Le pardon ne pouvant s'envisager, seule une vengeance violente, une décharge de tout ce qu'il y a de mauvais, malsain, au plus profond du subconscient, pourrait permettre de ne plus penser aux noirs souvenirs qui gangrènent ma chair me rendant chaque jours un peu plus malade. Mes pieds s'enlisent, mon esprit les suit. Je me perds. L'anorexie fait partie de ma vie depuis trop lontemps.
J'ai relu une bonne partie de mon blog, et les commentaires qui vont avec. Je me rends compte à quel point j'avais la volonté de me battre, ce que je faisais très bien, mais contre tout et nimporte quoi. Surtout contre moi. Mais aussi contre les mains tendues. J'ai passé mon temps à refuser l'aide, à cause de cette putain de toute-puissance à la con. Pour prouver quoi? Je n'étais pas prête à recevoir, à baisser les armes, et surtout, je n'étais pas consciente. Je n'écoutais pas. N'entendais pas. Parce que j'étais simplement en plein dedans, même si je voulais y arriver, c'était simplement impossible...Ma violence était anarchique, mon energie non canalisée, et mon autodestruction trop intense. Et les oeillères, verrouillées. Je me demande encore comment je suis encore là. Je me souviens le jour où l'on m'a dit que j'allais mourir quand on a vu 36 kg en rouge sur le pèse personne. Et mon incompréhension lorsque je me suis fait virée du service de nutrition. Aujourd'hui, peut être qu'ils m'ont sauvée de ma connerie. Je n'étais simplement pas prête à lâcher la maladie, pas prête du tout. J'étais encore dans l'optique de montrer à tout le monde que j'étais toujours debout, comme les personnes normales, mais avec un IMC à 12. Simplement parce qu'en présence d'autres anorexiques, il me faut être la plus maigre, pas pour les "dépasser", mais pour justifier ma prise en charge, sinon, j'ai l'impression d'être là par "erreur". J'ai passé des années à l'hôpital sans jamais vraiment y être. Sans vraiment en profiter. J'étais en "survie", comme sous respirateur artificiel. Mais pas actrice. Ils m'ont permis de me maintenir en vie, et ils ont eu une putain de patience. J'ai lu des rapports médicaux, où le mot qui me caractérisait le plus était carrément "invalidité". J'en suis encore sur le cul. Pire lorsque j'ai lu que mes facultés cognitives étaient alterées. A cause de cette putain de bouffe. Je me rendais pas compte. Ca rend débile les carences putain. Merde.
Je suis effarée. Comment ai-je pu être autant absente de ma vie??? Comment? Je crois que je suis prête à le dire aujourd'hui, oui, je crois que j'étais/suis? malade. Hé ben, 9 ans pour le dire, bravo...
Je n'ai profondément plus envie de ça. Et suis plus que prête à abandonner la maladie et accèder à la vie.
J'ai demandé à la psychomotricienne si je pouvais "récupérer" mon corps. Elle a d'abord souri en entendant ces paroles qui semblaient sortir de la bouche d'une petite fille. "ils ont pris ma poupée, jpeux la récupérer?' Elle m'a dit qu'elle n'hésitait pas une seconde pour me donner la réponse, "bien sûr que c'est possible."
"Vous avez déja commencé à le faire. Vous ressentez. Et ce qui montre bien que vous prenez le taureau par les cornes, c'est que vous ne ressentez pas les choses les plus agréables de vôtre vie, et que vous ne les fuyez pas comme vous l'avez toujours fait. Vous avez des sensations. J'ai même peur que vous alliez trop vite. Vous ne pouvez pas digérer tout ça d'un coup, il va falloir se mettre des priorités, compartimenter, absolument. Je sais que vous voulez passer à autre chose, et c'est compréhensible. Mais donnez-vous le temps, s'il vous plaît. Vous lui avez interdit de s'exprimer pendant des années, vous l'avez privé, censuré, nié, vous ne pouvez pas tout lui balancer comme ça. C'est comme si vous vous imposiez un festin; vous me mentiriez si vous me disiez que vous sauriee "garder", comme vous dîtes. C'est pareil."
J'ai tellement envie d'en finir au plus vite. Et puis se donner des priorités, c'est bien facile, mais moi, les images arrivent sans prévenir, me réveillent, m'agressent, j'ai peur de dormir, je ne veux plus sortir, je reste seule, je pleure tout le temps, je ressens, oh oui, ça je ressens...c'était plus facile quand je m'étais coupée en 2, quand j'avais coupé la communication...Elle m'a dit que je pouvais revenir en arrière, que j'étais à l'aise dans cette scission, mais j'ai l'impression que je ne peux pas, comme si j'avais ouvert une vanne et que l'étanchéité n'était plus valable...Je n'arrive plus à gérer la puissance du torrent, je perds le contrôle. Je revis à fond toutes ces situations que j'ai voulu enfouir pendant des années, 9 ans. En 9 ans, j'ai eu le temps de me salir, je l'ai fait avec toute mon application, à la perfection, comme j'aime faire les choses. A fond et sans relâche. Je n'avais pa évalué les dégâts. J'avais "oublié "des trucs qui reviennent dans la gueule sans crier gare. Tout ça me dépasse. Je me laisse déborder par les émotions. J'étais morte, j'ai l'impression d'être "trop" vivante. Et ça fait mal. C'est agressif bordel...
La suite plus tard. J'y arrive pas. J'arrive pas à mettre les mots. C'est trop dur.