Dimanche 11 mai 2008
J'ai réussi à aller sur Lille pour aller voir mes amis.
Cela ne parait rien mais, j'ai réussi à enchaîner un Auchan le matin
(pour moi, y aller un samedi tient du suicide, dépourvue de patience face aux bouchons en plein milieu des rayons, puis toute cette masse de gens que je ne peux pas contrôler me fout en l'air), et à prendre le métro pour aller jusque Lille. Affronter la foule, me frayer un chemin parmi ces gens qui me paraissent d'une molesse incroyable. C'est insupportable.

Je ne les avais pas vu depuis bien longtemps, trop longtemps.
J'ai eu plaisir à les écouter, prendre de leurs nouvelles, connaitre leurs projets.
Les embrasser. Me sentir bien avec eux.
Je les aime. Beaucoup. Ils sont en moi tout le temps. Je parle des vrais amis, ceux qui ne vous lâchent pas, ceux sur qui l'on peut compter dans n'importe quelle situation, ceux que l'on a eu l'impression de quitter la veille alors que ça fait 3 mois qu'on ne les a pas vu. Ceux qui vous entourent et vous aiment pour ce que vous êtes. Ceux qui ne jugent pas. Je pourrais écrire des lignes et des lignes. Ils sont uniques, je les vois peu mais si je les perdais j'en serais malade, amputée d'une partie de moi même. Ce sont ceux qui ont persisté à me sortir de l'obscurité alors que je ne répondais plus au téléphone. Jamais ils n'ont abandonné.

En terrasse, le soleil frôlant nos épidermes, nous nous sommes racontés.
On s'est organisé des vacances...je pars avec eux :D
Une semaine en montagne, où l'on a déja fait une [super] premiére expérience, puis une autre en camping, dans le sud. J'ai été ravie de leur invitation...puis touchée aussi. C'est con, mais les entendre me dire "on a pensé à toi...si tu voulais nous accompagner ce serait super..." ça m'a foutu un coup. Etincelles dans les yeux. Coeur palpite. Trop vite, mais tant pis.
Maintenant, va falloir trouver des sous. Arrêter mon traitement pour pouvoir prendre le soleil,ce qui n'est pas gagné...Aller mieux pour obtenir une permission de 15 jours, ce qui n'est pas gagné non plus...quant à ma préparation psychologique à me foutre en maillot de bain sur une plage...y a du boulot...et c'est rien de le dire.
Dans ma tête je me suis déja dit ok, "ce sera abdos plus footing tous les jours". Je ne ferai pas de commentaires sur l'absurdité de ces pensées, le pire étant que je ne me suis pas tout de suite rendue compte que ces propos relevaient du pathologique. Et que ce sont les premières pensées qui m'ont traversé l'esprit, avant de me demander comment j'allais faire pour pouvoir y aller financièrement, puis pour obtenir cette permission.

Au post-cure on m'a dirigée vers le service de psychiatrie adulte à l'hopitâl St Vincent de Paul à Lille qui pourrait me prendre en charge pour les TCAs.
Mais je sature, et n'aspire qu'à ma sortie définitive. La balle est dans mon camp...mais je ne sais pas si j'aurais encore la force d'y aller et de me battre contre des démons qui ne disparaitront jamais complètement. Je ne sais pas.
Je ne sais plus, je ne supporte plus de cotoyer des gens malades, je ne supporte plus cette odeur d'hopital, le traitement, les activités thérapeutiques, les entretiens...puis le dernier RDV m'a refroidie. Je me suis remise en question; est-ce que c'est l'équipe médicale du foyer post-cure où je me trouve qui dramatise ou est-ce que le médecin que j'ai vu au centre banalise?
Est-ce que, finalement, mon IMC actuel [13.94] , n'est pas si bas que ça par rapport à ce qu'ils voient à longueur de journées? Je ne me rends pas compte, je n'ai pas d'avis objectif, je n'arrive pas à me situer. Puis quand mon entourage me dit que je suis maigre je n'y crois pas. Alors quand l'autre médecin m'a clairement dit que ce n'était pas alarmant je me suis dit qu'il avait peut être raison. Après tout c'est sa spécialité, lui, il sait.

Je commence une thérapie familiale le 28 mai.
Je suis morte de trouille.
Réunir mes parents.
Je sais que ça les emmerde, de devoir se voir, de devoir débattre à propos de sujets conflictuels. Je ne me sens pas très à l'aise vis à vis d'eux de leur imposer ça.

