Le pardon ne pouvant s'envisager, seule une vengeance violente, une décharge de tout ce qu'il y a de mauvais, malsain, au plus profond du subconscient, pourrait permettre de ne plus penser aux noirs souvenirs qui gangrènent ma chair me rendant chaque jours un peu plus malade. Mes pieds s'enlisent, mon esprit les suit. Je me perds. L'anorexie fait partie de ma vie depuis trop lontemps.
Aujourd'hui je me suis trainée toute la journée chez moi. Allanguie au soleil, je me liquéfiais, tiraillée entre l'ennui et les pensées malveillantes qui s'y mêlent inéluctablement.
J'ai dailleurs lu pour me distraire un livre pas mal du tout qui fait sourire, qui trace des destins mêlés, des personnages humains, attachants ou rebutants, et qui pourtant nous ressemblent tous un peu. Bref, je vous le présenterai tout à l'heure; "les yeux jaunes des crocodiles".
J'ai tourné en rond, à la fois sur le transat', puis sur internet, puis re-sur le transat', fait trop chaud, j'ai la dalle fait chier, je m'asperge un coup d'eau glacé (pour les cuisses et les fesses...), fume une, deux, trois clopes, relis...au final je n'ai jamais trouvé ma place dans cette journée, que je pourrai qualifier de perdue.

Ma mére est rentrée en fin de journée, et puis on a discuté un peu. Elle ne me trouve pas en forme ces temps-ci, que ça fait un moment que ça dure. Me demande si j'ai encore des angoisses, comme avant, pourquoi je fais des insomnies, "c'est qu'y a quand meme un truc pas normal à ton age" .
Moi, je trouve qu'avant ça allait bien et que ces temps-ci c'est juste que je suis stressée à cause du contrat que j'ai raté (ou non, je saurai demain). En plus, je ne pense pas me mentir. Mais quand c'est comme ça, j'ai le visage fermé, et je parle peu. J'essaie juste de vaincre la faim, d'éviter (sans réussir) les miroirs, et de me convaincre que je n'ai pas grossi. (futile, mais seul moyen de me calmer).
ON a discuté de la maladie en général, cela arrive de plus en plus fréquemment, depuis que j'arrive plus ou moins à prendre du recul sur elle. Que je n'ai plus d'angoisses la nuit, et que je n'ai plus besoin de me lacérer les bras aprés une crise. Aujourd'hui, si je la fais, j'ai fauté, tanpis. Il y a d'autres moyens...et puis elles sont rares. Je suis posée, et j'admets le fait d'être malade.
Alors on a parlé, je lui ai expliqué certains mécanismes, certains "trucs", les conséquences, le vice, cela fait un bien fou. Elle m'a dit qu'elle était sidérée, que plusieurs enfants de ses amis présentaient les memes troubles.
Elle m'a dit que le pire, c'est qu'encore, avec moi, elle sait l'expliquer, elle sait plus ou moins pourquoi j'ai merdé [je merde] autant, il y a plus ou moins des éléments déclencheurs, des facteurs qui ont favorisés cette situation. Mais pour les autres, soit c'est pas encore sorti, soit il ne savents vraiment pas le pourquoi.
Je pense que c'est plus facile d'accepter lorsqu'il y a des explications. Le plus dur doit etre de voir son gosse se détruire, sans savoir pourquoi, en culpabilisant à mort, sans rien pouvoir faire.
Je suis contente de cet échange.
J'ai pu lui exliquer plus ou moins aussi à quel stade j'en étais. Lui faire part de mes obsessions du mont, de ce qui reste inchangé par rapport à quelques temps (notament l'image que je donne aux autres, toujours sous controle, la peur du regard d'autrui), de ce qui a changé, notament les crises d'angoisses, et les crises de nerfs, plus sporadiques mais toujours aussi violentes.
Enfin une conversation posée, sans emportement, mature.
J'aimerai vivement vous souhaiter la meme relation avec vos proches, je sais que ça m'aide beaucoup. De parler sans tabou, de pouvoir expliquer aux gens qu'on aime.