la première fois, mais pas la dernière...combien de fois cela s'est reproduit. J'ai honte. Une loque, dépravée, déchirée, en proie à une faille narcissique -ouais je ressors les mots du psychiatre- tellement aiguë que j'en n'avais plus rien à foutre. Du tout. Aujourd'hui cela fait partie du passé et j'apprends à faire avec même si ça m'a bouffé toute l'estime que l'on peut avoir envers soi même. Plus d'amour propre, juste de la honte agrippée à mes entrailles. Accepter, admettre ce passé doit faire partie de la guérison. Ca commence à venir, doucement.
Tomber amoureuse est ma pire angoisse, tellement peur de ne pas être aimable, tellement peur de ne pas être à la hauteur, tellement coupable d'avoir piétiné mon corps, tellement angoissée à l'idée de ne pas savoir aimer correctement.
Le problème étant que j'ai quelqu'un qui me trotte -beaucoup- dans la tête et que je me sens si petite par rapport à Lui.
Je crois que dans ces cas à il faut se fier à l'intuition et à la spontanéité, simplement...mais c'est encore dur pour moi de me laisser aller aux sentiments...