Le pardon ne pouvant s'envisager, seule une vengeance violente, une décharge de tout ce qu'il y a de mauvais, malsain, au plus profond du subconscient, pourrait permettre de ne plus penser aux noirs souvenirs qui gangrènent ma chair me rendant chaque jours un peu plus malade. Mes pieds s'enlisent, mon esprit les suit. Je me perds. L'anorexie fait partie de ma vie depuis trop lontemps.
Tout s'emboîte tellement parfaitement. C'est presque trop logique, trop facile, trop prévisible. Ca me déçoit presque, ce manque de folie.
Toutes les nuits je ressasse. Sagement, en regardant défiler les heures lentement. Je ne dors presque plus. Je songe eveillée, ce qui est nettement moins drôle. J'aime tellement rêver et m'émerveiller de l'incongruité des éléments que j'arrive à rassembler. Actuellement, je compte les moustiques au plafond. N'ai pas le courage de les écraser brutalement sur le blanc immaculé en y laissant une traînée boueuse. Je les observe. Les trouve très cons, aussi. Comme moi.
Comme moi qui, avec ma toute puissance pathologique ai tenté de m'apropprier des éléments qu'en réalité je ne peux pas contrôler. Ils méchappent, simplement. Mais comme ça m'est jsute insupportable, il a fallu que je crée des scénarios, des situations pour me convaincre que c'était moi le maître. La vérité est toute autre. Je ne suis que le jouet, l'esclave, la marionnette de mon esprit malade. Aujourd'hui je sais que je peux encore me taper 1256 mecs dans des chiottes, dans une rue, dans des caves, dans des squats, dans des garages, dans des halls, dans des parkings, ça ne me consolera jamais. Ca ne calmera ni le dégoût, ni la rage, ni l'humiliation. Non, ça les ravive. Et après, il faut digérer l'indigérable. Normal que j'y arrive pas. Petite conne. Ca semble tellement évident qu'on se demande bien comment j'ai fait pour ne jamais y penser. Mais le désir brûlant d'anéantir Corps était tellement intense, qu'il fallait trouver des moyens pour mettre en oeuvre sa destruction. Avec des armes massives, lentes, douloureuses, acides. Pour que les plaies ne se referment pas. Pour remuer la lame dedans, raviver le mal, les gémissements agonisants. Prendre mon pied en le voyant crever.
Parce qu'à force de se répeter "qu'il(s) a/ont eu mon corps, mais pas mon âme," ça devient une évidence; mon corps n'est plus ma proprieté. Mais la leur. Quant à mon âme, il fallait qu'elle soit l'inverse idéale de cette putréfaction de Corps. Il fallait qu'elle soit dans les hautes sphères intellectuelles, qu'elle soit brillante. J'ai mangé des livres, étudié, vu des expos, suis allée au cinéma, ai voulu apprendre une multitude de langues, des concerts, décroché les meilleures notes, me suis lancé des défis inrelevables. Jusqu'au jour où, d'ailleurs il n'y a pas si longtemps que ça il me semble, où j'ai découvert le pot aux roses. La tête est indissociable du corps. Alors que durant toutes ces années je pensais que ça n'était que foutaises, le jour où ces putains de jambes ne veulent plus te porter, t'as l'air d'une (grosse) conne. Une vraie débile mentale. Et ta culture, tu peux te la foutre au cul, elle va pas t'aider à te relever. Ma haine a redoublé envers Corps. Mais j'ai du la faire taire, parce que ça ne devait plus être mon ennemi, mais un allié. Bordel! L'horreur. Cela m'était déja arrivé, le truc des jambes. Qui ne ressemblent plus tellement à des jambes d'ailleurs...je dirais plutôt à des cure-dents de mauvaise qualité, ou des tiges de bambou sur le point de crever. C'est simple, ce n'est même plus humain. C'est un amas charnel indéfinissable. Cassé. Oh, et le coeur aussi, qui faisait des caprices. Mais à ce moment là, il y a quelques années, j'en avais tiré une telle satisfaction, c'était presque jouissif de me dire que j'allais gagner la bataille, c'est à dire l'abattre, à jamais. Qu'il m'agite un putain de drapeau blanc ridicule, et alors je pourrai dessiner sur mon visage émacié le rictus hideux d'une victoire écrasante.