Il faut que je dorme.
Je n'en peux plus.
700 grammes en moins.


par [AnO]rchiDeA publié dans : L'[OR]chideé Sans [l'ANo]]
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Jeudi 8 mai 2008
Si la semaine dernière a été tumultueuse, celle-ci est bien calme...c'est presque destabilisant, moi qui aime le mouvement, impulsive et explosive.
Mais surtout, ça fait du bien.
Vraiment.
J'ai pris une permission à durée indeterminée, histoire de passer  quelques jours avec les miens. Experience.
Je ne pense plus, enfin j'essaie. Des nuits toutes blanches, j'en vois encore défiler. Des cicatrices sur les bras découvertes par Maman aussi. Qui me dit,en souriant avec plein d'étincelles de tendresse dans les yeux:
 _"hé ben t'as pas grossi toi hein, mais... mais t'as recommencé!? J'en suis malade, arrête tu vas être marquée à vie...qu'est ce que tu diras à tes enfants?"

Oui, j'y suis repassée, mais c'était un coup de stress, ça faisait tellement longtemps que je ne l'avais pas fait...je crois qu'il ne faut pas le prendre comme un échec, disons que c'était juste un dérapage, et que ce n'est pas parceque c'est arrivé que je vais continuer. Il y a forcément des phases de regression, maintenant c'est passé, je recommencerai surement, mais je  crois qu'il faut passer outre et ne pas s'y attarder, c'est comme les gens qui font des crises de nerfs, ça passe et tout redevient calme.
Je me sens étrangement sereine. C'est bon. Je m'en délecte. Je passe des moments délicieux. Je fais des trucs cons; je jardine, je marche, je dessine. Je parle à mon chat comme une débile. Je rapporte le petit déj à ma Maman, je lis, j'écris, je regarde bêtement les vaches (remarque, comme ça je me sens moins  seule ave le regard vide) j'ai recommencé à courir, je tente de bronzer malgrè les contre-indications des anti-depresseurs, [suis toute rouge]...

Bon, ok je ne révise pas...j'ai reçu ma lettre de convocation aux examens, j'ai les boules. Parceque je ne sais rien. J'ai bien essayé d'apprendre, de me forcer à bosser comme une dingue, mais c'est pas avec mon traitement que je vais savoir me concentrer, ni avec mes 41 kilos qui me pèsent. C'est une drole d'année qui s'est déroulée...un an d'hospitalisation dépassé. Plein de peripéties en tout genre. Drôle de bilan. L'impression d'avoir survolé cette année, sans en être spécialement l'actrice, mais plutôt la spectatrice. C'est une sensation très bizarre, que j'ai encore du mal à décrire.

Voila, je voulais juste communiquer avec vous l'euphorie actuelle, le plaisir, la satisfaction, la vie.
Parceque ça m'arrive aussi :) Puis il fait beau. Tout le monde embellit lorsqu'il y a du soleil. Des sourires se dessinent, une bonne humeur ambiante.

J'aimerais pouvoir cristalliser cette période.
par [AnO]rchiDeA publié dans : Don't worry life is easy
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Dimanche 4 mai 2008
Puis j'y retourne, là, ce soir.
Je retourne avec eux.
Les patients qui m'entourent au quotidien, leurs souffrances et leurs maux, différents des miens. Mais putain, leur vie est foutue. La mienne reste à construire.
Le choix reste à faire, et il m'appartient. Oui.

J'étais en liberté cette semaine.
Mais la liberté ne me réussit pas. Parceque tout revient en pleine face. Le sevrage, foutu en l'air. Dans mon verre le liquide tant convoité est revenu me brûler l'oesophage. Dans mes poumons la douce fumée est venue se refaire une place. Un rail un café.
Parceque mademoiselle veut tenir debout, quand même un peu, hein.
Alors on fait ce qu'on peut.
Pas le courage de se retaper toute ces nuits blanches où les pensées lacérent les bras.
Enfin, c'est arrivé quand même.
Mais j'ai préferé me blottir dans ces paradis faciles. On n'a pas à réflechir, on y accéde simplement. Puis, on s'y sent bien.
Comme avant.
Et puis, toute seule, dans mon coin, sans personne pour réaliser la déchéance. Seule à seule. Entre moi et moi toutes ces substances qui nous séparent.
Pas si bien que ça le matin.
Un peu ce sentiment coupable, cette voix qui me souffle qu'il faudra bien grandir un jour. Ou alors, j'arrête tout et basta. Ce destin là me sourit, et il est tout tracé.


