Le pardon ne pouvant s'envisager, seule une vengeance violente, une décharge de tout ce qu'il y a de mauvais, malsain, au plus profond du subconscient, pourrait permettre de ne plus penser aux noirs souvenirs qui gangrènent ma chair me rendant chaque jours un peu plus malade. Mes pieds s'enlisent, mon esprit les suit. Je me perds. L'anorexie fait partie de ma vie depuis trop lontemps.
J'ai dit à Maman que j'allais bientôt mourir. Que je ne le voulais pas forcément mais que ça allait arriver. Comme une évidence. C'est venu à moi puis ça s'est imposé, doucement, puis brutalement. Qu'il n'y avait pas vraiment de raison, mais que mon moral avait chuté d'un coup, sans crier gare. Et que pour mettre fin à tout "ça",il n'y avait que la mort. Une mort douce, j'entends, parce que faut pas trop m'en demander quand même. Avec un peu d'humour je lui ai glissé que malencontreusement, c'était la fête des mères, et que je ne voulais quand même pas lui pourrir sa fête pour le restant de ses jours. Et puis, faut dire qu'on a perdu des êtres chers cette année, trop, et ça tombe mal. En plus si je me jette par la fenêtre, mon grand père va criser, lui qui est obsedé par la propreté de son trottoir...Si je mets du sang sur le parquet de ma chambre ça va tâcher à vie...Enfin de toutes manières, si je me fous en l'air là bas, c'est quand même pas le top. Si je me fous en l'air chez ma mère, c'est pas sympa, surtout pour mes soeurs. Reste dehors, mais dehors y a toujours quelqu'un pour appeller le samu alors que t'es en train d'agoniser on sait où. (Il m'est arrivé d'errer durant des kilomètres en délirant l'estomac plein à craquer de psychotropes en tous genres). Bref, vous l'aurez compris, c'était pas pour ce week end.
J'ai préferé expliqué tout ça simplement. Donc à 11H ce matin, je disais à ma mère que je ne savais pas si je voulais mourir parce que j'en avais ras le cul de vivre, ou si je voulais mourir parce que mon moral s'était fait la malle à cause de cette putain de maladie mentale. Elle m'a dit que j'y allais fort quand même, "non mais tu te rends compte, c'est comme si tu me demandais de te conseiller sur la corde ou sur les veines, on rit mais c'est quand même pas très drôle". C'est toujours mieux que de dramatiser me direz vous. Et puis c'est plus facile comme ça.
Pour me laisser une chance, on a décidé qu'il fallait que je consulte quelqu'un. Donc, direction les urgences psychiatriques.Déja, quand je me présente, l'infirmier éclate de rire et me dit, "oui oui non mais je sais qui vous êtes quand même!" Bref.
"Alors, qu'est ce qui vous amène?
Oh, c'est ma mère qui s'inquiète, ce matin je lui ai dit que j'allais mourir, alors elle a voulu que je vienne vous voir...
_Ah, et ça vous étonne?
_Noooon, bien sûr que non mais, enfin voilà quoi. Donc, non, plus sérieusement j'ai peur. ca fait une semains que je me contrôle, mais un jour je ne saurai pas le faire, et je crains vraiment de péter un câble et de me tuer vous comprenez? Il n'y a pas de cause réelle, pas d'évenements particulier, mais mon moral a chuté brutalement et c'est insupportable...
_Je ne comprends pas, pas de déception, pas de dispute, pas de...
_Non, mais moi je vous préviens, je vais pas toute ma vie osciller entre des hauts et des bas, vous imaginez putain moi je suis crevée merde, on croit qu'on guérit et en fait c'est juste un sursis???Putain, ça fait 10 ans maintenant, 10 ans! On va bien, et tout d'un coup, bam! Comme ça. Et puis y a pas que moi, j'entraîne les autres aussi, même si je fais tout pour que personne ne voie rien. Tout le monde y croit, tout le monde s'apaise, et puis non, finalement, c'est pas la bonne...J'ai pas envie de jouer toute ma vie. Je préfère tirer ma révèrence maintenant.
_Vous en êtes où côté drogue? Vous savez la drogue, je suis d'accord avec vous, c'est bon. La redescente, un peu moins. Mais alors quand on l'arrête, c'est horrible. Vous vous sentez vide hein? Faut dire qu'avant vous aviez la drogue, les cachets, vos 36kg. Vos cheeeers 36kg. Et tout ça, c'est fini. Et vous...et vous, vous êtes perdue. Il y a un côté très positif, c'est que vous avez arrêté de vous droguer. Et surtout, vous ne prenez plus de psychotropes, vous vous rendez compte du pas? Vous vous souvenez que ça em rendait malade de lire vos ordonnances avec toutes ces intéractions possibles, les crises de tétanie que ça entraînait avec la codéine, etc? Pour les 36 kg, vous les pleurez, mais rassurez vous, je ne pense pas non plus que vous en ayez pris 10 non plus, là, vous éxagérez je trouve. Le jour où vous ne vous trouverz plus en danger vital, là vous aurez passé un cap.
Bon, ce qui me fait peur, c'est que pour vous faire changer d'avis, faut vraiment se lever de bonne heure avec vous. Et que vous êtes réellement intransigeante avec vous. Que je sais pertinament que vous gardez une boite de pychotropes chez vous et qu'ensuite, quand vous avez décidé de faire quelquechose ous le faîtes. Hors, je ne peux que constater que vous êtes dans un état d'anxieté extrême, maintenant, qu'est ce que vous attendez de moi? Je vous propose de m'appeller demain. Pour me dire comment vous allez. Ensuite, je veux, mais vraiment, que vous veniez déposer vôtre "trésor" (ma boite de cachetons) comme vous dîtes, mais mortel, quand même, ici.
_[Vous auriez du voir ma tête].Non, alors ça, non. Vous comprenez, si ça va pas, hop, je me sers dedans et plus de problèmes.
_Moi je préfèrerais que quand vous soyez en situation de crise, hop, vous veniez au cmp. Donc, hop, vous venez tout déposer dans la semaine.Si demain vous ne m'avez pas appelé à 12H, je prends les devants et vous envoie une ambulance. Mais rendez vous compte que vous vous projettez dans un avenir qui n'existe pas. A demain, je vous fais un courrier pour l'ordonnance de méthadone"
Lasse de toujours me battre, j'ai abdiqué. Bref, on augmente la méthadone. Je n'ai plus qu'à réflechir à une hospi. Mais je suis rassurée d'avoir une explication. Vraiment. Tout ça est donc indépendant de ma volonté.
Reste plus qu'à attendre que ça passe. Et de faire taire cette salope de garce de voix. Elle est tenace. Et ma boite, sur ma table de nuit. Et ma boite...connasse.