Le pardon ne pouvant s'envisager, seule une vengeance violente, une décharge de tout ce qu'il y a de mauvais, malsain, au plus profond du subconscient, pourrait permettre de ne plus penser aux noirs souvenirs qui gangrènent ma chair me rendant chaque jours un peu plus malade. Mes pieds s'enlisent, mon esprit les suit. Je me perds. L'anorexie fait partie de ma vie depuis trop lontemps.
Normalement, après un article aussi fleuri, j'écris un article et là, BAM. Je descends tout schuss, me balance de la falaise et vous démontre par a+b que je n'y arriverai jamais, que le bonheur n'est pas pour moi et que de toutes manières je ne fais qu'y accéder quelques heures, quelques jours et il me file entre les doigts.
Mais ce n'est pas le cas. Je suis désolée mais c'est ainsi, quand on va bien, on n'a moins envie de se déchaîner sur la toile, avec des mots acerbes acides. Aujourd'hui, je n'ai que de la douceur à donner, que des couleurs sur les doigts et si mes nuits restent mouvementées je n'ai plus de larmes au réveil mais un sourire que je ne peux pas défaire même s'il me donne un air niais qui désormais me ravit.
Sûrement parce que mon nouveau métier me plaît, sûrement parce que j'ai recontré des gens géniaux, sûrement parce que j'ai repris la peinture, la photo, et aussi parce que j'expose bientôt.
J'expose. Sans avoir rien demandé. On est venu me chercher, oui oui. Moi. On m'a appelée pour que j'expose. Je n'en croyais pas mes oreilles, moi la petite peintre du dimanche mêlée aux "grands" de ma région. Le bonheur appelle le bonheur, peut être. Comme la merde attire la merde. Je l'ignorais jusqu'à présent, mais j'ai savouré cette découverte. Comme si j'avais fait péter tous les cadenas en même temps, tous les cadenas qui renfermaient les choses qui m'étaient interdites. J'accède à l'inaccessible. L'air d'une gosse qui pourrait enfin tripoter, alors qu'elle n'avait entendu que "touche avec les yeux" jusqu'à maintenant. Et aujourd'hui, j'ai le droit de me rouler dedans, de
goûter, non, m'empiffrer, toucher, regarder, plonger dedans! Putain! Comment j'ai fait pour faire sans, comment j'ai pu me priver toutes ces années...c'était foutrement inhumain cette non-existence...Le mot "survie" prend aujourd'hui tout son sens, toute sa fadeur...Comme si je quittais des couleurs vaguement pastelles pour arriver à des nuances vives, éclatantes...
Des saveurs inconnues, le plaisir, la sérénité, la simplicité, la spontanéité, l'imprévu, la joie. J'ai un sourire. Comme d'habitude, je l'ai toujours le sourire. Même quand...Sauf que là, on ne peut pas s'y tromper; j'ai les yeux qui pétillent avec. Et les yeux...ça ne ment pas. La la la!
Ps: Aller bien...ça rend beau. I'm beautiful. Yes I am.