"Dix ans de cette vie ont suffi
A la changer en junkie
Et dans un sommeil infini
Cendrillon voit finir sa vie
Les lumières dansent
Dans l'ambulance
Mais elle tue sa dernière chance
Tout ça n'a plus d'importance
Elle part
Fin de l'histoire"

Accepter les mains tendues, celles qui me veulent du bien. Les autres, j'ai déja donné.
Se persuader que l'on PEUT changer le cours des choses. Que le destin n'a rien de fatal, suffit de se l'approprier. S'approprier sa propre vie. VIE. VIE. VIE. SA VIE .
Pardonnez, j'ai besoin de me l'écrire encore et encore. Parcequ'on a tous le droit de prendre sa place.
Le mode d'emploi? Pt'être bien que j'ai fini par le cramer...
Pas grave.
Je vois bien que les autres n'en ont pas besoin, qu'ils tracent, emmerdes ou non.
Alors, anorexie ou non, alcoolique ou non, sootée ou non, abimée ou non, brisée ou non, je peux.
M'enfin si je pouvais me délerster un peu...
Moi je crois qu'en étant moins ça ira mieux mais il y a eu erreur sur le lest.
Changer les données du cerveau.
Qui saute comme un disque rayé.

A part ça aujourd'hui j'ai fait 40 kilométres en vélo. [Très] contente. J'ai acheté des pompes pour courir aussi.
Essayer d'assainir de la bonne maniére. Peut être un peu d'excés dans l'épuisment mais c'est toujours moins nocifs que mes autres penchants.
Il est temps d'y aller.

Je prends en compte chaque mot que vous m'écrivez.
Chacun d'eux éveille en moi quelques reflexions, plutot constructives. Et même si je n'assimile pas tout, ça reste en tête.
Merci.
De prendre le temps.

par [AnO]rchiDeA publié dans : Crise existentielle
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Mercredi 30 avril 2008
J'ai l'impression que tellement de choses se sont passées depuis la dernière fois.
Je regrette de ne pas avoir tout écrit.
J'ai besoin de ces traces que je laisse un partout. Peut être pour me dire que  je suis encore vivante.
Je suis chez moi cette semaine, j'ai réussi à négocier une permission grâce à tous les ponts du mois de mai. J'ai réellement besoin de prendre du recul.

J'évite un maximum ma mére ainsi que mon beau père qui m'ont trouvé amaigrie. Que leur répondre? Je n'ai rien à répondre. Alors je me planque sous les couettes dans ma chambre d'hôpital, et je pleure tout ce que je peux, jusqu'à ce que mes yeux fassent mal, jusqu'à ce que mon sang batte les tempes. *là bas* est devenue une sorte de cachette pour m'échapper des situations que je n'arrive pas à gérer. Mon exit, ma sortie de secours.
J'éteins mon téléphone et voudrais m'en aller vivre sous terre.
Maman a trouvé plein de photos. De moi.
Elle a beaucoup pleuré et ne m'a rien dit. Jusqu'à ce que je découvre toutes ces feuilles remises en vrac dans mon bureau. Il y avait quelques textes aussi. Elle n'a pas eu le temps de tout ranger, se sentant moyennement fière de ce qu'elle venait de faire et abasourdie par ses trouvailles. J'ai compris tout de suite.
Je suis descendue pour la prendre dans mes bras.
Je lui ai promis qu'on allait s'en sortir, que c'était une mauvais passe.
Juste une mauvaise passe.
"Tu maigris à vue d'oeil"...là, j'ai eu envie de dire que j'étais en période restrictive et que la boulimie n'allait pas tarder à se pointer, mais je me suis retenue. Mon poids ne descend pas. Mais mes joues se creusent.
J'ai eu envie de lui dire de ne pas s'inquiéter, que ça ne valait pas le coup.

Je n'en vaux pas le coup Maman.
Promis.


