Le pardon ne pouvant s'envisager, seule une vengeance violente, une décharge de tout ce qu'il y a de mauvais, malsain, au plus profond du subconscient, pourrait permettre de ne plus penser aux noirs souvenirs qui gangrènent ma chair me rendant chaque jours un peu plus malade. Mes pieds s'enlisent, mon esprit les suit. Je me perds. L'anorexie fait partie de ma vie depuis trop lontemps.
La crise passe.
Les RDV s'enchaînent.
Je crois, que je me relève. Et puis, ça finit toujours par aller. Je finis toujours par dire "ça va". Et puis à recommencer à marcher, automate impertubable, avaler mes tonnes de cours à ratrapper, ruminer toutes mes questions sans réponses, essayer de voler des moments pour dessiner, écrire, tout écrire, sans cesse, et, maladivement, conserver des souvenirs de ces journées qui passent. Tikets de métro, de caisse, pages arrachées, cartes de visites, plans, en fait, nimporte quoi. Pour ne plus oublier. Ne plus jamais oublier.
"Ils" me disent que j'oublie, parce que je ne supporte pas. Paraît il même que je devrais remercier mon inconscient, et de lui pardonner de ne pas supporter l'insupportable. Et d'ailleurs, je n'oublie pas. Juste, je le range. Le ressors, le replonge dans l'obscurité, jusqu'à ce que je cauchemarde, et puis que je me rende compte que je ne suis toujours pas capable d'en parler, j'use de tous ces hypnotiques anxyiolitiques antipsychotiques et autres produits chimiques qui s'occuperont à nouveau de cacher les souvenirs, et ainsi de suite.
Des pans entiers de ma vie se sont effondrés, comme ça. Pan. Vagues sensations, bruits etouffés, flashs incongrus. Jusqu'à ce que ça revienne d'un coup, sans prévenir.
Par exemple, comme mon viol. Comme mon viol qui me fait putain de chier en ce moment. Il semblerait que cet amour perdu dernièrement ait fait remonter pas mal de merdier en moi en réalité. Tellement que je m'explique presque mon pétage de plombs estival. Malgré moi j'ai voulu qu'il me soigne. Malgré moi j'aurais voulu qu'il me rende ma féminité, enfin, et pouvoir m'aimer dans ses yeux à lui. Qu'il me rende mon Moi, que je me reconstruise grâce à lui, et que dans ses caresses mon corps m'apparaisse enfin propre. Beau? Qu'il me rende aimable.
Mais dans cette histoire je n'ai été qu'abandonnable, et tout s'est effondré. Et puis j'ai fini par admettre que l'Autre ne peut pas me soigner. Ni me rendre vivante, ni aimable, ni rien. Moi seule ait ce pouvoir. Peut être que j'ai eu envie de prendre un raccourci, cette seule idée me projettant dans un échec latent. J'y crois encore, et je reste là, à picorer tous les bons moments qui se présentent à moi, pressée de les dessiner dans mes carnets. Les garder dans ma poche et m'en souvenir quand ça merde. Seulement, me dire que moi seule possède ce pouvoir, me "guérir", me panser, me rendre belle et aimable, c'est comme me foutre une énorme baffe doublée d'un retour.
J'ai quand même un sacré problème dans l'histoire; moi même. Moi et Moi. Moi et Elle. Elle qui n'attend qu'une petite faille, un petit coup de barre, LA petite faiblesse pour s'y engouffrer, et me prendre en otage dans sa furie.Je me se suis rendue à l'évidence, nous sommes deux. Oui je sais que le concept est complètement barré, et vous allez me sortir qu'on a tous un petit diable en nous qui nous fiat faire beaucoup de conneries, genre dans les dessins animés, y a toujours ce diable rouge fumant et ce brave petit ange bien naïf. Mais moi...moi je sais que c'est plus que ça.
A l'hopital, quand j'étais défoncée, je me forçais à écrire, pour voir. Un jour j'écrirai peut être un passage de ce que j'ai pu lire. En gros, ça s'apparente à...une déclaration de guerre? OU peut être un meurtre prémédité. Ce sera à qui tuera l'autre la première. Verra qui vivra.
"Je" dis, en gros, que le suicide ne m'interesse pas. Que "la mort, je ne la mérite pas. La torture, lente, douloureuse, appliquée, soignée, en revanche oui. Je vais te crever jusqu'au bout. Tu t'en redras même pas compte. Tu auras mal. Et ça ne s'arrêtera jamais. On meurt de douleur tu sais? La douleur, on ne s'y habitue jamais. La douleur sera ton quotidien et j'y veillerai. Tu es trop faible. Tu es trop fragile pour gagner et tu le sais. Tu vas bien vouloir m'éliminer et je le sais, mais je me demande bien comment tu vas t'y prendre. Ou alors il faudrait que tu décides de reprendre des forces en bouffant, de reprendre de l'épaisseur en bouffant encore, de passer des nuits correctes, de ne plus faire de crises d'angoisse, de ne plus t'enfiler toutes tes boites de médocs, de ne plus te faire sauter par le premier con venu, ne plus tomber amoureuse non plus, bref, tu connais bien toute ces situations ou tu perds tous tes moyens, ces situations où ta consicence te tiraille, ou JE te tiraille...Tout ça pour te souhaiter bonne chance ma belle. Mais tu ne gagneras pas. Pas contre moi. Rappelle toi bien que c'est toi qui m'a forgée. En te censurant en permanence. Je ne suis que le produit de la haine, de la rage, de la colère que tu as du contenir en permanence pour ne pas faire mal à ceux que tu aimes. Toutes ces nuits où tu as tout gardé pour toi, alors que tu n'avais qu'une envie, c'était d'exploser. Toutes ces années ou tu l'as fermée. C'est moi ton secret. C'est moi ta création. Et aujourd'hui, c'est moi qui décide. Tu ne fais pas le poids."
J'ai peur. Tellement peur. De moi.
Et, la question étant...Ai-je réellement, vraiment envie de la foutre en l'air? C'était pas comme ça avant. Je ne comprends plus. Je ne sais pas. Plus les psys me disent que j'avance, et plus j'ai la sensation de m'enfoncer. Je ne suis pas un monstre. Je ne suis pas folle. C'est juste....peut être que si j'acceptais enfin d'avoir mal, si j'acceptais enfin ma souffrance, si j'arrêtais enfin de proférer des trucs du style "t'es pas la première t'es pas la dernière passe à autre chose et bouge toi le cul", "arrête de t'inventer des problèmes et lève la tête connasse" et enfin "ton corps est brisé, c'est fait et dommage pour toi, c'est irreversible, tourne la page". Peut être si une bonne fois pour toutes, je me donnais le droit d'avoir mal et d'être triste.......d'être faible? Si je m'accordais le droit de m'écouter, juste un peu...et de prendre soin de mes émotions, de ce que je ressens....Peut être que la plaie se résorberait. C'est drôle, comme écrit ça semble tellement simple. Tellement facile. Mais je sais comment je suis, au fond. Je suis un monstre de moralité, de conformisme, de culpabilité, de jugement implacable avec ce putain de rêve de perfection à la con et ça rend les choses un tantinet plus compliquées tout de suite.
Mais bon. J'aime les défis, pour le coup, ça tombe bien.