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5 juillet 2008 6 05 /07 /juillet /2008 00:37



J'ai eu un entretien pour un job de graphiste dans une
boite de marketing direct  qui s'est merveilleusement bien passé, ça m'a mis l'eau à la bouche, j'aimerais tellement bosser dans ce milieu là, pas de pub mais de  communication visuelle, tout le côté créatif. Il m'a laissé entendre qu'il serait ravi de m'accueillir,qu'il était prés à mobiliser des gens pour m'assister si je faisais une bourde afin de m'aider et de m'expliquer le truc.

[MAIS]

Je suis contrainte à intégrer l'hôpital
St Vincent de Paul.
Je suis sur liste d'attente mais je devrais être rapidement admise, d'ici une à deux semaines. J'ai tenté de l'annuler,de la differer mais la psychiatre a été claire; "Vous comprendrez qu'ici ce n'est pas un foyer d'hebergement et qu'il faut que je justifie vôtre prise en charge, vous avez dépassé la date limite, il faut que je justifie vôtre prise en charge (normalement on est censé y rester au maximum 10 mois, j'en ai 13 au compteur).

"Oui mais j'ai plus une tune pour partir en vacances, et  je reviens d'un entretien d'embauche qui s'est super bien passé...j'ai d'autres projets, je veux bosser...
_Quoi? Du travail? Pour faire quoi, poser un arrêt maladie au bout d'une semaine? Ouais super...Tant que vous n'atteindrez pas vôtre poids de forme je m'opposerai à toute activité professionnelle. Et vous connaissant, vous aurez toujours d'autres projets que celui de vous soigner...admettez le. Et si on la différe, on peut rester encore 10 mois comme ça. Ce n'est pas le moment?...Mais arrêtez Mademoiselle S. , pour vous  ce ne sera jamais le moment,les excuses seront toujours là. Arrêtez un peu de vous mentir.

_Oui mais vous pensez pas que j'irai mieux si j'avais une vie extérieure à l'hôpital, un boulot, un appart', mes potes près de moi?
_Oh si je vous fais confiance, vous saurez vous démerder comme vous l'avez toujours fait, vous retrouverez un boulot, regagnerez vôtre indépendance, pas de souci. Mais je vous donne deux mois avant d'arriver ici les yeux cernés et l'estomac vide"

Hum. Ok, elle a raison...

#2 juillet 20o8

J'essuie négligemment mes larmes. Le maquillage a coulé, les yeux sont rougis, déjà la honte fait place. « Je vais essayer de garder, je reste en bas, ne vous inquiétez pas». J'avais promis à l'infirmière. C'est ça. Trois minutes après j'étais là haut, les deux doigts au fond de la gorge. C'est tellement facile que c'en est déstabilisant. Je me demande si je ne devrais pas plutôt agir ainsi, manger pour qu'ils me foutent la paix et me purger après. Connasse. J'ai des idées débiles. Elles me parasitent la tête. C'est simple, elles prennent toute la place. Je me réveille la nuit.
 « Non tu n'as pas faim. Non, ne craque pas. Tu vas regretter »
. Alors je prends mes cachetons dès que je sens la faim se pointer. J'attends qu'ils fassent effet et m'endors le sourire aux lèvres. Puis je m'insulte. De tous les noms, je pense sans cesse à la mort. J'ai dit à l'infirmière que je n'y pensais plus, que tout ça c'était fini.
Menteuse! Menteuse! Menteuse!

