Le pardon ne pouvant s'envisager, seule une vengeance violente, une décharge de tout ce qu'il y a de mauvais, malsain, au plus profond du subconscient, pourrait permettre de ne plus penser aux noirs souvenirs qui gangrènent ma chair me rendant chaque jours un peu plus malade. Mes pieds s'enlisent, mon esprit les suit. Je me perds. L'anorexie fait partie de ma vie depuis trop lontemps.
"Et tout ça sans contrôle médical! Oh je vous en prie ne faîtes pas l'autruche ici hein... Je sais ce que vous faîtes douze fois par jour, ça va hein. Voir apparaître avec joie une nouvelle côtes, les recompter sans cesse, constater que votre short baille un peu plus que la veille, tendre tout votre corps pour voir onduler les reliefs, admirer les bleus sur la colonne vertébrale, toucher les hanches qui ressortent chaque jour un peu plus, toucher vos clavicules, perdre vos bagues, ça, vous n'avez pas de mal à le faire, moi je vous demande de vous peser une fois par mois, et vous ne voulez pas? Je veux que vous vous confrontiez à la réalité, que vous en preniez conscience, UNE fois par MOIS. Arrêtez de vous cacher. Ah, et faîtes aussi vos prises de sang, s'il vous plaît...Tout le monde en fait. Je ne veux pas vous punir, et puis si ça tombe, vous n'aurez rien...Le guynéco vous y pensez hein? Aussi, ce serait bien parce que vous avez 25 ans et que...mais bon, pas maintenant, d'accord, je vois que ça vous angoisse, on en reparlera d'accord, plus tard."
Elle m'a incendiée. Mais quoi, si je me pèse je sais bien ce que ça va faire moi. Ce sera trop, je vais me lancer des défis débiles, et je me mettrai au régime, et ce sera pire.
"Ah, parce que vous ne voulez pas maigrir là. Vous allez me dire que vous courez TOUS les jours, que vous en voulez toujours plus, mais c'est pas pour maigrir...Ah oui bien sûr! Vous me prenez pour une chèvre? Arrêtez un peu votre numéro...D'accord pour que vous le fassiez avec votre mère, d'accord avec vos amis mais s'il vous plaît...pas ICI! ça fait plus de 10 ans maintenant...on arrête? Pause? Ne me protégez pas. Ne me rassurez pas, je ne m'inquiète pas. J'ai confiance en vous, quoi que vous fassiez. Alors cessez de protéger tout le monde à nimporte quel prix. Pas moi."
"Echec et mat", j'imagine qu'on dit ça dans ces situations. Je la deteste quand elle me fait ça. Mais c'est pour ça que je vais la voir. Par cequ'elle seule ose me mettre au pied du mur. Et c'est la seule psy qui m'a contredite, qui élève la voix et qui, quoi que je lui anonce comme objectif de poids ne sourcille jamais, pire, elle me suit jusqu'au bout. La seule qui m'encourage à faire du sport contre tous les avis médicaux. Mais alors il faut que mes démarches soient construites, que les risques soient moindres et que j'en sois responsable, pas que je les subisse. Toutes ces conditions font qu'à la fin, j'atteins peut être mes buts, mais grandie. Cette psy est une perle. Avec une voix douce, presque fragile, mais qui tout d'un coup peut devenir très impressionnante. C'est aussi la seule femme qui ne craigne pas ma mère, et qui sait lui répondre sans même s'enerver, insulte suprême.
Et parce que je la respecte tellement, quand elle me met dans cette position, je ne me mets pas à lui hurler dessus des conneries plus grosses que moi en devenant cette éspèce de furie arrogante. Je l'écoute et j'en prends plein la gueule. Vraiment plein la gueule. Elle arrive à m'atteindre...et elle le sait. Si j'ai tellement peur de faire mes prises de sang, de me peser, de contrôler mon ostéoporose, c'est que dans les deux cas, ça sera décevant.
Si mon corps est en pleine forme, sans carences, alors je me dirai que je ne suis pas "vraiment" malade. Que j'ai monopolisé du temps, des gens, généré de l'inquiètude, pour rien. Que j'ai pris la place de quelqu'un d'autre. Mais surtout, surtout...j'aurais l'impression d'avoir mené une guerre longue, longue, pour aucun résultat.
Mais si, au contraire, il était abîmé, je m'en voudrais aussi. Parce que je ne l'aurai pas écouté.Et parce que je leur donne raison. Moi, la pas malade.
Alors oui, faire l'autruche, je préfère. Plus facile, plus confortable. Le déni a toujours été mon truc, mon hobby favori. A ma mère qui me dit que j'ai des bras horribles, à ma soeur complexée par son corps d'ado qui me dit que je suis encore plus maigre qu'elle, je leur réponds le plus naturellement du monde que non, puisque je fais 56 kilos enfin! Des fois c'est 55, 52,58, bon, là, c'est 56 qui est sorti. Ca parait normal ce poids pour ma taille. Il est évident que je n'ai aucune idée du poids que je fais. Mais c'est comme un écran de fumée provisoire derrière lequel me cacher. Des fois je me dis que si je cache, c'est que j'ai conscience, quelque part, qu'un truc tourne pas rond.Mais merde à la fin jsqu'à quand je vais devoir me justifier...C'est de ma faute. A force de vouloir la protéger, ne pas l'inquièter et ... je l'ai habituée à la laisser me poser des questions comme si j'avais 5 ans. Et maintenant, si je m'y oppose, j'ai trop peur qu'elle s'offusque, et qu'elle me claque des "de toutes manières tu veux pas te soigner alors à quoi ça sert qu'on se saigne pour toi hein! ?". Coincée. Entre la culpabilité, la peur, l'amour, l'hypocrisie, le mensonge, le déni, l'inquiètude, la morale et le bon sens. Que des mots qui nous confinent dans les non-dits désastreux. la championne des non-dit. Derrière ma sainte imge de la grande gueule. C'est moi qu'on appelle quand on a peur de froisser quelqu'un. C'est moi qu'on appelle pour réglèr les conflits. C'est aussi moi qu'on appelle quand on veut une oreille attentive, et des réponses. On dit aussi que e sont les cordonniers les plus mal chaussée. NIARK.
Peut être que j'ai encore un peu peur de me lancer dans la vie. Et peut être que si mes analyses étaient bonnes...ça me ferait peur. Parce que ça veut dire que ma béquille anorexique se serait envolée. Que sans elle, si je tombe, je n'ai plus rien pour me retenir. Je sais qu'elles ne seront pas excellentes au fond de moi. Mais...et si? C'est nul hein? De vouloir guérir à tout prix, et qu'une fois qu'on atteint le but...d'avoir peur une dernière fois. Mais l'Anorexie est l'une des seules choses que je n'ai pas éliminées; ma toxicomanie est pratiquement anéantie, l'alcool n'a plus sa place dans mes artères quant à ma prostitution...cela fait quelques temps que je ne m'y suis pas adonnée. Tout cela en peu de temps. Je crois qu'il est normal que je m'agrippe à l'anorexie comme à une bouée de sauvetage. Question de temps. J'imagine que je la lâcherai bientôt si je prends garde à ce qu'elle ne me diminue pas trop. Inch'AllaH.
Ps: analyses faites.