Comment j'ai pu être autant dans l'erreur, dans la connerie monumentale? Une victoire, ça se savoure, dans une tombe, ton champagne, tu peux le donner aux vers. Et comme la tombe ne m'attire plus tellement, il faut bien l'admettre;oui, il faut que je fasse la paix avec. Donc, "allié", me semble être le bon terme. Je tiens à signaler que l'écrire me fait mal aux tripes, c'est comme si je devenais pote avec Judas. Ne perdons pas de vue nos objectifs, le principal étant de vivre, mais surtout d'avancer. Cela ne veut absolument rien dire et tout dire à la fois, mais je trouve que ce mot promet tellement de choses, "avancer", que j'avais envie de le mettre. Chose faite.
Arrêter de lui faire mal, de le piétiner, de le vomir, de le scarifier, de le brûler, de lui cramer les neurones, lui encrasser les poumons (oui bon ça, on verra), le carencer, l'épuiser, l'entailler, le malmener, lui mentir, lui faire esperer, le narguer, le detester, le haïr, l'alcooliser, le droguer, l'humilier, le mettre en danger, le salir, et d'autres mots encore. Tellement d'autres. Verdict, me reste à l'aimer et le respecter...
Cela me semble tellement loin, tellement irréalisable surtout. J'ai peine à croire qu'n jour je saurai l'apprécier, mais surtout lui pardonner. Pas qu'il aie commis une faute grave, mais...c'est lui qui porte les traces invisibles. Les symptômes. C'est lui qui est "sale". J'ai déja du mal rien qu'en le regardant. Je n'arrive même pas à l'envisager dans sa globalité putain. Je me demande, et cette question me brulera les lèvres lors de mon prochain rdv avec la psychomotricienne, s'il est possible de se réapropprier son corps après 10 années de tyrannie absolue. De mépris total, de haine pure. J'espère qu'elle me dira oui. Sinon, comme c'est la clé du problème, je ne vois pas l'interêt d'aller plus loin. Oui, c'est la clé du truc, parce que si je veux construire, si je veux goûter à la guérison, il faut bien que je lui tape la main, à ce boulet. Ensuite, faut pas croire, j'ai 24 piges et pas l'ombre d'un amour depuis...9ans. 9 ans, bordel de putain de merde. C'est simple, j'ai eu le temps d'être amoureuse, une fois. Haha. Mais à 15 ans, c'est quoi l'amour? Je l'aimais fort. C'était pur, c'était beau, c'était bon. C'est lointain. Des fois, c'est étrange, j'ai l'impression d'être vierge. Je flippe à l'idée qu'un jour peut être je me retrouverai dans un lit auprès d'un être que j'aimerai...et que ma première fois aura lieu. On dirait que je reviens des années en arrière. La réalité est toute autre, mais je ne fais pas l'amour moi, je baise, y a une sacrée nuance si je ne m'abuse. Faire l'amour me terrifie. Me glace.
Tout ça me mine. Mais encore une fois, il me semble que si j'arrive à penser à demain aujourd'hui, c'est que je vais mieux. Et si ça me touche aujourd'hui bien plus qu'il y a des années, c'est aprce que j'ouvre enfin les yeux sur l'absurdité de mon comportement, non, pas absurde (il est complètement logique en fait), masi il est erroné. Destiné à l'échec, au mur, en boucle. Il faut péter le cycle, briser le cercle. Je crois être enfin prête. Mais c'est juste le début du travail. Bsahtek!