Le pardon ne pouvant s'envisager, seule une vengeance violente, une décharge de tout ce qu'il y a de mauvais, malsain, au plus profond du subconscient, pourrait permettre de ne plus penser aux noirs souvenirs qui gangrènent ma chair me rendant chaque jours un peu plus malade. Mes pieds s'enlisent, mon esprit les suit. Je me perds. L'anorexie fait partie de ma vie depuis trop lontemps.
J'ai plein de trucs à raconter. Mais des trucs qui se passent, et hop mon vide intersidéral les avale pour qu'il ne reste aucune trace d'eux. Disparus. Blop. Je me promène, enfin non, mon corps se balade, comme ça, comme un mirage ambulant, mais moi, je me suis barrée. De toutes manières, vous me direz, je l'aime pas, alors...autant le laisser jouer la comédie et m'offrir quelques vacances. Et puis jdois dire que le monde entier me fait chier, je trouve les gens extrêmement cons, mais vraiment, j'aime pas l'endroit ou j'habite -et en même temps, est-ce que c'est le moment de prendre un appart'?-, je ne pense qu'à ma psy mais j'ai que dalle à lui raconter une fois que j'y suis, aller en cours m'emmerde profondément alors que je surkiffe ce que je fais (va comprendre), je suis crevée alors que j'ai la sale impression de rien branler, mon premier ex revient à la charge et je meurs d'envie de me blottir contre son coeur mais en fait plutôt crever (va comprendre encore), j'ouvre les yeux sur ma mère et ça ne fait pas de bien, jcrois que je préférais encore l'époque où j'en étais fan, je trouve que je dessine comme une sombre merde, et il pleut comme si ce putain de ciel s'était amusé à faire des réserves durant des années.
Sinon, je vais bien. Une belle journée pluvieuse s'annonce, aussi. Je commence sérieusement à détester les jours où l'on ne travaille pas, le week end et tous ces jours fériés, parce que je me traîne et ne fais que des trucs pour m'occuper, pour combattre mon vide. Commence sérieusement à m'agacer celui-là. Paraît qu'il faut "me laisser du temps", mais franchement, vous qui commencez à me connaître (et moi aussi), on sait tous que la patience n'est pas mon fort. Et là, je commence sévèrement à m'impatienter. J'en peux plus. C'est simple, je deviens dingue.
J'ai l'impression d'avoir fait une fausse couche. Comme si je chérissais ma névrose, ma mignonne petite anorexie, mon chérubin d'état borderline, mignon mignon mignon -comme l'autre débile- et BAM, après l'avoir cajolé des années, pouf patapouf, plus là. Plus rien. Le VIDE. Fausse couche. Et là, on me fait comprendre que comme j'allais enfanter un monstre hideux et difforme, mon corps (encore lui, le traître!!!) a préfèré l'éliminer. Pour me rendre service?
En plus depuis, ma vie est devenue désespérément NORMALE. BANALE. [Merdique?]Fade? Insipide? Transparente?]
Plutôt oui! Et dire que j'en rêvais, de ce moment, je peux vous dire qu'on a quand même de drôle d'ambitions parfois. Je m'emmerde comme un rat mort dans ma petite vie bien bien tranquille.
Heureusement que j'ai pas encore un physique tout à fait normal et qu'il m'arrive encore de ressembler à une espèce de branche desséchée sans formes. On me remarque encore, ouf, tout n'est pas perdu...Je deviens vraiment pathétique vous savez.
Enfin, ce qui est bien aussi quand on est en train de guérir, c'est qu'on a du recul. Ainsi, quand ma psy m'envoie des boulets, je les reçois pleinement, en plein dans la gueule. Avant je les esquivais plus ou moins, mais là, BAM! Haha, non, sérieusement, je comprends tellement de choses...Suis plus réceptive, ne me barricade plus derrière les mensonges et les mirages mis en place par la maladie. M'enfin, je comprends mieux pourquoi j'y suis restée 11 ans, c'est quand même plus confortable de tout réinterpréter selon nos désirs, parce que putain, la réalité...ça fait de la casse, un peu.
Donc, je ressens un vide horrible, ok, ça me rend folle, ok, mais au moins, je suis dans le vrai. Ma perception est revenue. Mon jugement aussi. Mon propre jugement je veux dire. Pas celui de la pathologie. Je suis revenue à moi même...le seul problème c'est que je ne me connais pas. Je ne sais pas encore si j'ai envie de faire ma connaissance, parce que je suis encore dans ma période de deuil (jdois vous paraître complètement dingue)...mais bon.
Ouais, ok, je n'étais pas simplement gentiment folle, j'allais carrément en crever, je sais. Et que lorsque j'évoque son absence pleine de nostalgie ridicule, je n'évoque que les aspects positifs (pourtant c'est à se demander s'il y en avait, réellement) en oubliant la panoplie des côtés sérieusement négatifs. D'ailleurs, si j'ai tenu à m'en séparer, et pas seulement car c'était un réel combat du genre la guerre, c'est que j'étais pas si heureuse en sa compagnie.
Donc, remettons les choses dans le bon ordre et avançons, hein, parce que les pleurnicheries ça va...J'ai 13 ans mais quand même bordel!