Je ne fais plus que ça, mentir, . Je crois que parfois j'aimerais être démasquée, que l'on me chope les poings pour m'arrêter. « Arrêtez de vous détruire ». M'a-t-elle dit derrière ses larmes. Je l'ai vue, gênée de ne pas trouver les mots pour tenter de m'apaiser. "Vous connaissez la source de vos troubles".
« Oui. » c'est un mot de 4 lettres. viol. Blanc. C'est une infirmière que j'aime particulièrement. Elle baisse la tête tandis que je dis tout et nimporte quoi, pour tenter de combler le vide. Je la regarde, elle est là, émue.
« Bonne soirée... ». Je suis gênée de l'avoir mise dans cet état.
Et je ne veux pas faire pitié.Je sais qu'elle s'investit complètement et qu'ils misent tous beaucoup sur ma prochaine hospitalisation.  Quant à moi...je suis toujours dans l'espérance qu'elle soit annulée ou différée. J'ai dû appeler Thomas L. pour annuler les projets de boulot qu'il aurait pu me donner. « Écoute je suis désolée...changement de programme, tu as sûrement remarqué que je n'étais pas épaisse...je suis dégoûtée ». J'étais en rage. Ce boulot aurait été le meilleur que j'ai fait, le meilleur que l'on m'ait proposé, le meilleur qui me passe sous le nez. Game over, try again petite conne. J'en suis malade, et de me soigner sous contrainte est oppressant, et fort désagréable. Épiée, guettée, espionnée. A l'affût de tous mes gestes, que ce soit les rares coups de fourchettes où la manière dont je me comporte, mes cernes et mes lèvres sèches.

 "Déshydratation. Ostéoporose »
.


Je n'entends pas. Je n'entends plus. Je bouche mes oreilles, ferme les yeux et hurle à tue tête silencieusement. Ces mots ne me concernent pas. J'ai envie de leur balancer un beau « Vos gueules je suis pas malade putain, lâchez moi! ». J'en crève d'envie. Et une petite voix me rattrape en me murmurant « Tu sais bien qu'il y a un truc qui cloche, tu as besoin d'eux. » Contre balance. Noir, blanc, pas de gris, pas d'équilibre, juste une navigation douteuse entre les extrêmes. Je suis épuisée, fanée, crevée. La fatigue gagne mes muscles, ça tire, ça lancine, les courbatures deviennent presque handicapantes tellement elles sont douloureuses. Je ne marche pas toujours droit, les vertiges me gagnent et fragilisent mon équilibre...je me colle au mur, m'appuie sur les meubles, pourvu que je ne tombe pas...Rester debout, stoïque. Pas de marque de faiblesse apparentes, juste les pulsations trop rapides pour un coeur fatigué. J'ai le regard vide et l'air hagard, mais je tiens. Pathétique. Alors que je meurs d'envie de me laisser aller dans des bras tendres et chauds, sécurisants et rassurants...Papa? Papa...j'ai besoin de toi. Maman, dis moi que tu m'aimes, dis moi que tout va s'arranger. Rassurez moi, ouvrez moi les yeux, emmenez moi loin des blouses blanches...Ce n'est pas chez moi ici, je n'habite pas là, d'ailleurs je n'habite nulle part. Je ne suis plus, j'ai disparu. Lentement, doucement, douloureusement. Pardon.
 
