Le pardon ne pouvant s'envisager, seule une vengeance violente, une décharge de tout ce qu'il y a de mauvais, malsain, au plus profond du subconscient, pourrait permettre de ne plus penser aux noirs souvenirs qui gangrènent ma chair me rendant chaque jours un peu plus malade. Mes pieds s'enlisent, mon esprit les suit. Je me perds. L'anorexie fait partie de ma vie depuis trop lontemps.
Il a tout enveloppé,mis des baches blanches sur les meubles,effacé les désastres. Le silence est angoissant parfois. J'erre sur la pointe des pieds. Ne pas le briser.
Enterrer le passé. Le bétonner, le cadenasser. Dans une boîte, enfouir ces pages noircies de mots hasardeux à la syntaxe. acide. La regarder se noyer, l'eau la recouvrir et l'avaler dans les profondeurs boueuses d'un canal qui digère les souvenirs et les objets dont plus personne ne veut, brisés, oubliés, volés. Sentir les larmes et renifler sa peine. Boire un coup et regarder l'aube se pointer, peut être qu'aujourd'hui c'est le "demain" que j'attends tous les matins. Tituber et attrapper une cigarette, tenter de déssoaouler pour mieux regarder ce nouveau ciel. Être prête. Sur le qui-vive, toujours. En allumer une deuxième et se recoucher. S'empêcher de penser. J'y ai mis un cadenas pour ne plus qu'il vienne m'éveiller à l'heure où tout le monde dort, comme s'il suffisait de fermer le couvercle pour enfermer le passé. Se triturer le ventre, comme pour s'en sortir les entrailles. Et comme s'il était plein, apposer ses deux mains dessus pour mieux s'assurer du vide désespérant. Le froid jusqu'aux os. Reprendre un dernier contact avec son corps et se serrer la gorge pour mieux s'assurer que l'on respire. Je suis vivante. Je pleure toujours un peu le matin, c'est comme ça.
"Le futur sera mieux, tellement mieux que "ça"".
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