                      "Vous êtes maigre"                        vous êtes anorexique

        " Vous êtes maigre"      vous êtes malade

          
                           "Vous êtes maigre"


                                                        Anorexie                     "Vous êtes maigre"

Vous vous faîtes vomir?                           

  vos bilans sanguins sont mauvais

Vous ne tiendrez pas
Vous avez besoin d'aide

Vomir                                                                                                                                   Disparaitre   
Vôtre taux de potassium est trop faible



"Vous êtes maigre"         vous êtes affaiblie
                                                                            "Vous êtes maigre"

                "Vous êtes maigre"
                        
                            
Vous êtes anémiée         "Vous êtes maigre"

"Vous êtes maigre"

"Vous êtes maigre"
"Vous êtes maigre"
"Vous êtes maigre"

"Vous êtes maigre"

                "Vous êtes maigre"


TAISEZ VOUS

TAISEZ VOuS je vous en prie
Stop
Stop
Stop
[Il faut les faire taire, tous]

#Ne Dîtes rien à personne
A personne
Il ne faut pas qu'ils sachent#
Ne Dîtes rien à personne

A personne
Il ne faut pas qu'ils sachent#
Ne Dîtes rien à personne
A personne
Il ne faut pas qu'ils sachent#
Ne Dîtes rien à personne
A personne
Il ne faut pas qu'ils sachent#
Ne Dîtes rien à personne
A personne
Il ne faut pas qu'ils sachent#
Ne Dîtes rien à personne
A personne
Il ne faut pas qu'ils sachent#


"Mais ils n'ont pas besoin qu'on leur dise mademoiselle"

_Je m'enfous. Veux pas qu'ils sachent.

"Ils savent déja"

"Vous êtes malade mademoiselle. Vous nécessitez des soins.
Un suivi psychiatrique."

_Vous me prenez pour une dingue alors, c'est ça hein?

"Vous avez des troubles du comportement anxieux massifs et autodestructeurs"
"Vous êtes affaiblie mademoiselle, vous avez besoin d'aide.
Vos bilans sanguins sont mauvais, cela devient dangereux"
"Mademoiselle, il faut..."

Chut.

Qu'est ce que ça va changer hein? Dites moi
Dîtes moi clairement si ça se soigne
Sinon...partez.
Partez!
Putain mais barrez-vous bordel...faut que je chiale, barrez vous s'il vous plait...partez...partez...
Laissez moi...
fatiguée...je veux me vautrer, m'affaler, hurler dans mon oreiller, barrez vous avant que la corde ne casse, avant que j'implose s'il vous plait, soyez gentils, barrez vous avant que je me foute la honte, que je me mette à  ressembler à une locque lacerée, que je me mette à genoux, avant que je ne me vomisse...partez...
Foutez moi la paix bordel de merde
Plus rien à vous dire...
J'en ai déja raconté tellement...
Je ne sais plus quoi dire, quoi raconter


Laissez moi m'endormir
Laissez moi croire que demain sera meilleur
Bercez moi d'illusions pour me donner le sourire
Embrassez moi, caressez moi, cajolez moi, consolez moi , réchauffez moi, rechargez mes batteries, donnez moi du sang frais, donnez donnez donnez...je prends tout, TOUT.

Soufflez moi dans le cou, enserrez ma gorge, mordez moi les lèvres, piquez moi les bras, que je me sente vivante, trainez moi, envolez moi, emmenez moi...
Ici j'étouffe, je crève, je suffoque!
L'odeur de l'hopital devient insupportable,
celle de la mort insoutenable
Enlevez moi, j'ai peur de devenir comme les autres
Guérissez moi, soignez moi
Ne me demandez plus mon avis, faîtes!

Aimez moi.
Fort.
Protégez moi. Enchaînez moi pour ne plus que je me fasse mal.
Bandez moi les bras, je ne veux plus voir ces cicatrices
Enlevez tous ces miroirs, cassez les, brisez les
Je ne veux plus me voir
.
S'il vous plaît.
Mettez moi une camisole que j'arrête de violenter *corps* qui est à l'agonie
*Je* est une dingue
*Corps* est presque mort
*Corps* est devenu terrain de *je*
Pas d'armistice en vue.
Peut être une trêve...




par [AnO]rchiDeA publié dans : Crise existentielle
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Samedi 26 avril 2008
Non je ne suis pas comme elles, non, tout ça est faux, ce n'est pas vrai.
Moi j'ai encore de la graisse qui m'enrobe de toute sa laideur, pas elles.
Elles, elles semblent voler lorsqu'elles marchent, complétements évaporées dans ces pyjamas trop grand.
C'est une sensation étrange qui m'a envahie, entre admiration de cette parfait maîtrise qu'elles symbolisent et la peur, la mort.

