Le pardon ne pouvant s'envisager, seule une vengeance violente, une décharge de tout ce qu'il y a de mauvais, malsain, au plus profond du subconscient, pourrait permettre de ne plus penser aux noirs souvenirs qui gangrènent ma chair me rendant chaque jours un peu plus malade. Mes pieds s'enlisent, mon esprit les suit. Je me perds. L'anorexie fait partie de ma vie depuis trop lontemps.
Plusieurs d'entre vous, ici et ailleurs, m'ont envoyé des mots hyper sympas. Encourageants, doux, tendres. Sincères. Je me suis demandé quel rôle je jouais pour vous. Pour certains je suis un soutien, pour d'autres un espoir, ou encore un "semblable". Quelqu'un qui rassure, parce qu'on se sent moins seul. Peu importe au fond...mais ça m'a rappelé tous les bons moments que j'ai pu passer sur ce blog. De son commencement...à aujourd'hui.
J'ai voulu faire une pause, il y a quelques temps. Pour évoluer, montrer autre chose. Arrêter de compulser les mots sombres. Je voulais redonner de l'élan, écrire des couleurs.
La vérité, c'est que...j'ai vécu autre chose, j'ai grandi, un peu, peut être. Mais ça me manque beaucoup. Vraiment beaucoup. Alors...quand j'ai lu vos propres mots, me demander quand j'allais réécrire, ce que je devenais...il n'en fallait pas plus pour me convaincre de revenir.
J'ai lu en diagonale mon dernier article; Mars. Mars...j'étais en Rehab. En fait, je réalise que cet hiver, putain, j'ai vraiment fait fort. Deux centre de désintox, passages divers aux urgences, quelques peripéties en psychiatrie...ouais, on peut pas dire que c'était très commode.
Je ne me souviens pas de grand chose. J'ai quelques cicatrices en plus, et un nouveau traitement. (Que j'ai déjà arrêté).Je me souviens de ma dernière cure, à la Mitterie.(NOrd). C'est vraiment un centre que je recommande, et certainement le meilleur que j'ai pu faire. Bon, c'est privé et j'ai pas l'habitude de me sacrifier pour payer mes soins...mais ça en valait le coup. J'ai pas recraqué sur l'héro depuis. Pour les benzos...c'est autre chose...mais j'ai diminué quand même. J'étais arrivé à prendre 16 valiums par jour. Et contrainte de continuer, car si je baissais la dose d'un coup, je pouvais me retrouver à convulser à n'importe quel moment. Il va de soi que ça n'était pas vraiment dans mes objectifs, moi qui cauchemarde rien qu'en imaginant que mes employeurs découvriraient le pot aux roses. Alors...entre l'héro et les benzos...on m'a fortement recommandé la Rehab. Et dire no no no, j'aurais pu, mais je crois pas que j'aurais tenu très longtemps ce rythme. J'aurais sûrement fini par perdre un os, être interdit bancaire, au chômage, ou virée de chez mes grands parents...un avenir sympa en somme. J'ai donc dit oui, docilement. Il faut vous dire que j'apprends à assurer mes arrières maintenant. Accessoirement à prendre soin de moi. (Quelle nouveauté!).Et puis j'en avais marre.
J'ai testé plein de trucs, fait à peu près le tour de tous les produits qu'on peut prendre.L'alcool, les anxyolitiques,les antidépresseurs, les anti psychotiques, les somnifères, l'héro, l'herbe, les compulsions diverses (achats, bouffe), les scarifications, l'ecsta, le speed, la codéine...j'en oublie certainement. Mais maintenant, si je fais la liste de ce qui marche en vrai, la liste est VRAIMENT moins longue. Pour ne pas dire nulle. J'en conclus que ça n'est pas en remplissant mon vide par tout ce qui me passe sous le nez que je vais changer les choses. Je dis pas, ça peut aider, sur le coup.
Mais les cachetons, ça n'a rien de magique. Et c'est pas en en prenant 4X plus, que je vais "guérir" 4X plus vite. C'est même le contraire en fait.
