La rage au ventre. Le coeur au bord des larmes. Lancine dans les muscles. Douleur dans les tripes. Les mensonges me vrillent l'estomac. Ouvrir les yeux. Réalité aveuglante.
Mais debout. On croit qu'en sortant de l'hosto, tout est fini. Loin derrière. Que dalle. Juste un petit répit. Un pause, un break. Et puis ça retombe. Ca peut décourager. Ou non. Je crois que je le prends comme un défi. Comme un challenge à assurer..."Mais la vie n'est pas un défi, mademoiselle S. ni un jeu ou je ne sais quoi". Peut être, mais ça me fait tenir, ça me tient en haleine...Je marche comme ça, c'est mon fonctionnement, en tout cas pour l'instant.
Et puis. "Je vous pèse".
_Non.
_Mais j'ai besoin de savoir, c'est important.
_Je ne monterai pas sur cette balance.
_Mais...
_Mais quoi, je sais que ça va me foutre en l'air, je n'ai pas besoin de ça.
_Bien, eh ben je vais sous envoyer une infirmière pour vous peser une fois par semaine. J'ai besoin de savoir où vous en êtes. Je comprends que ça soit dur mais...
_Franchement c'est l'enfer, vous ne savez pas, c'est horrible, humiliant, douloureux.
Qu'il me l'envoie son infirmière. Je ne veux plus jamais me peser. Je voudrais la balancer par la fenêtre cette garce de balance, la piétiner, l'envoyer dans le mur. Pourquoi c'est si important? Est ce qu'on se résume à un putain de chiffre? "Pour évaluer vôtre état" Ben ouais, alors on voit pas plus loin que ce résultat? C'est pas comme si j'étais à l'article de la mort. Et puis merde j'ai d'autres trucs à penser. D'autres trucs en tête bien plus importants. "Oui mais là vous êtes en train de vous nuire, comme avant. Vous allez compromettre vos projets et vous le savez très bien". Hum. OK, drapeau blanc. Ok, on oublie deux minutes l'orgueil et on cède. Je sais que la balle est dans mon camp, et que mon avenir c'est moi qui le dessine, personne d'autre. Et j'ai envie d'y arriver. Alors, soit. si c'est pour garantir mon avenir...je ferai des concessions. De toutes manières, je commence toujours par un conflit à la con pour finalement baisser les armes. Je ne peux pas leur mentir, pas moyen, rentrent pas dans mon jeu. Alors ils décelent la petite faille et s'engouffrent dedans, et moi je me dérobe sous terre. L'image que je voudrais donner s'effondre et laisse place à cette petite chose pathétique, coeur en boule, frigorifiée, compètement stone.
Cette petite chose j'ai du mal à croire que ça puisse être moi.
Ouvrir les yeux, rien qu'une demie seconde. Admettre et arrêter de se mentir.
Il y a une place lundi à l'hôpital, rien n'est encore sûr, mais enfin voila. Le truc c'est que j'ai peur de me pointer là bas la bouche en coeur et qu'ils pensent que je ne nécessite pas de soins. Que je ne sois pas assez "malade" pour y aller. D'habitude j'y entre par les urgences, cest plus "facile" pour justifier d'une hospi...
On verra. Je me dis que s'ils me l'ont proposé...c'est que, peut être que j'en ai besoin.