Le pardon ne pouvant s'envisager, seule une vengeance violente, une décharge de tout ce qu'il y a de mauvais, malsain, au plus profond du subconscient, pourrait permettre de ne plus penser aux noirs souvenirs qui gangrènent ma chair me rendant chaque jours un peu plus malade. Mes pieds s'enlisent, mon esprit les suit. Je me perds. L'anorexie fait partie de ma vie depuis trop lontemps.
Ça y est. C'est fini. L'année fût périlleuse, mais je me suis donnée à fond. Je ne me connaissais pas cette détermination de fer. Je ne savais pas que j'étais capable. "Elle" dit que c'est parce que j'ai eu envie de croire en moi. Bien sûr, il y a toujours cette envie de montrer au monde entier que je suis "normale", c'est à dire que je peux réussir, moi aussi, même en pesant 40 kilos et en étant mentalement...défaillante. Je crois que c'est la première année où je me suis donnée à fond, pour moi seulement. Pas pour mes parents ou pierpoljak. Avant, j'avais tellement peur de la défaite, et tellement persuadée que j'allais rater aussi que je menais une conduite d'échec, genre arriver complètement raide à l'épreuve, ou prendre 40 somnifères avant d'y aller, arriver une heure en retard... (haha, et dire que même en agissant ainsi je les ai eues). Ça me confortait dans l'idée que de toutes manières c'était raté, mais ça me donnait aussi une excuse. Cette année, je me suis donnée. Investie jusqu'au bout. J'ai pris le risque de rater, mais aussi celui de réussir (nettement plus sympa entre nous). Si je rate, je n'aurai pas d'excuses et ce sera vraiment horrible. Mais on apprend de ses échecs. J'aurais pu rester tranquille à l'hosto, ne jamais signer ma décharge, pour fuir l'épreuve. Mais un dernier sursaut vital s'est emparé de moi, me susurrant que si je voulais goûter aux projets qui se dessinent pour moi, il fallait y passer.Ca n'a l'air de rien comme ça. Mais je n'ai pas compté les nuits blanches pour rattrapper toutes mes absences. (comptez 2 mois et demi, 5 projets/semaine). J'ai dû manger pour tenir. J'ai dû me convaincre que je pouvais le faire. Ne pas céder aux tentations habituelles. Ne pas tout envoyer chier sous prétexte que j'étais littéralement à bout, moi. Ne pas dire aux autres d'arrêter de se plaindre, parce que moi j'avais le triple de boulot. En gros ne pas péter un putain de plomb. Ah, et aussi, j'avais plus le temps pour gérer les descentes de coke. Donc, pas de coke. En fait, fallait juste que je redevienne "normale" hahaha. Que j'agisse comme quelqu'un de sensé.
J'ai énormément appris sur moi même. La psy dit que j'agis comme les sportifs, c'est à dire que je n'avance sur moi même que dans la compétition. Ce qui est entièrement vrai. J'ai juste l'impression de...d'avoir compris tellement de choses. Tellement. J'ai appris notamment à me donner les moyens de réussir, et de ne pas tout mettre en oeuvre pour me planter en beauté. Paraît que je mobilise de l'énergie positive. Après avoir manipulé, menti, joué, nié, hurlé, cassé, pleuré, trahi...Je réalise les dégâts.
Et voudrais clore le sujet. Pour de vrai. Je ne sais toujours pas si je passe. En même temps, si je ne passe pas...je sais que j'ai gagné quelques batailles, déjà. Je ne vais pas me dire que ça me suffit. Mais ça me consolerait amplement. Je crois qu'à partir du moment où on se fait confiance, un tout petit peu...un grand pas est fait. J'ai envie d'apprendre à marcher une deuxième fois.