Le pardon ne pouvant s'envisager, seule une vengeance violente, une décharge de tout ce qu'il y a de mauvais, malsain, au plus profond du subconscient, pourrait permettre de ne plus penser aux noirs souvenirs qui gangrènent ma chair me rendant chaque jours un peu plus malade. Mes pieds s'enlisent, mon esprit les suit. Je me perds. L'anorexie fait partie de ma vie depuis trop lontemps.
Après ma confession , il fallait que je referme ma boîte de Pandore, car d'autres projets s'échaffaudaient, des projets dans lesquels mon investissement ne doit pas se mesurer, et les questions existentielles se tairent un petit peu. Ou complètement. Contre toute attente, je n'ai pas dû me forcer. Elles ont disparu dans un nouveau souffle d'euphorie.
A nouveau la vie dans les veines. Les paupières closes des dessins se forment et les rêves eux même sont productifs, l'imagination fertile des bons jours. J'aime quand le moindre détail se transforme en histoire, et que la moindre image me donne une multitude d'idées. Un semis d'herbes folles. Mon jardin anglais. J'y ai mis des camélias et de l'amour en cage, il y a un peu de liseron mais je ne m'échine plus à désherber. Et finalement, il se trouve que j'aime ses fleurs.
Je sais qu'un jour, il aura tout envahi, que mon hibiscus ne pourra plus respirer et que dans un accès de fureur j'arracherai tout, le bon comme le mauvais comme une damnée...mais pour l'instant, l'harmonie est si belle.
Les couleurs chaudes mais douces. Mes mains ont moins froid et mon sourire moins figé. J'oserai même dire que j'ai les yeux pétillants. Sans gêne. Comme j'affirme aujourd'hui, que je vais bien. Très bien même.
J'ai été embauchée pour 2 ans. J'avais envie de dire "enchaînée", mais cela me semble un peu péjoratif. Et puis à l'époque, il n'y avait rien de concret, pas même l'esquisse d'un bureau en vue. Aujourd'hui, je traîne les pieds dans un loft immense, et enchaîne les clics en buvant du thé vert de Chine. Et quand je dis "embauchée", je n'ai pas vraiment l'impression que l'on m'a mis des menottes. Plutôt celle d'être une chanceuse. Être payée pour faire quelque chose qui me plaît, au fond, s'en plaindre me paraît un peu erroné. Je suis donc une personne qui va, tous les matins, dessiner, photographier et travailler l'image. En écoutant de la musique, et en souriant niaisement. Il y a des matins où je n'aurai pas envie d'y aller, des journées de merde et des nausées quand les délais ne seront pas respectés. Peut être. N'empêche que je suis une chanceuse.