Le pardon ne pouvant s'envisager, seule une vengeance violente, une décharge de tout ce qu'il y a de mauvais, malsain, au plus profond du subconscient, pourrait permettre de ne plus penser aux noirs souvenirs qui gangrènent ma chair me rendant chaque jours un peu plus malade. Mes pieds s'enlisent, mon esprit les suit. Je me perds. L'anorexie fait partie de ma vie depuis trop lontemps.
Ce blog a plus de 5 ans maintenant.
Ceci est le 335° article. Des émotions, des sourires, de la surprise, des crises, de l'incompréhension, de la rage, de la colère, de la frustration, des absents, des abandons, des rencontres, de l'amitié, des larmes, de la joie. Et puis aujourd'hui j'ai grandi. Je regarde les premiers articles où je me cherchais, où je bombardais mes articles de ponctuation, d'images, de couleurs, de phrases superficielles. Dans le sens où je ne comprenais pas grand chose de ce qui arrivait dans ma vie peut être. Ou que je ne voulais pas voir; comprendre ou entendre. Des années pendant lesquelles je me suis cachée une réalité un peu emmerdante, un peu moins jolie que celle que je voulais. Mais pas moche non plus au fond. Maladie est un mot que j'aime pas beaucoup. Tellement péjoratif. C'est pas moi. Je ne me vois pas dans ce mot. Quand on parle de trouble chronique, je trouve ça encore plus laid. Des choses arrivent. Repartent. La vie fluctue et c'est comme ça.
Ce qui est beau, et ce qui fait ma chance, c'est que...un autre avenir que celui qu'on se dépeint dans le blanc de la céramique des chiottes est possible. Quand je pense au nombre de nuits proches de l'enfer que j'ai insomniées, au nombre de nuits qui ont ruminé toutes ces choses horribles, et dont le lendemain n'arrivait jamais.
Je me dis qu'après tout, c'était pas si compliqué. D'accord, j'ai mis 10 ans. Mais...je n'ai pas vraiment de regrets. J'ai tellement appris. Sur moi. Mais tellement sur les autres, aussi. Sur l'Homme. Des expériences. Et les échanges. Les échanges...avec des personnes hors normes. Hors réalité. Hors...tout d'ailleurs. Je les garde précieusement. C'est mon trésor. Quand je revasse mollement. Des fois j'aimerais être comme eux. Savoir embellir tout ce qui m'entoure, rendre les choses divines. Je les trouve beaux. Pas fous. D'une richesse étonnante. Sensibles. Je suis allée dans des endroits où personnes ne voudrait séjourner. Mais pourtant, peut être que j'y ai vécu les moments les plus importants de ma vie. Dans ma mémoire l'hospitalisation de Noël. Qui fut la plus décisive. La plus consciente, aussi. J'étais en marche, déjà. Vaillante, un peu plus. Au moins dans l'esprit. Le corps suivra.Les préccèdentes aussi. La première surtout. La découverte. Les yeux que j'ai grands ouverts, et les oreilles que j'ai cachées la nuit pour ne plus entendre les cris. Et la vitesse à laquelle j'ai compris que cet endroit pourrait être autre chose qu'un mourroir. Je n'ai pas de mots pour l'hôpital psychiatrique. Mais ce n'est pas quelque chose que j'ai en horreur. Je ne sais pas expliquer. C'est...particulier. Intime. A vivre.
Le reste...ce n'est pas important. C'est fini. Je veux dire...c'est bon maintenant. On a fait le tour de la question...enfin je crois. Des rechutes, il y en aura encore, peut être. Et peut être que certain(e)s ne seront pas d'accord pour que j'affirme être guérie. Et au fond, où est le problème? Peut être que je ne suis pas encore tout à fait saine d'esprit ou je ne sais pas quelle autre terme, bref, dans la "norme" (encore un autre mot pas très beau) mais je me sens bien. En vrai. Mon corps m'offre des sensations que je pensais mortes! Définitivement mortes. Mais il est vivant. Aussi vivant que j'ai voulu le tuer. Et j'en suis contente. Je ne le "vois" pas encore, c'est vrai. Mais je me sens bien dedans.
Là, ça crie..."mais alors quel interêt de vouloir maigrir encore si tu t'y sens aussi bien?" Oui je sais, ok c'est un équilibre encore fragile. Maigrir est un vieux réflexe, c'est tout. Plus parce que je hais mon corps, juste parce que c'est ce que je sais faire le mieux, c'est tout. Je le ferai sûrement jusqu'à ce que je trouve autre chose. La course à pieds est d'ailleurs en ce moment en passe de le devenir. Dès que ma connasse de cheville aura cessé de me faire souffrir. Obligée d'apprendre à prendre soin de moi...et de ne pas y aller en force. Pour me donner les moyens d'y arriver à nouveau. J'apprends. Paraît-il que je suis bonne élève.
En bref...je ne peux pas abandonner ce blog. C'est au dessus de mes forces. Mais j'aimerais vraiment, vraiment...je ne sais pas, un virage? Des photos peut être. Un news culturel. Du ciné, de la musique. Autre moi. Je ne sais pas. Peut être aussi que cela pourrait me motiver à dessiner un peu plus pour gribouiller ici. J'y réfléchis. Mais je crois qu'il est temps...que j'y ouvre d'autres horizons. J'ai envie. Moi, j'ai des en[vie]s...J'y crois à peine. Je ris. Je vis.
Merci. De m'avoir lue grandir. Esquisser des pas, un, deux, tomber. Me relever, trébucher, un, deux, trois, reculer. M'écrouler. Me relever. Faire quelques pas. Encore d'autres. Me manger le bitume. M'agenouiller. Me relever encore. Et foncer.
Merci.