#3 juillet 2008

Mes yeux me mentent, déforment, me trompent. Je m'en rends compte parce que maintenant j'attire les regards dans la rue. Et ça me fait peur; en serai-je arrivée à un stade important de la maladie? Est -elle autant visible? Je maquille mes cernes, me mets des couleurs sur les joues. Mais toujours on me demande si ça va parce que je suis « pâle ». Et que je devrais manger, c'est de ma faute et nia nia nia. Je la connais par coeur, c'est bon. Comme si ils m'apprenaient quelque chose. Je ris. Je me regarde dans la glace. Ou mes yeux plutôt, je constate. Sur mon corps il est marqué « Fragile ». « Malade ». "Paumée". J'en suis fière pourtant : En repoussant toujours les limites je tiens toujours debout et m'en étonne moi-même. Corps serait -il plus robuste que je ne le pensais? Tant mieux. J'ai besoin de ça, de cette euphorie, de ce bien être que je voudrais faire durer...mais tout cela n'est qu'éphémère et la fatigue m'assaille déja. Je monte et remonte encore et encore les escaliers, arrive en haletant à mon étage, essoufflée comme jamais, le coeur tambourinant dans ma poitrine. Je me jette sur mon lit, les yeux rivés au plafond. Les pensées divaguent, j'en perds le fil tellement il y a de bordel. Je rêve. Des choses étranges qui me troublent. Les réveils se fond en sursautant, je regarde autour de moi sans savoir où je suis, ni l'heure qu'il est, ignorant si mon rêve était ou non réalité. Je me réveille en pleurant parfois. Je pense à eux que j'aime. Je n'ai toujours rien annoncé à Papa et ça commence à me stresser sérieusement...je ne sais pas pourquoi, j'ai tellement peur de sa réaction. Et puis l'hôpital. J'ai entraîné tout le monde avec moi visiter les abîmes de l'esprit torturé qu'est le mien. Je le regrette amèrement, m'en veux énormément. Mais qu'est ce que ça change hein? Ma soeur me raconte qu'elle voulait se balancer par la fenêtre. Plusieurs fois. J'ai peur d'être à l'origine de ces tentatives d'appel au secours. Elle fume, beaucoup. Trop. Elle est raide en permanence. Défoncée, tout le temps, tous les jours. « J'ai arrêté la clope, je ne fume que des joints c'est moins nocif ». Ce qu'on peut être con à cet âge là, pleins d'une insouciance naïve...J'ai beau lui expliquer que ça crée des dégâts irréversibles, lui raconter mon expérience, dialoguer avec elle pour faire un constat...elle continue, envers et contre tout,jusqu'à voler la carte bleue des parents. Elle me fait de la peine. Elle devient attachante, elle devient une vraie soeur de coeur...c'est une drôle de relation que nous avons, où la complicité et la sincérité prônent avant tout. Je l'aime. Je les aime. Tous et toutes. Je n'ai pas le droit de me laisser mourir. Je m'étais promis d'être une grande soeur modèle, de ne pas être un boulet pour les parents...et j'ai fait tout le contraire. Je suis la fille sans vie sociale, angoissée pour rien et qui refuse de sortir le soir, de peur de replonger dans les amours éthyliques. Et qui n'a pas de boulot aussi. Si ce n'est pas un boulet ça...Un poids. Je suis un poids. Pour tout le monde. Une masse de chair dont on ne sait pas vraiment quoi faire. Ni même moi, même si j'y crois et que j'ai envie de leur montrer ma force et mes capacités. Je voudrais tellement leur démontrer qu'ils ont tort, que je peux, que je suis. Mais pour l'instant ma seule consolation reste mes os. C'est bien triste. Je me sens si petite, tellement petite dans ce corps trop grand...j'ai beau l'ajuster, le retravailler, faire des retouches, rien n'y fait. Il n'est pas à ma taille, je veux le changer...Puis il est cabossé. Et sale. Il sent la mort.
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commentaires

Lily 21/07/2008 11:53

Où es tu ?...

Laure 16/07/2008 00:41

Coucou!Ca fait très longtemps que je ne t'ai pas laissé de petit mot...Je vois que tu parcours ton chemin, doucement mais sûrement. C'est encourageant.De mon côté, tout va beaucoup mieux, même si les pensées se confrontent perpétuellement, j'arrive à écouter le bon côté. Comment? Je me suis concentrée sur mes études, j'ai réfléchis sur la vie, je suis partie à l'étranger pendant 3mois. Ce qui m'a fait un bien fou, je te le conseille vivement, si tu le peux. Une de mes meilleures amies qui a aussi des TCA est partie cette année un an à l'étranger: après des années de thérapie, c'est ce séjour qui a été un déclic pour elle. Je crois que partir comme ça est une bonne solution, vraiment!Et puis je m'accroche à mes rêves : faire un chantier humanitaire, faire le tour du monde après mes études...plein de petits projets qui me tiennent en dehors de tous ces vieux démons. Je ne suis pas guérie, je sais que je rechuterai, notamment depuis que je suis de retour chez mes parents et que ma mère me fait des reproches sur mes kilos qui sont selon elle superflus. Je me suis rendue compte que j'ai besoin d'être éloignée de ma famille, malheureusement, pour me construire. Je les aime mais ces relations trop fusionnelles/conflictuelles me détruisent et m'influencent du mauvais côté. C'est une bonne chose à savoir même si ça me fait du mal de me dire que j'ai besoin d'être loin d'eux pour être heureuse. Alors je construis mes projets, je donne plus de sens à l'amitié, pas encore à l'amour. Je sors, je mange, je vais à la plage, je profite de mes vacances d'été en essayant de passer le moins de temps possible à la maison. J'essaie de me construire seule, c'est dur parfois mais si le résultat est là j'en serai plus que fière.Essaie de construire tes projets à toi, c'est le seul conseil que je puisse te donner d'après ce que j'ai ressorti de ma vie quotidienne ces derniers mois. Il faut que t'y croies.Je t'embrasse

