Le pardon ne pouvant s'envisager, seule une vengeance violente, une décharge de tout ce qu'il y a de mauvais, malsain, au plus profond du subconscient, pourrait permettre de ne plus penser aux noirs souvenirs qui gangrènent ma chair me rendant chaque jours un peu plus malade. Mes pieds s'enlisent, mon esprit les suit. Je me perds. L'anorexie fait partie de ma vie depuis trop lontemps.
Voilà, c'est fini. Le sable coule, cette fois-ci...dans le petit sablier qui se joue de moi. J'aimerais arrêter le temps, tellement. Cristalliser les instants de liberté que je me suis autorisés. Cette liberté...s'autoriser au plaisir. Savourer. Ne plus penser à après, puisque tout ce qu'il importe c'est le présent non? Sans éprouver de culpabilité. Pas une once. Du plaisir à l'état-pur. En barre. Des grosses barres bien grasses, dégoulinant de plaisir. Et j'ai tout pris. Le soleil, les rires, la beauté du paysage, les rencontres, le rosé, le champagne, les tomates bien rouges, la fête, encore la fête, et puis des sourires. Des sourires de bien-être, les yeux encore embués de la veille.
Et je me demande aujourd'hui, comment je peux tout chiffonner dans un mouchoir, classant ces 15 jours dans un dossier bien fermé, comme si c'était forcément une époque révolue. Comme si, à la rentrée, cette foutue rentrée, il fallait se punir d'avoir "trop" pris. En rentrant, j'ai retrouvé mes galettes de riz, mon pain azyme, les packs de coca-light. Mes stocks de méthadone. J'avais oublié à quel point mon quotidien était dénué de...vie. Tout semble si morne dan cette maison vide. Morne à faire peur. Cette peur paralysante de tout retrouver. De recommencer comme "avant". Et c'est ce que je fais. En plein dedans. Je recommence. Sans l'entrain maladif d'avant, sans l'idée que c'est mieux ainsi, qu'il faut pour être "parfaite" manger ainsi, mais je recommence quand même. Par réflexe peut être. Ou parce que c'est ma vie. Par habitude. J'ai réussi à me convaincre que c'était mon mode de fonctionnement. Que la liberté devait toujours avoir une fin. Et le bonheur aussi. Ridicule petite sotte.
Je suis morte de peur. Terrifiée à l'idée de reprendre mon quotidien, comme une petite fourmi parmi tant d'autres, en traînant une miette 3 fois plus grosse que moi sur les épaules. Il n'appartient qu'à moi de le changer, je sais. Mais j'ai tellement passé une grosse année de merde, que je n'ai pas envie que ça recommence. "Elle" a eu beau me sourire et murmurer que "certes, ça avait été dur, mais que je n'avais tout de même pas perdu un os", rien que l'idée de remettre les pieds dans ce bâtiment cafardeux me file la gerbe. Oui, j'ai validé mon année...mais à quel prix...
Je sais que c'était foutrement horrible,à cause du boulot, à cause de l'hôpital, des absences, de moi. Mais aussi que j'ai gagné de sacrées victoires sur un plan personnel, et que j'ai fini par gagner la partie. Je sais. Merci de me rappeler que je suis capable et bien plus forte que je ne le crois. Mais ça ne suffit pas.
Je sais bien que je vais signer un contrat d'alternance de 2 ans. Et au travail, on ne pète pas les plombs. Au travail, on ne peut pas dire "bah hier j'ai fait une crise d'angoisse donc je me suis débranlé la gueule pour me calmer, désolée de pas être venue, je rattrapperai!" Et on ne peut pas non plus faire une "pause" à l'hosto (il y a des pauses plus agréables). 2 ans, ça parait court, mais tellement long à la fois. Je me sens enchaînée, moi qui ai l'habitude de tout envoyer valser, 2 ans me paraît une eternité. Je sais aussi que c'est infondé, puisque si je choisis bien mon employeur, il y a beaucoup de chances pour que ça se passe bien. Mais toujours cette pute, tapie dans l'ombre. Cette garce aussi pessimiste que gerbante. Et elle, c'est moi.
J'ai pas tellement aimé ses yeux lors de ma réponse quand elle m'a demandée si j'avais repris un "traitement".