Après ma cure...je me suis donc découvert une nouvelle lubie : tout arrêter. Devenir clean de tout.
Je dois vous faire une confidence, malgré tout. Ca, je l'ai découvert à mon insu il y a quelques semaines. J'ai tellement honte que je voulais pas en parler. Mais ça fait tellement de dégâts que je dois le dire, au cas où certain(e)s d'entre vous en prendraient.
Pour contrer mes délires névrosés, stopper la
déferlante morbide de ces derniers mois, bref, anéantir mon côté décérébré, on m'a mise sous risperdal. En injection. Comme ça, on me pique et on est certain que je l'ai pris correctement.
Ensuite, comme j'en supportais pas vraiment les effets secondaires (j'étais devenue aussi vive qu'une aubergine), on m'a mise sous le génial Xéplion. Même vertus, même fonction, mais en mieux question effets secondaires. SAUF. Sauf que j'ai pris une dizaine de kilos bonus, par la suite. Une envie de gerber constante, un sommeil de merde (je pensais pas que je pouvais faire pire, niveau insomnie, mais si), ma créativité envolée. Mais les kilos, ça, c'est ce qui pèse le plus lourd (sans mauvais jeu de mots) dans la balance du CONTRE. J'ai pété un câble. Quand j'ai fait avouer à ma psychiatre, j'ai eu envie de la massacrer. Plein de fois, j'ai posé la question, j'ai tendu des perches. Mais on me disait toujours que je me faisais des idées, que c'était le début, que ça se calmerait, que et que ...MAIS NON. Je me suis sentie trahie, moi qui leur faisais aveuglément confiance. Je me sens énorme. Grasse. Lourde. Je ne m'étais pas sentie comme ça depuis des siècles. J'ai un poids "normal". Je ne rentre plus dans mon 32, mais dans un bon 36. J'ai du racheter des fringues. On m'a conseillé d'aller voir une diet' face à mes lamentations, mais j'ai pris ça comme une agression; on va quand même pas m'apprendre comment maigrir, à MOI!? Autant vous dire que ça m'a légèrement influencée dans ma quête du "clean". J'ai tout arrêté. Bonne idée, mauvaise idée, j'en ai rien à carrer. C'est fait.
Je dois faire un choix que je ne pensais jamais devoir faire. Je ne me pensais pas aussi "malade" en réalité. J'ai crié sur tous les toits que c'était de la connerie de me demander de choisir entre me haïr parce que je me sens dégueulasse, ou me sentir mal parce que je ploie sous l'angoisse, la rechute, l'hosto. C'est ça la vie? MA vie? Me sentir mal ou me sentir mal? Comment choisir?
Mais voilà la réalité. C'est qu'on m'a mis dans les mains un traitement possible, qui a fait ses preuves. (Depuis mars, j'ai pu me passer de RDV médicaux,je n'ai pas été une seule fois à l'hosto, je n'ai pas éprouvé ni le besoin de me scarifier, ni celui de m'empiffrer de cachetons), et qui a nombre d'avantages. Je suis stable. De l'autre côté...il y a tout le reste. Mes angoisses massives, la bouffe, le vide, le dégoût, tout ou rien, la drogue...mais c'est moi. Tout ça, oui, tout ça c'est moi. Et que oui, j'ai la responsabilité de ce choix. Avoir "quelques" kilos de plus, ce qui pour certain(e)s n'est que futilité, mais pas pour moi (dois-je rappeler ici mes 11 années d'anorexie?),ou, peut être, rechuter. C'est ça l'envers du décor.
Ça fait 6 mois que je suis sous Xéplion. Et pendant ce temps là, j'ai pu me retrouver, m'apaiser. Il m'a permis d'évoluer. Je ne sais pas si c'est grâce à lui ou à moi. Peut être aux deux. Alors...j'ai envie de croire, même un petit peu...que si j'arrête aujourd'hui, peut être que je ne rechuterai pas?