Moi je suis encore lourde, encore loin de ça. Même lorsque l'on me dit, "et le coeur et l'oseophage et la tension et bla bla bla le poids limite faut faire gaffe bla bla bla. et ma mère "comment ça se fait que t'as encore maigri? Pourquoi t'as pas mangé cette semaine? Putain je te jure t'as décollé là...arrête!"
C'est drôle parcequ'après le week end chez mon pére (où on se contente des plats tout prêts avec plein de glucides et de lipides, [tout ce que j'aime lol] de la vraie bouffe de mec célibataire quoi, j'étais persuadée d'avoir enflé comme une baudruche.
"Rendez vous compte de votre maigreur"
Ben j'aimerais bien, vraiment...J'imagine que si je pouvais envisager toute la laideur de ce corps mort j'arrêterai le massacre. Or, là ce n'est pas le cas.
Alors je mets des tas de crémes minceur, raffermissantes et tout, et puis gobe des pilules, pour être toujours moins...en secret. Et puis ça leur fait du blé à Auchan. et puis je continue à non-manger tout en esperant guérir.
Je crois que ces deux derniers elements sont incompatibles. Je suis paumée.
Perdue, carrément.
C'est la loose.



Des fois je suscite des débats; la psy me dit anorexique, la psychiatre me sort que j'ai des troubles anxieux massifs (qui engendreraient donc une anorexie) quant à l'autre psychiatre, il me parle d'état borderline.
Je crois que je suis tout ça en même temps. Pas la peine de se gratter la tête 3 heures. C'est vrai, tout s'emboîte avec logique.
Et je m'en cale de savoir ce que j'ai. Ce que je voudrais c'est savoir vivre avec.
Enfin je ne m'en cale pas complétement non plus parceque c'est plus facile d'expliquer aux autres (et à soi-même) la maladie. Elle porte un nom, voila tout. Sinon on est toujours dans le vague et on se sent perdu, parcequ'il n'y a pas de repères et que les limites entre la "norme" et le pathologique sont tellement fragiles.
Lorsque des mots sont apposés sur les troubles, on se sent presque rassuré; cela sous entend que l'on est pas seul, que le médecin reconnait qu'il y a un truc qui passe pas, que ça peut arriver à tout le monde, que ce n'est pas une tare ni une preuve de faiblesse, et on repart sereinement parceque quelqu'un a pris le temps d'écouter et de comprendre, ou du moins imaginer.
Bon, on les paye pour ça aussi hein...mais sérieusement, la première fois que l'on m'a dit vous êtes "anorexique", je me suis dit, ah, enfin quelqu'un qui va droit au but, au bout d'un seul coup d'oeil. Je me suis sentie considerée.

Je ne joue pas les anorexiques rebelles qui mettent en avant leur squelette, mais il ya une provocation certaine; on s'affiche presque par défi...pour que l'on nous voit.
Paradoxalement, enfin pour moi, je voulais m'effacer. Disparaitre doucement tandis que mes contours devenaient plus agressifs. Et je m'habillais comme une grunge, du large pour que l'on ne voit pas. Et puis un jour je me suis mise en T-Shirt.
Comme pour leur dire, ben ouais vous avez rien vu venir, regardez le résultat.
J'ai senti le souffle suspendu dans la classe. Les remarques qui fusaient. J'ai gardé la têt haute, hermétique à toutes ces ondes mêlées entre curiosité genre bête de foire ou de pitié insupportable.


je continue à peindre.
J'ai montré ce que je faisais à ma mère. Timidement. Un peu toute rouge...mes peintures, c'est une partie de moi et je n'ose rien montrer. C'est comme si c'était intime.
Et puis elle m'a fait un grand sourire avant de me serrer dans ses bras. Elle touche toujours ma colonne vertébrale quand elle fait ça. Je crois qu'elle cherche une présence physique à caliner mais je crois que je fais pas l'afffaire ;) N'empêche c'était bon. chaud, doux et parfumé. Elle m'a félicitée. Et pour qu'elle le fasse, c'est qu'elle aime vraiment. Je tremblais comme si j'allais passer mon bac, c'est ridicule mais...enfin je ne sais pas c'est comme si je lui donnais mes tripes. Lorsqu'elle a tout vu elle m'a dit, "non c'est pas possible là faut qu'on fasse un truc, je sais pas une boutique de déco ou...j'en sais rien mais faut qu'on trouve...moi je restaurerai des meubles,j' irai peindre chez les clients tandis que toi tu peindras, on peut pas laisser passer ça, ce que tu fais es canon!"
Je crois que c'est la premiére fois que l'on constate mon travail, qu'on le considère.
Et puis à mon beau-père, j'avais envie de lui dire que contrairement à ce qu'il croit je ne reste pas affalée sur mon lit en attenadant le soir. Je peins, j'écris, j'apprends. M'occuppe un peu des autres patients.
Mais il ne m'écouterait pas. Et puis je m'en fous.

