Le pardon ne pouvant s'envisager, seule une vengeance violente, une décharge de tout ce qu'il y a de mauvais, malsain, au plus profond du subconscient, pourrait permettre de ne plus penser aux noirs souvenirs qui gangrènent ma chair me rendant chaque jours un peu plus malade. Mes pieds s'enlisent, mon esprit les suit. Je me perds. L'anorexie fait partie de ma vie depuis trop lontemps.
Je les regarde tous, en train d'attendre leurs putains de barquettes en plastiques, les uns derrière les autres.
Et puis je me dis que je les connais tous. Il y a ceux de toujours. Ceux qui resteront à vie. Ceux qui viennent ponctuellement. Ceux dont ce n'est pas la place. Ceux qui sont en transition. Ceux qui ne passent pas par la case départ et qui passent directement aux soins intensifs. Je leur passe la weed dans le petit écart de la porte. Mais je les connais tous.
Et on est tous là, à attendre. A attendre que le futur soit mieux que "ça". Que maintenant. Parcequ'on a qu'une envie c'est de crever, rien que de penser que la vie c'est "ça". Parce que si c'est le cas, ouais, vaut mieux aller se pendre avec son drap tranquillou dans sa chambre.
Mais surtout, le fin mot de l'histoire, c'est...que je les connais tous, et que si je les connais tous, c'est qu'on y revient tous, tôt ou tard. L'hopital psychiatrique. T'y rentres, tu sais pas quand tu sors. Et quand t'en sors enfin, bordel de merde, il t'agrippe à nouveau. Encore. Encore. Encore.
Depuis mes 17 ans. Je me souviens de la première infirmière. "Mais, qui vous envoie ici...enfin....vous savez ou vous êtes?Vous avez 17 ans c'est bien ça?"
Et mon sourire de connasse. Mon sourire victorieux. Celui qui veut dire "ouais, et je viens faire mes preuves".
L'hopital psychiatrique, c'est ma deuxième maison. Mais j'en veux plus. Bientôt jvais devoir payer l'ISF pour une bicoque qui me fait gerber, et ça c'est juste pas possible.
Le truc c'est que je ne vois pas pourquoi MOI je serais plus forte qu'eux tous. Pourquoi moi j'arrêterais d'y revenir et pas eux. C'est ça le truc.
Je fume. Refume. Me déchire les neurones ou ce qui m'en reste. Quand tu ne peux pas aller chercher la drogue, elle vient à toi. La conclusion c'est que je ne sais pas encore dire non. Mais rien à foutre, parce que au moins, ça m'empêche de penser. Ce que personne ne comprend c'est que les reviviscences de mon viol sont juste insupportables. Les coups de pompe dans le ventre, encore, encore, encore. Son souffle haletant, bestial.
J'ai été un vrai tyran avec mon corps. Pendant 10 ans, je lui ai interdi de ressentir quoi que ce soit. Pas d'émotions. Pas de sensations. Je te donne en pâture, mais tu fermes ta gueule. Je me défonce la race, mais t'as pas interêt à me lâcher. Je me fais gerber à vide, mais ne tombe pas dans les pommes. tu fais monnaie d'échange, mais t''es qu'un corps. Tu vaux rien. RIEN.
Personne ne peut se rendre compte à quel point mes mécanismes sont vieux, ancrés, et tellement destructeurs qu'il faut que je m'en sépare, je suis d'accord, mais c'est si long. Si long. Est-ce possible, d'agir autrement? Je ne sais pas comment les gens font. Je ne sais pas.
Ce que je sais moi, c'est que j'éventre les canettes pour me les enfoncer dans la chair.
Ce que je sais, c'est que je rachète le traitement des autres pour me défoncer avec.
ce que je sais...c'est que je ne sais pas ce que c'est la vie. Je ne sais pas. J'ai tellement peur de ne pas savoir...tellement peur. J'ai mal au ventre. Je voudrais des bras. Tendres. Qu'on me caresse les cheveux.
J'ai pris des ciseaux tout à l'heure. Coupé à tout va. Je ne sais pas pourquoi. Je ne suis pas ça. Je ne suis pas vraiment folle. Pas vraiment saine non plus.
J'ai juste la trouille.