Le pardon ne pouvant s'envisager, seule une vengeance violente, une décharge de tout ce qu'il y a de mauvais, malsain, au plus profond du subconscient, pourrait permettre de ne plus penser aux noirs souvenirs qui gangrènent ma chair me rendant chaque jours un peu plus malade. Mes pieds s'enlisent, mon esprit les suit. Je me perds. L'anorexie fait partie de ma vie depuis trop lontemps.
C'est la cruauté qui m'excitait.
La cruauté qui m'animait. Le désir de tuer. D'écraser.
Quand on m'a enfermée dans les couloirs de la maladie mentale, il fallait à tout prix que je biaise, pour ne pas qu'ils m'enlèvent mon trésor, celui que j'ai caché dans mes viscères, celui qui fait battre mon coeur. J'arrivais avec un poids normal. Pour qu'ils aient l'air de vrais cons. Qu'ils ne comprennent pas. Et je souriais comme une conne, et la nuit, j'hurlais dans mon oreiller le sacrifice de cette graisse qui avait à nouveau tout fait rater. La petite mort encore et toujours retardée. Mon plan foutu en l'air, celui que j'avais réflèchi des nuits durant.
Ma rage sans égal.
Me faire péter les cordes vocales, me lacérer les veines, mordre les mains qui se pressaient autour de moi, les coups de pieds, les poings, les injures, les cris, ne pas pleurer, parce que je ne suis pas faible, moi.
Ma folie a bercé mon enfer, et lors de mes 17 ans, on a fait comprendre à mes parents que, certes il était possible que j'en revienne, mais il faudrait aussi envisager que cela puisse prendre des années, et que les rechutes seraient nombreuses. Qu'on allait tout faire pour me protéger de moi même. Parce que j'étais trop dangereuse. Que je risquais de.
Ne pas me laisser seule.
J'ai l'impression d'avoir 5 ans et que ma mère en a 200.
J'ai juste envie de crever, mais j'ai pas le droit. Je vois ça comme un acte égoïste et lâche, mais me demande si je le vois comme ça parce que j'ai pas le courage d'y passer. Il y a aussi le fait que je trouve ça un peu trop facile, de se barrer comme ça. Mais, gardons ça sous le coude, c'est tout de même une porte de sortie.
Mes insomnies se transforment en "plans", en scénario. J'écris des centaines de lettres d'adieu, avant de décider que si je mourrais, ce serait de faim. Je veux faire 29 kilos, mais j'en fais encore 36 et si je commence à le clamer sur les toits, on va encore me mettre à l'hosto et je devrais tout foutre en l'air à nouveau.
Le truc c'est que plus mon poids baisse et plus les doses de drogues augmentent, et les malaises sont fréquents.
J'adore la sensation que je ressens quand je valse dans le coton. Les picotements, l'inconscience/conscience de ce qui se passe autour, avec cet écrasement, cette chute. Je saisis enfin l'impression de la scission corps/esprit. Quand je tombe, je jubile, je sens cet épuisement dans mes muscles, la traduction de ma tyrannie, de mon contrôle...je l'ai bien niqué, quand même, quand j'y pense. Je ris. Et finis à l'hôpital.
Ils avaient raison, ça a duré des années. Mais je pense m'en être sortie.
Je comprends la peur que j'avais quand j'étais sur le brancard, entr ain de me demander ce qu'allait être mon contrat, cette fois ci...J'avais peur de perdre la maladie, mais au delà de ça, j'avais surtout peur de me perdre moi, la maladie c'était moi, j'étais devenue la maladie.
J'avais raison d'avoir peur, aujourd'hui sans elle je me sens si banale que ça m'en fout la gerbe.
Il parait que je ne suis pas banale. Pas par mon vécu, par ma personnalité. C'est ma psychomotricienne qui m'a dit ça. C'est la plus belle chose qu'elle pouvait me dire. Si vous saviez comme je me sens fade. Je fais des choses. Des choses m'arrivent. Ni bien, ni mauvaises. Ca m'arrive. Je n'ai plus de sensations. PLus d'émotion. Que dalle.
J'ai l'impression d'être horriblement chiante pour mes amis. J'ai cette place de la fille qui n'a pas de limites, qui n'a pas de peur, juste le gout de l'aventure...et aujourd'hui...Aujourd'hui, le problème c'est toujours ces putains de limites. Depuis que je les ai mises, j'ai l'impression d'être encore plus casse-couille qu'une vieille qui serait devenue moche et aigrie. (un peu comme ma pharmacienne). PIRE, c'est vous dire. J'avais toujours des tonnes de trucs à raconter; la gueule de l'infirmière quand je l'ai mordue, le résultat de mes tests de toxicologie et/ou carences, mes échappées belles en blouse d'hopital le cul à l'air en pleine rue, les imitations des autres patients, les deals hospitaliers, les fugues, les coups de tête, on était mort de rire, et tout était beaucoup plus facile. J'étais peut être malheureuse, mais j'avais au moins l'impression d'avoir un peu d'interêt, d'être un peu atypique. Aujourd'hui, à part rentrer dans le moule...
Que je me rassure, il me reste quelques gros dossiers à travailler, like my big body. My big big big big big pig body.
Parce qu'il y a ce premier amoureux qui me...drague? Le seul que j'ai jamais aimé? Le seul contre qui je n'ai aucune défense...? L'amour ça fait devenir con. Ultra con. Enfin bref, si je veux arrêter de me faire chier dans ma vie de merde (oui oh j'exagère, c'est juste que j'aime cette phrase, ça fait un peu dramatique vulgaire), peut être que ce serait cool d'envisager la vie à deux, pas dans des toilettes, je veux dire, dans la vie quoi. Avec des trucs comme des sentiments. Ces trucs inconnus qui font très très peur. Ca, par exemple, est un énorme dossier. Ouf que j'ai encore un pied dans la maladie ;)
Bref, vous l'aurez compris, encore une fois, rien de palpitant. Mais ça va venir...
J'ai décidé de me pencher sur le vide ce week end. Trouver des activités pour le combler. Du genre, peindre, écrire, mais aussi la chute libre, parapente, saut à l'élastique, escalade, et autres. On verra bien. Mais ça m'est fortement conseillé, parait qu'il ne faut pas que je baillonne cette partie là de moi car elle pourrait reprendre le dessus et baillonner toutes les autres cette fois ci. Faire sa loi et tout niquer et ensuite...si je suis nostalgique de la "bonne époque", je risquerais fort d'en être écoeurée. Quand on re-tombe...on ne sait pas quand ça s'arrête, tout le monde le sait. J'en ai pas vraiment envie. Je serais tentée de retrouver un peu de ce qui m'animait avant. Mais ce ne sera plus jamais comme avant. Je n'ai plus cette inconscience, j'ai compris trop de choses, analysé, décortiqué, avancé. J'ai grandi.