Le pardon ne pouvant s'envisager, seule une vengeance violente, une décharge de tout ce qu'il y a de mauvais, malsain, au plus profond du subconscient, pourrait permettre de ne plus penser aux noirs souvenirs qui gangrènent ma chair me rendant chaque jours un peu plus malade. Mes pieds s'enlisent, mon esprit les suit. Je me perds. L'anorexie fait partie de ma vie depuis trop lontemps.
C’ést un peu dépitée que je viens écrire ici. Je viens d’avoir un rdv avec Mme L. (la chef des chefs), et chacune de mes demandes se sont soldées par un « non » radical. Entre autres, je demandais à avoir 2 nuits chez moi par semaine, à manger du côté des appartements thérapeutiques que j’ai pu intégrer, et à prendre mon traitement de 22h en chambre. Ce sont des petites choses, en apparence, mais ça compte. J’ai réussi à négocier pour le traitement, à condition d’accepter la fouille hebdomadaire de ma chambre. Pour les perm’, les prolonger n’est pas du tout au programme. Et pour les repas, manger seule restera un rêve pendant longtemps. Je ronge mon frein, je me sens beaucoup mieux et voudrais tout tout de suite, trop vite sûrement. Mais je suis impatiente, persuadée que tout est bientôt fini, j’ai soif de vie, j’ai envie de m’y jeter ventre à terre. J’ai seulement peur de reconnaître la pseudo toute puissance qui m’habite. L’euphorie éphémère. Celle qui précède la chute, sans vouloir être pessimiste.
Pour l’instant je plane, je souris pour de vrai et j’arrive à manger un peu plus, même si ça reste insuffisant. Et puis je peins aussi. Pas toujours très contente de moi ; je n’arrive pas toujours au résultat escompté et ça a le don de m’énerver, mais je crée, j’enfante quelques toiles que je m’oblige à colorer. La nuit, le jour. C’est devenu nécessaire à ma guérison.
Je vais avoir un accompagnement afin d’étouffer les pensées soit disant « suicidaires », avec un infirmier que je deteste profondément et je crois que c’est réciproque. Parceque ma conduite est dangereusement autodestructrice, qu’il y a des risques et blablabla.
_Oui mais quand je prends des cachets c’est pas suicidaire, c’est juste pour me calmer. Ce ne sont pas des T.S.
_Figurez vous que j’ai accueilli un patient hier qui voulait lui aussi se calmer avec un cocktail dont je ne vous détaillerai pas les ingrédients, simples médicaments en vente libre, mais il a eu de graves problèmes cardiovasculaires ; sans le savoir il a ingéré une solution létale. Vous savez que ça peut vous conduire à la mort, vous le savez tout au fond. Vous savez que vôtre conduite est profondément auto-destructrice.
C’est alors qu’elle m’a anoncé cette putain de restriction d’oxygène en limitant les permissions, mais surtout, le clou du spectacle, c’est la fouille. Dans MON espace, mon MOI intime, c’est horrible.
"_ Après tout je l’ai bien cherché.
_Non, vous n’avez rien cherché du tout, vous avez fait ce que vous pouviez…"
Ouaip, on dira ce qu'on veut, c'est quand même de ma faute, si je ne m'étais pas enfilé tous ces cachets on en serait pas là aujourd'hui entre nous. ca sert à rien de faire des "et si..." et "si j'avais fait ça" etc. J'en tiens une couche. Pas de regrets, c'est juste dommage que cela se passe comme ça, que l'on doive m'enfermer pour me foutre en sécurité de moi même. J'ai quand même du mal à avaler le "vous êtes suicidaire". Je ne veux pas mourir.
Je pensais que tout serait plus facile, qu'il suffirait d'avoir la volonté pour voler de mes propres ailes, mais le chemin est plus long que prévu, plus sinueux aussi.
Je garde malgré tout l'envie d'y aller. Je veux. Mais au foyer, ils n'oublient pas les erreurs qui sont d'un passé trop proche et me voient encore en difficulté. Moi, j'ai l'impression que...enfin ça va quoi. J'aimerais qu'ils me suivent mais ils ne se mouillent pas et restent sceptiques, je ne savais pas que je dégageais une image...aussi négative et inquiétante. Je ne sais pas, je me disais que ce n'était pas si grave. Que ça ne méritait pas toutes ces attentions, j'ai toujours trouvé qu'ils dramatisaient éxagérement. Ou peut être est ce moi qui minimisait, j'en sais rien tout ce que je sais c'est que maintenant je n'ai plus qu'à prendre mon mal en patience, et ça s'anonce long. Je sens que la route sera difficile, mais j'ai envie d'y croire.
Et puis votre présence me rassure. Il y a une voix tout au fond, qui me dit...et si je guéris...les gens vont me lâcher. On a quelque part l'impression que l'orsque on ira mieux...les gens ne s'inquièteront plus...et que l'abandon est envisageable.
Alors qu'en fait je suis portée par les autres depuis que le sourire m'a gagné, et c'est hyper stimulant. La maladie fausse tout et je suis impressionée par notre capacité à tout déformer,ces fausses idées qui nous habitent.
Merci.
Et puis courage!