Pourquoi se dire qu'obligatoirement il y aura rechute? Pourquoi être tout le temps sur le qui vive, au moindre signe, la moindre alerte? Est ce qu'en l'attendant, même inconsciemment, je ne vais pas la provoquer?
Pourquoi ne pas plutôt vivre l'instant présent, et carpe diem?
De toutes manières, il m'apparaît clairement que ma décision est prise. Quitte à m'y remettre...cette fois ci en connaissances de cause. Une fois que j'aurai fondu. L'été sera pour moi, vous l'aurez compris...synonyme de la chasse aux kilos. Remarque, je vais pas être dépaysée! Moi qui croyais que ça m'arriverait jamais, je m'aperçois que rien n'est jamais acquis dans la vie.
Dire que pour me consoler ma psychiatre m'a sorti "bah voilà, maintenant vous êtes comme la majorité des femmes : Vous êtes au régime!"
Connasse! Comme si ça allait me consoler! Me fondre dans la norme, quoi de plus cauchemardesque??? On n'est pas sur la même longueur d'ondes; je me fous des canons esthétiques. Ce que je veux, ce sont des sensations. La légereté. Sentir mon corps vivant. Et non pas cette mollesse. Je ne suis pas prête à "garder" ce poids dit normal. C'est comme si on m'avait farcie comme une dinde, à mon insu, sans que je ne puisse rien contrôler...Si j'ai jamais accepté la sonde, il y a une raison simple : Je ne suis pas prête à faire passer de la nourriture dans mon corps sans que je ne puisse rien maîtriser. Celles qui le font, je les admire. Il y a aussi celles qui n'ont pas le choix. Heureusement pour moi, il est arrivé qu'un médecin évoque cette solution, sans toutefois m'obliger à abdiquer. Mes parents m'ont toujours demandé mon avis. Cependant, si à une période la question vitale était engagée, j'ai réussi à "mettre les bouchée doubles" pour que ça ne soit plus le cas. C'était périlleux, douloureux, mais c'était la seule manière d'oublier la sonde. Depuis, si je flirte avec les limites, je ne flirte plus avec la mort. Vous me direz qu'il y a toujours une part de risque dans le domaine; un jour je n'en aurai peut être plus la "nécessité". Pour l'instant je suis réaliste et ce n'est pas le cas. C'est comme ça. Je n'en suis pas triste, ni amère. Chacun son chemin. Un jour je ne serai plus au régime.
Ce n'est pas qu'une question de poids. C'est bien plus que ça. Cela engage aussi la manière d'être, de se percevoir, la manière d'aborder la vie, le regard que l'on a sur soi même, et le social : je ne peux pas dire que je sois très ouverte sur les autres quand je me sens moche.
En réalité, je crois que j'ai voulu, tout d'un coup, changer du tout au tout. Je n'en pouvais plus d'être moi, je voulais être une autre. Parce que je rejettais tout ce que ça représentait en bloc. Mon identité n'est certe pas QUE la maladie mais...j'avais du mal à en voir les autres aspects. Aujourd'hui, je suis plus dans l'acceptation; si je suis malade je vaincrai, mais à mon rythme.
Cessez de vouloir gommer qui vous êtes. Apprivoisez vous, juste. Je me suis déclarée la guerre en voulant tout, tout de suite. J'ai grillé les étapes, et me suis tuée. Aujourd'hui je ne sais plus qui je suis, j'ai gommé tout ce qui me rendait unique. Au delà d'avoir un poids normal...j'ai l'impression horrible d'être une personne normale.
Alors, aussi bizarre que cela puisse paraître...je vais repartir en arrière. Je ne peux pas dire que je n'aurais pas essayé. Et j'aurai appris, en chemin, que même si je suis borderline, même si je suis anorexique, même si je suis une angoissée de la vie pas très équilibrée...je m'aperçois que je m'aime mieux comme ça que normale.
[Normal(e), adj : Conforme à la norme. Habituel. ]