*



par [AnO]rchiDeA
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Vendredi 25 avril 2008
Le 22 avril j'ai été au CITD de Lille.
J'ai une semaine pour prendre une décision.
Mais ce qui est sûr, c'est que je ne veux plus JAMAIS y retourner, j-a-m-a-i-s.
Plus jamais.
J'ai vu des filles qui devaient peser une trantaine de kilos. Avec 10 de plus, je me sentais obèse, et mal. Très mal. Pas à ma place, pas d'elements qui viennent distraire mon regard parcourant leur corp famélique. Je n'ai eu qu'une envie c'était de rebrousser chemin mais l'infirmiére qui m'a accompagnée m'a retenue. C'est peut être mieux. Seule, je me serais barré tout de suite.
L'entretien médical s'est passé. Ni bien ni mal, juste, j'étais ailleurs.
Des réponses évasives, des phrases  sans fin, le regard vide. Comme si tout ça ne me concernait pas. Je suis restée sur ces images morbides qui tiennent pourtant debout sans qu'on sache comment elles font.. Ces images ont tourné encore et encore dans ma tête pendant que l'autre me parlait de mon bilan sanguin -Qui au passage ne m'interesse absolument pas.-
Et aussi de mon BMI. "Ici on soigne surtout les cas catastrophiques, tout ce que je  peux vous proposer est une hospi de 10 jours".
Oui monsieur. C'est vrai que mon BMI est encore à 14.5. Ce n'est pas catastrophique. Je ne rentre pas dans les critères.
Alors je continue à crever la gueule béante?
De toutes maniéres, je ne veux plus aller dans cet endroit. Je prefere de loin l'HP.
En fait, c'est bien mieux comme ça. J'ai pleuré sur le coup, découragée par toutes ces portes qui se ferment au fur et à mesure. Parceque je ne sais plus comment faire, mon entourage non plusi...tout ça prend trop de place.

Mais je n'irai pas.
Et puis je continuerai à maigrir jusqu'à un point de non-retour, tranquillement, sans contrat de poids ou de régime à la con. La balle est dans mon camp...et c'est peut être ça le pire. De devoir décider, faire des choix, me sauver ou non. Me responsabiliser, grandir.
Avoir la rage ou arrêter de croire en la guérison.

Mes yeux se plissent, je m'en vais prendre mes cachets pour me noyer doucement dans les brumes de cette nuit mélancolique.







par [AnO]rchiDeA publié dans : [AnO]rcHideA's life
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Vendredi 18 avril 2008
C'est horrible ce besoin frénétique d'écrire pour ne rien dire.
Sûrement parce que le compte à rebours est lancé, mon sac est prêt pour le retour à l'hosto.
Je ne peux pas dire que je ne suis pas contente, une partie de moi est quand même rassurée...J'ai du mal à me l'avouer mais c'est vrai. Je ne sais pas prendre soin de moi, c'est un fait. Là bas on m'y oblige, et j'ai beau faire la gueule et ne pas me laisser faire, je crois que c'est une chance. Dernièrement je me suis rendue compte que si ma psy n'avait pas appellé les urgences l'année dernière, je ne serais certainement plus là, sans vouloir en rajouter. C'est même certain, vu la fréquence à laquelle je pense à la fin. ça peut paraître froid de l'écrire ainsi sans aucune émotion, je ne sais pas. Cela fait partie de mon quotidien, avant que je ne me dise que je ne suis qu'une sale égoïste.
Chez mon père j'ai fait plein de choses en deux jours, ça m'a fait vraiment du bien de m'activer ainsi, je suis crevée mais ça fait du bien aussi de s'épuiser, de ne penser qu'au moment présent sans penser à toutes ces choses qui m'emplissent la tête. Je me suis sentie faible aujourd'hui ça m'a vraiment agacée ce corps qui n'en fait qu'à sa tête, m'empêchant d'en disposer comme je voudrais le faire. Je me sens de plus en plus en contradiction avec lui, en bras de fer tout le temps...sauf que ce n'est plus un jeu, mais une véritable lutte sans merci. Je ne le supporte plus, ni sa vue ni sa faiblesse, et il y a une véritable séparation entre ce corps et mon esprit. Je ne m'en rends compte qu'en l'écrivant, comme si je n'avais pas encore réalisé que l'âme est indissociable du corps. Et pourtant c'est un sabotage de plusieurs années. Parfois je me dis que cette lucidité qu'ont les anorexiques  est è erronée, comment peut-on se mentir avec cette force, comment peut-on se détester à ce point et chercher à détruire cette enveloppe de chair qui est nôtre, et aimer se voir disparaître à petit feu, je dirais même savourer...cette ambivalence qui nous habite, insupportable pour les autres, spectateurs impuissants de cette destruction massive, mais aussi pour nous, sans cesse tiraillé(e)s entre les extrêmes. C'est avec une violence inouïe que je maltraite parfois mon corps, dans mes excès de folie pathologique. Ce n'est qu'en contemplant les marques que je me rends compte que ce n'est peut être pas tout  fait normal. Je crois être pleinement consciente, et en fait je ne suis qu'aveuglée par ce manque de discernement.

