Le pardon ne pouvant s'envisager, seule une vengeance violente, une décharge de tout ce qu'il y a de mauvais, malsain, au plus profond du subconscient, pourrait permettre de ne plus penser aux noirs souvenirs qui gangrènent ma chair me rendant chaque jours un peu plus malade. Mes pieds s'enlisent, mon esprit les suit. Je me perds. L'anorexie fait partie de ma vie depuis trop lontemps.
Je ne vous ai pas conté ces derniers jours, ces dernières semaines toutes plus délicieuses les unes que les autres. Ce bien être oublié, cette sereinité...
Rire, se trouver plutôt pas mal, ne pas être opressée d'être avec les autres, éprouver du plaisir, faire des trucs qui nous plaisent, faire plaisir aux autres, rire encore, aimer, se sentir aimée sans l'interdir, partager les repas. DEGUSTER les repas, et ne pas les caler en 7 minutes. Non, s'asseoir et les partager. Retrouver les saveurs. Ne plus avoir peur. Peur de tout. Ne pas dépasser les limites par défi, parce qu'en fait on sait bien qu'il y a toujours de la merde au delà des limites, donc on évite, spontanément. Ne plus oublier les soirées parce qu'on était comlpètement raide. Non, être présente du début à la fin. PRESENTE. Pas dans les paradis artificiels. C'était si bon. Je vous jure. C'était simple, putain, mais tellement simple.
Je me suis aperçue que c'était agréable de se sentir bien et d'oublier. Pas oublier en faisant l'autruche, mais passer à autre chose, juste. Avancer. Aller au boulot, s'investir à fond, être soi-même et sourire à demain. Avoir des projets. Reprendre confiance en soi, parce qu'enfin on découvre qu'on vaut quelque chose.
Entendre des "Je ferai tout ce que je peux pour bosser avec toi. Quand je vois ce que tu fais...je veux." C'était bon.
Et puis au fur et à mesure...on ne sait pas ce qu'il passe. On sent que ça s'étiole. Que les parasites reviennent. Et les "Je t'aime." "Je te l'ai pas dit l'autre fois, mais vraiment je suis fière de toi." "J'ai envie de te voir' "On aime te voir comme ça" "Quand on te voit comme ça ça nous rend heureux" "Vous êtes vraiment courageuse". Tout d'un coup, tout d'un coup, on a envie de se boucher les oreilles. De ne pas entendre. On ne voudrait pas compter autant parce que tout ce qu'on veut c'est se foutre en l'air, sans que ça se remarque de trop. Sans faire mal.
Je ne sais pas pourquoi. Juste, tout d'un coup, tout se casse la gueule, comme ça, pour rien. La fatigue arrive, triomphante. Se remet en travers du chemin. Et hurle que voilà, c'est bien beau d'être forte, mais non, c'est pas vrai. Je ne sais pas si c'est la pression que je me suis mise pendant le stage qui se relâche. Si c'est le revers de la médaille, l'envers du décor qui s'affiche grand écran dans mon cerveau. Je pleure dès que je suis seule. Je veux pa s qu'on me laisse seule. Mais je ne demande que ça en fait. Je veux pas parce que j'ai peur, à nouveau. Peur de ce que je pourrais...il le faut mais il ne le faut pas. Cette idée s'impose à moi vous comprenez? Ca fait un truc du genre "Tu sais bien qu'il va falloir disparaître, tu ne tiendras pas. Tu n'y arriveras pas et tu le sais. Tu fais semblant comme toujours. Ce serait tellement plus simple que tu t'éteignes. Enfin libre, t'imagines? LI-BE-REE" Et ça se cogne, à "Ils vont penser que tu es une sale égoïste, ils ne comprendront pas, tu penses vraiment qu'à ta gueule, t'as pas le roit, pense à ta famille putain ils ne comptent donc pas?" Et si vous saviez comme j'en ai marre de penser aux autres. Mais je sais qu'une fois au fond de mon trou, personne ne dira que je me suis battue. Personne ne comprendra et essaira de le faire. Ils seront juste aveuglés par leur douleur et ne verront pas la mienne. Personne ne sera content pour moi. Pourtant je voudrais qu'ils le soient. Je voudrais qu'ils soient soulagés pour moi. Qu'ils se disent que je me suis battue, que j'en ai voulu, que je me suis donnée, mais que j'ai perdu la partie. Que j'étais pas heureuse, et qu'il n' y avait que cette solution pour être enfin libre.
Je n'ai pas peur de la mort. Je l'ai toujours envisagée comme une issue de secours, une porte de sortie quand on en voit pas d'autre. Et aujourd'hui j'en vois pas d'autre. Elle clignote. Comme quand on est dans le noir et qu'on aperçoit ce petit panneau "issue de secours". Alors on est rassuré et on sait que pas loin, il y a un interrupteur. J'ai peur pour eux. Je ne veux pas leur manquer. Mais je ne sais pas comment on fait. J'aimerais leur dire, les préparer. Et je crois que c'est ce que je vais faire. Vraiment.
Enfin j'ai quand même un peu peur. De l'irreversibilité de l'acte. Imaginons que ce ne soit qu'un passage, que ce ne soit que la "maladie" qui reprenne le dessus et qu'en fin de compte...dans 2 mois je repasse par la période de bonheur que je viens de traverser. Je sais plus. Putain. Perdue. Je ne sais pas à qui en parler. Moi la mort, j'en parle sur le même ton que lorsque je dois aller acheter du pain. Les autres, ils s'affolent. Quand je m'était ouvert les veines, à l'hôpital et qu'on m'avait retrouvée, au réveil j'avais souri à l'infirmière, en susurrant, avec la force qu'il me restait, "c'est pas grave"...
C'est pas grave.