sand 11/07/2008 12:54

i miss you beautiful..where have you gone?!suis un peu inquiètejpense fort à toi, souventbizou

viefragile 10/07/2008 19:30

Merci, merci pour tout.Ta présence, tes mots, ton intérêt pour ma misérable petite vie.Ce sont tes commentaires qui m'aident à tenir. Alors merci.Tu sais, je ne dis pas ça pour te flatter, non c'est vraiment sincère; je te trouve si belle.Si fragile et pâle.Comme le rosée du matin, mais tu es une fleur en souffrance et cela se voit.Tu n'en reste pas moins belle, mais ca fait d'avantage de mal à te regarder.Tu es belle, tu es intelligente. Tu es réaliste... tu ne mérites pas tout ça.Mais je suis sûre que tu t'en sortiras, car tu es forte.Des hauts, des bas, il y en aura encore et encore; heureusement.Mais toi, tu ne perdras pas ton objectif de vue: guérir et vivre.Laisse l'artiste qui est en toi s'exprimer.Laisse cette flamme créatrice exulter.Dessine, écris, danse, chante tes maux, ta vie, tes espoirs.Sois celle que tu es au fond.Je t'embrasse.Prends bien soin de toi surtout; je t'en prie.Cécile 

Emy 09/07/2008 19:07

Ca y est ! Je rentre au CITD mardi. Je ne sais pas pour combien de temps. Théoriquement, je vais aussi en hospi de jour 2 fois/semaine en rééduc mais le psy m'a dit que ca ne sera peut être pas possible au niveau de la prise en charge pour la sécu. Alors, si c'est ça, je vais devoir choisir entre me soigner pour mes TCA et mon handicap. Sachant que les 2 sont liés, difficile de privilégier l'un des 2. En plus, ce n'est pas la forme en ce moment : je me sens glisser. Si je continue comme ça, je ne tiendrai pas le rythme universitaire l'année prochaine. Bref, je stresse à mort. En plus, j'ai l'impression que le psychiatre n'a rien retenu de notre dernier entretien. Ca m'a énervé ! Il n'avait rien prévu : il n'avait pas contacté pour la rééducation et n'avait pas prévu de m'hospitaliser au CITD. J'ai eu de la chance (si on peut appeler ça comme ça !)car il restait une place en hospi sinon j'aurai du attendre mon tour sur la longue liste d'attente. Par contre, il m'a prévenu que s'il ne me voyait pas évoluer, il ne me gardait pas. J'espère y arriver et tenir le coup. Il faut que je sois en meilleure forme pour la rentrée. Voilà pour les nouvelles. A bientôt

*anorchidea*

  • : [La pÂleur mOntre JusQu'où le cOrps PeUt cOmprendRe l'âMe]
  • : Le pardon ne pouvant s'envisager, seule une vengeance violente, une décharge de tout ce qu'il y a de mauvais, malsain, au plus profond du subconscient, pourrait permettre de ne plus penser aux noirs souvenirs qui gangrènent ma chair me rendant chaque jours un peu plus malade. Mes pieds s'enlisent, mon esprit les suit. Je me perds. L'anorexie fait partie de ma vie depuis trop lontemps.
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