Aller, je fume une cigarette, retourne chez ma mère pour m'assurer que lamaison est nickel pour leur retour, que mes petites soeurs vont bien, et j'y vais. Je suis un peu morcelée parceque mon père aimerait que je reste plus longtemps et que je ne peux pas le satisfaire.

Merci pour vos encouragements, vos conseils pour les migraines (je crois que je  vais demander direct au médecin et arrêter de faire ma fière), vôtre gentillesse.
Je n'oserais pas citer de nom de peur d'en oublier, mais...
ça me touche beaucoup. C'est con, certains diront que ce n'est que virtuel. Mais faut croire que ça a plus d'importance. Et puis sinon je n'aurais pas cette envie d'écrire.

A bientôt...Je m
par [AnO]rchiDeA publié dans : [AnO]rcHideA's life
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Jeudi 17 avril 2008
Je suis chez mon père, en train de lutter contre le sommeil...ici c'est la fourmiliére, ils ont entrepris de mettre de nouveaux lits...je ne peux pas beaucoup les aider.
Je ne me sens pas très utile mais je me sens juste bien...et c'est bon.
Vraiment bon.
J'ai aimé sentir ses bras sur les miens lorsqu'il m'a aperçue sur la route.
Son sourire.
"Jaime bien quand tu plaques tout pour venir ici à l'arrache"
Hmmm. Répète, encore...
Oui, ça m'a pris d'un coup, j'ai lavé toute la barraque et j'ai pris le train direct.
Le sourire aux lèvres.

Apaisement.



Merci à vous.
Je n'ai pas le emps de répondre aux derniers commentaires mais les pensées sont là.

par [AnO]rchiDeA
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Mercredi 16 avril 2008
"Votre poids apparaît insuffisant en regard de votre taille. Cette maigreur excessive peut être la conséquence de maladies, de troubles psychologiques, et elle peut aussi être elle-même à l'origine d'autres maladies entraînant ainsi un cercle vicieux. Il est utile que vous consultiez un médecin afin qu'il constate l'ampleur de l'insuffisance pondérale et en recherche la cause éventuelle. Il pourra également vous faire une proposition de traitement."

Je vais chez mon père. Je suis ravie. Mes parents rentrent finalement vendredi soir tandis que je rentrerai de mon côté à l'hôpital.
Je pense sérieusement au 22 avril, date à laquelle se tient mon prochain rdv au CITD de Lille, j'essaie de de le préparer activement, persuadée qu'il est temps que tout s'arrête, ça en devient vital; je ne supporte plus tout "ça". Il faut que je m'en extirpe, sinon j'ai peur de la suite.

Je crois que c'est l'occasion de reprendre les rennes. D'agir pour moi...
De me donner une dernière chance.

J'ai été étonnée de vôtre rapidité à me répondre, et cela m'a fait grand bien. Vraiment. J'avoue que ce blog était au départ pour moi même, mais le fait de partager apporte d'autres choses. D'autres choses qui me réchauffent.




