Le pardon ne pouvant s'envisager, seule une vengeance violente, une décharge de tout ce qu'il y a de mauvais, malsain, au plus profond du subconscient, pourrait permettre de ne plus penser aux noirs souvenirs qui gangrènent ma chair me rendant chaque jours un peu plus malade. Mes pieds s'enlisent, mon esprit les suit. Je me perds. L'anorexie fait partie de ma vie depuis trop lontemps.

29-08-2oo7
Ce matin Maman est venue à un rendez vous avec la responsable infirmière, et les éducateurs. J'ai cru que cela allait vite déraper, maman étant d'une humeur massacrante. Le bilan est clair: cela fait 2 mois que je végète, et les reproches sont nombreux. Je ne peux en vouloir qu'à moi-même, en cette période de vacances plutôt creuse.
Je continue ma restriction alimentaire avec succès, Maman me trouve déjà amaigrie...Oui, je jubile lorsque je l'entends prononcer ces mots, oui je culpabilise presque simultanément. J'ai l'impression de flotter, suspendue dans le temps qui passe pourtant si vite...Les vacances se terminent, il faut que je me bouge le cul à fond et reprendre un semblant de vie normale putain...
Je ne sais pas par où commencer et il est inutile de signaler mon angoisse.
Dans la glace je m'osculte, patiemment je regarde l'évolution de ce corps que je sculpte
selon mes états d'âme...Et me réjouis d'avance à l'idée de maigrir rapidement. j'ai appris que le prozac était un anorexigéne, je ne le savais pas...quant au tercian, il
fait grossir, je le savais putain de merde, et le psychiatre qui me soutient que non, la pharmacienne me l'a dit, ça ouvre l'appétit! Dommage que ce médicament soit en dose importante, je l'aurai volontiers évincé pour ne pas prendre de risque.[petite connasse]
Voila,je reparle de plein d'objectifs ou de projets importants et constructifs, et la réponse au stress engendré trouve encore refuge dans l'alimentaire. Restriction et contrôle voilà la réponse quand c'est le bordel, comme pour m'apaiser de ce chaos. Contrôle. Pour l'instant...forcément voué à l'échec, je le sais tout au fond, mais ça ne suffit pas à me persuader que ce n'est qu'illusoire. Lorsque je suis plus mince je suis plus à l'aise, ça change la donne. Pour tout. Pendant un temps. Puis un jour ça s'écroule. D'un bloc, c'est la chute libre assurée, mais de toutes maniéres, qu'est-ce que j'ai perdre?Que dalle.

30-08-2oo7
Je continue mon combat contre la faim et rien ne compte autant que cela pour l'instant...c'est triste à avouer, mais l'objectif de poids que je me suis fixé est le seul qui me motive un tant soit peu, et surtout le seul que je puisse façonner sans l'intervention des autres ni l'extérieur. Je suis seule maîtresse à ce jeu et c'est moi qui tire les ficelles. En cas d'échec, c'est aussi à moi seule que j'en voudrais, pour ma lâcheté et mon manque de persévérance.
Le vide m'envahit à nouveau, la fatigue me gagne, et alors je me dis que mon corps manque sûrement d'énergie...et ça me rassure.
Je n'arrive pas à me décoller de ce truc, la concentration déjà moindre s'est envolée et je suis obsédée par ce que je pourrais manger ou non. Je ne peux pas en parler, parce que j'ai si honte de cette régression...J'angoisse même à l'idée de revoir madame W., que j'ai plantée 2 fois de suite, je n'ai pas pu faire autrement que de me cacher chez Papa pour avoir un peu de paix...les RDV psys ne faisaient pas partie du programme, j'étais dans une bulle hermétique à l'extérieur. Putain d'associable .Je ne sais pas encore combien de temps je vais jouer à ce petit jeu, combien de temps je resterai, ça me fait bizarre d'évoquer ma sortie, parce que je flippe rien qu'en pensant à toute cette foule incontrôlable, cette anarchie sur laquelle je n'ai aucun pouvoir et que je ne peux pas maîtriser. Pff, quelle conne, j'enrage d'être ainsi et avec du recul, lorsque je m'évalue c'est sans indulgence et je me trouve tellement minable putain c'est pas croyable.
Je joue encore à tromper mon monde, à me mentir à moi même, alors que le jeu n'a plus sa place. Il faut que je passe à autre chose. Que je grandisse, espèce de pourrie gâtée...