Effectivement, rien n'est plus difficile que de remonter.
Si facile est la descente.
Si douce est l'euphorie qu'elle procure.
Si destructrice aussi.
Quand la chute a cessé de "m'interesser", je me suis dit, rien de plus simple:
Réapprivoiser la bouffe,simplement, sans se mettre de pression, doucement.
Comme si ça passsait que par la bouffe. Belle illusion.
On aimerait tant résumer l'anorexie à la bouffe.
Ben non.
Try again,ptite conne.
Bref, je m'en sors pas.
Et pour tout avouer depuis que j'ai décidé de remanger, je n'ai jamais été aussi maigre.
Et en fait j'ai jamais réussi à tenir le jeûn aussi longtemps.
Tout ça en étant convaincue que je recommençais à manger.
Un soir j'ai lu mon cahier, et la je me suis dit, non mais attend tu te fous de la gueule du monde?
D'abord y avait pas grand chose à lire.
Ensuite, les quantités et les fréquences sont ridicules.
Mais j'ai compris pourquoi j'avais l'impression de manger.
Parceque j'ai mangé des féculents. Et ça, ça reléve du miracle. Du truc improbable. Alors meme si c'est deux fourchettes, je me dis "c'est bien maintenant tu manges comme tout le monde".
Nimportequoi.
Resultat, en une semaine j'ai mangé que dalle, ressassant toujours ces deux putain de fourchettes de semoule.
Bref.
Et puis t'façon y a rien qui va, que ce soit au boulot, ou la pression me fait palir (le conservateur est surveillé, les collégues se font des coups de pute à n'en plus finir), problémes de fric, amitié&co, je n'ose meme plus aller voir mes parents, mon appart y a que des couilles, et mon moral s'est fait la malle à mon insu.
Bref, j'en peux plus.
En bref, ça fait peu d emot, c'est marrant.
Parceque dans ma tete ça prend toute la place.
Faut que j'aille faire du sport, courir, courir, courir.
Ratrapper ma vie, me rattrapper, rattrapper le retard, putain ce que je suis à la traine...
J'ai mal aux jambes, Dieu qu'elles me font mal, ça tire, chaque pas est douloureux et j'ai l'air d'une assistée...
Des crampes qui durent des journées entiéres, putain j'ai mal,
j'ai la gorge séche
et les doigts noueux,
le regard vitreux,
l'impression parfois que mes sens diminuent,
pas disponible, pas disponible, pas de place, plus de place, saturation,
Ne pas manger, ne pas dormir, cogiter, lire, savoir, connaitre, encore, pas d'energie, rester debout, encore, marcher, courir, pas d'ascenseur jsuis claustro, non merci j'ai déja mangé, non ce soir je suis fatiguée désolée je sors pas, non je t'assure je fais 50kg, non je mens pas, si bien sur espéce d'abruti tu vois pas que j'en fais meme pas 40, alors ça veut dire qu'il faudrait maigrir encore plus, mais non tu veux crever ou quoi, putain tu penses toujours qu'a ta grosse gueule, besoin de toi maman, j'ose pas tu vas me tuer dans cet état, je te fatigue, maman j'ai besoin de tes bras, non arrete tu sers de trop, maman j'ai mal aux os, j'ai mal aux cotes, j'ai froid, maman, ne me dis rien, juste sers moi dans tes bras, ne me reproche pas...j'essaie, je te jure, guérr c'est trop dur, vivre c'est trop dur et j'y comprends rien, j'ai envie d'etre normale et j'y arrive pas je suis trop tordue maman, et je me mets à hurler, les voisins m'entendent et je peux plus m'arreter, j'hurle de toutes mes forces et parfois je m'évanouis, j'ai mal au ventre, je dosi tout le temps vomir, nauséeuse, je me done la nausée parceque 'jai la trouille, j'ai la trouille de vivre comme tout le monde.