Ps: Ce post scriptum est purement technique; j'aimerais un renseignement. Dernièrement il m'arrive d'avoir des migraines assez fortes qui vont jusqu'à me provoquer des nausées et ce même lors de jeûn. Je crains de perdre du poids ... Je voulais simplement savoir si cela pouvait avoir un rapport avec les TCAs, où si ces évenements étaient à prendre à part. Elles deviennent de plus en plus fréquentes et durent longtemps, jusqu'à ce que j'aille vomir. Merci...



par [AnO]rchiDeA publié dans : [AnO]rcHideA's life
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Mardi 15 avril 2008
Je n'ai pas tenu très longtemps.
Mes parents m'ont laissé la garde de mes 4 petites soeurs pour partir dans le sud. J'ai été honorée de la confiance qu'ils m'ont soudainement offerte...La mauvaise langue dira qu'ils n'avaient pas d'autres choix que moi. Mais je préfere voir les choses autrement.
Je ne suis pas sortie depuis samedi. J'ai dû manger deux ou trois fois depuis. Je m'aperçois avec consternation que je ne suis pas capable de me faire un seul repas qui tienne la route, équilibré. Plusieurs fois je me suis retrouvée en pleine nuit devant le frigo, incapable de faire quoi que ce soit alors que mon ventre commençait à faire mal tellement il était creux. J'ai pleuré, pleuré avant de le refermer. Hurlé en silence en claquant la porte sur ce froid qui me frôlait les jambes.
J'ai pleuré parceque j'avais l'impression d'être toute petite devant ce frigo horrifiant, ne sachant même pas ce que je voulais manger. Je me suis rendue compte que tout simplement, je suis incapable de me nourrir correctement lorsque je suis seule. Mes soeurs se démmerdent et il est vrai qu'on a du mal à se capter pour les repas parcequ'elles sont tout le temps fourrées avec leurs copines, et moi avec ma honte.
Le premier soir j'ai dû jouer les vigils parceque ma soeur de 15 ans a ameuté tout le quartier, ça a été écourté lorsque je l'ai vu défoncée; des claques se sont perdues. J'en étais désolée, ce n'était pas mon intention mais ça m'a rappellé trop de mauvais souvenirs pour que je la laisse continuer à tituber.
Le lendemain c'est les yeux pochés que j'ai dû retourner à l'hosto prendre mon stock de médocs pour la semaine. J'ai décidé de les reprendre, enfin  j'ai selectionné ceux qui m'étaient indispensables, comme le potassium, le prozac et quelques anxyos et j'ai laissé de côté ceux qui me ruinaient; pas envie d'être une locque face à mes soeurs bien que je ne sois pas beaucoup plus active. L'infirmiére m'a trouvée fatiguée et m'a répété 15 mille fois que "s'il y avait le moindre problème..." "n'hésitez pas mademoiselle S., n'attendez pas que ça soit irrécupérable". J'ai eu envie de gueuler que j'avais 22 ans et que j'étais capable de garder 4 gamines mais ça aurait été comme pour me conforter moi même, alors je l'ai fermée et j'ai préferé sangloter dans la rue comme une conne, en m'étranglant parceque je deteste craquer en pleine rue et que je me suis traitée d'incapable pendant tout le trajet -qui m'a semblé durer une eternité-.
J'ai honte de me montrer à leurs amis.
C'est nul hein?
Je surveille de loin en restant discrète, déja qu'elles supportent mal le fait que je sois en HP...pas la peine d'en rajouter. Les "bah, ta soeur est anorexique?" je les ai déja entendus et j'ai voulu disparaitre 6 pieds sous terre mille fois.



Anorchidea a 22 ans mais fait 1m70 pour 41.7 kilos tout ronds eux aussi.
Anorchidea préfére parler à la 3° personne pour se laisser croire qu'il ne s'agit pas d'elle.
Anorchidea meurt de honte.



Bien à vous.
Merci pour vos mots...
par [AnO]rchiDeA publié dans : [AnO]rcHideA's life
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*Anorchidea*

  • : [La pÂleur mOntre JusQu'où le cOrps PeUt cOmprendRe l'âMe]
  • anorchidea
  • : 13/03/2006
  • : societé boulimie santé anorexie journalintime
  • : Le pardon ne pouvant s'envisager, seule une vengeance violente, une décharge de tout ce qu'il y a de mauvais, malsain, au plus profond du subconscient, pourrait permettre de ne plus penser aux noirs souvenirs qui gangrènent ma chair me rendant chaque jours un peu plus malade. Mes pieds s'enlisent, mon esprit les suit. Je me perds.
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