Le pardon ne pouvant s'envisager, seule une vengeance violente, une décharge de tout ce qu'il y a de mauvais, malsain, au plus profond du subconscient, pourrait permettre de ne plus penser aux noirs souvenirs qui gangrènent ma chair me rendant chaque jours un peu plus malade. Mes pieds s'enlisent, mon esprit les suit. Je me perds. L'anorexie fait partie de ma vie depuis trop lontemps.
Je ne sais pas pourquoi les rdv psys se font de plus en plus...bouleversants. Remuants. Peut être y suis-je plus sensible. Ou plus investie aussi. Mais j'en sors retournée. Besoin d'écrire furieusement, noircir les pages, anoter, revenir dessus...digérer. J'ai l'impression de commencer seulement maintenant. Après 7 ans de thérapie, c'est déstabilisant. Peut être parce que je suis prête, enfin à écouter, non plus me contenter d'entendre. Approuver vaguement...sans jamais remettre en question. Ni m'interroger plus que ça. Aujourd'hui je m'impatiente, j'ai envie d'y aller, et à la fois suis plus craintive. Parce que j'arrive enfin à parler, à être authentique, me lancer dans ce qui fait mal, sans me censurer...enfin. Enfin j'investis l'espace. Je me rends compte seulement maintenant de l'existence fade que j'ai pu mener, entre les échanges parasités par le mensonge et les non-dits, les semblants d'emotions que je ressentais, l'illusion du contrôle (que je n'atteins en réalité jamais), et tous les mirages auxquels j'ai pu croire. J'ai l'impression de découvrir la vie maintenant. J'ai 25 ans...
Mettre le doigt sur les vraies angoisses. L'angoisse de perfection, mais surtout celle de l'abandon. Qui me mène à m'écraser pour surtout ne pas risquer de casser les liens, ou de me confronter à une possible rupture. M'anesthésier en me cachetonnant, en m'affamant et autres tactiques pour que je ferme ma gueule, surtout. Fuir les conflits.
J'ai peur que l'on m'aime...mais peut être que celle de ne pas l'être est encore plus grande.
Tout parait si clairement maintenant. Lucidité aveuglante; c'est trop dense, trop compliqué, trop et je recommence à ployer. A l'heure où je veux couper avec le passé, il m'encombre et les dossiers à traiter sont si nombreux que j'ai l'impression d'étouffer. Pourtant je suis heureuse de voir à nouveau, de démêler et pour une fois, pour une fois...me battre en vrai. Avec sincérité. Pour de vraies raison. Avec de vrais outils. Contre les vrais ennemis.
Je suis heureuse mais à la fois j'ai presque l'impression de tendre la deuxième joue, c'est étrange.Ca fait du bordel aussi dans le quotidien, des comportements que je pensais "passés" qui reviennent à la charge; l'impression d'une rechute qui n'est en réalité qu'une piqure de rappel pour me dire que je reste fragile. C'est long. C'est si long.
Je pensais que si ma tête décidait, si elle était d'accord, ça suffirait. Tout suivrait. Après tout, c'est elle le leader non? Le boss, niveau hierarchique. Mais non. Ca marche pas comme ça. Parait que j'ai un coeur; mais un corps aussi. Qui se met à parler, même à hurler parfois, moi qui ne lui ai jamais donné que des miettes.
Je ne sais pas pourquoi je dois lui faire du mal pour me faire du bien. Je ne sais pas et je le regrette profondément. J'ai l'impression de ressentir enfin toute la douleur, recevoir toute la haine et le dégout que je lui ai infligé. Pourquoi? Je ne sais pas. L'ai-je su un jour?
J'ai coupé tous mes cheveux. Cachée sous un "j'avais envie de changement" joyeux, j'efface le moment où, embuée par l'alcool et une soirée amnésiée ainsi qu'un retour sans sous-vêtements...je me suis pris mon reflet en pleine face. Les déceptions de ces derniers jours. Les échecs. La perte de vitesse. Et...le fait que je me sois trompée. Que je me sois entêtée dans cette course à la guérison sans prendre en compte mon coeur, pauvre petit coeur boursouflé, sans l'emporter avec moi, sans écouter les mises en garde. Je deteste me tromper. J'ai horreur de ça. Faut dire, je suis plus que têtue. C'était tellement ...comme une conviction. Si je décide d'y arriver, j'y arriverai. Comme tout. Mais non.
Je me suis regardée, longuement. Les pleurs coincés dans le larynx. L'extinction de voix qui tait les hurlements. L'estomac vrillé. L'incompréhension de l'absence de sous-vêtements. Je crois que j'ai dû murmurer un "t'es qu'une salope". Et j'ai coupé. J'ai coupé. Tout. 30 centimètres. Je crois que c'était ça ou lacérer toute la surface de ma peau. Il fallait peut être que je marque cette soirée au fer rouge. Comme pour me donner une bonne leçon. Comme pour me souvenir, toujours. Que je ne suis qu'une pute. Une pute qui ne fait que brader son corps, contre rien. Contre quoi, un verre? Une clope? Un sachet de poudre? Souvent rien. RIEN. Parce que mon corps n'est rien.
Je ne comprends pas la haine qui émane de moi. Ce n'est pas possible, pas humain d'avoir autant de haine. Je suis un vivier bordel. Je suis désolée. Je voudrais l'aimer, lui demander pardon, être tendre. Je ne sais pas comment on fait. des fois je pense lui faire du bien et je lui fais du mal, au final. Je me mets au sport, je le ressens à nouveau. Mais je vais jusqu'à la blessure. Celle qui m'empêche de recommencer, celle qui m'invalide et qui encore, encore...me donne un nouveau pretexte pour le détester. Je veux à tout prix "toucher", trouve enfin l'occasion pour prendre une personne chère dans mes bras..."parce que ça fait forcément du bien", mais une douleur dans le bas ventre me lancine. Je force, encore. Parce que cet enfoiré n'a pas à avoir mal, puisque c'est forcément agréable. Encore une fois, il me déçoit et je le déteste. Et cette dernière soirée...où je ne comprends rien de ce qui a pu se passer...un truc dans le verre? Peu importe la manière dont on m'a baisée au fond...d'ailleurs, j'aurais du lui dire d'entrée de jeu qu'il garde son cacheton dans sa poche, avec moi pas besoin de ça. Bref. C'est ma tignasse qui a pris cher. Pourquoi?
Exploration de la case responsabilité. Et là, beaucoup de décéption puisqu'en réalité...de quoi je suis coupable? De pas grand chose, au fond. Je paye depuis des années...pour quoi? Pourquoi je dissèque l'eternel péché...dont je suis en réalité, si on met les choses dans le bon sens et que l'on emploie les gros mots, la victime?
"Pourquoi c'est si long? Je vais crever madame. Je vais crever si ça s'arrête pas bientôt. Je suis fatiguée. je veux que ça s'arrête. je vous promets, je veux. Je suis prête. Je veux pas faire ça toute ma vie. Pourquoi c'est si long? Pourquoi?"
"Parce que vous portez un fardeau très lourd. Et que vous vous obligez à une grande loyauté qui vous coûte énormément envers des personnes qui ne la prennent pas en compte. "
S'émanciper. S'émanciper des "devoirs". Je ne veux plus de contraintes. Plus d'obligations qui coûtent de trop. Le plaisir, putain, le plaisir...il est où dans tout ça? Faire entrer le plaisir dans la vie. Pour vivre, juste. Par exemple. Après tout, nouvelle coupe...nouvelle moi? On y croit. J'y crois. Que ça ne soit pas un coup dans le vent. Pas une mutilation gratuite. Un acte. Symbole? Je veux. Ok, je consulterai mon coeur au passage. Mon corps aussi. En gros...disons qu'il faut que je rassemble mes entités si je veux arriver à demain. Bon...reste du pain sur la planche.
Donc, sur ce, dormez bien mes amis!