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30 août 2008 6 30 /08 /août /2008 23:37
Devant le miroir, elle s'observe méticuleusement, scrutant ces nouveaux traits qui marquent son visage. Elle observait non pas les traces du temps, mais les épreuves qui ont jalonné son parcours. Ces étapes qui ont buriné son visage cerné, creusé ses joues pâles, éteint son regard. Autrefois elle avait été vivante, pétillante, espiègle. Aujourd'hui elle est amère, enragée, passionnée. On la dit particulière, étrange. Hors normes. Elle rit quand elle entend ces mots qui n'ont aucun sens à ses yeux, qui ne signifient rien, ne l'affectent pas. Ils passent sur elle comme si elle n'était pas concernée. Consternée, elle l'est lorsqu'elle regarde les autres, lorsqu'elle regarde filer la foule à la terasse d'un café quelconque, lorsqu'elle prête l'oreille pour écouter les conversations environnantes, lorsqu'elle prend le métro, lorsqu'elle ouvre un magazine, lorsqu'elle allume la télé...On pourrait la prendre pour mégalomane, peu lui importe, elle est blasée. Pour se faire palpiter...
Ses pensées en rafale furent interrompues par une créature blonde aux jambes de rêves. Elle voulut  trouver un défaut à cette pétasse pour se rassurer, mais en plus de son sourire éclatant elle avait l'air charmante, sa classe naturelle balayant tout sur son passage. Elle avait des formes généreuses et savait en jouer.
Elle voulut fondre en larmes mais ce n'était pas le moment. En vacillant elle se mit à tourner sur elle même afin de tenter d'apercevoir son postérieur qui de toute évidence s'était fait la malle depuis des années. Un corps assexué avait été le résultat de nombreuses restrictions anarchiques.
Et puis soudain elle le sentit. L'explosion dans son cerveau, les cellules qui éclatent, les sens décuplés, la puissance injectée dans ses membres. Fermer les yeux, inspirer encore, sourire béatement. Elle était bien. Elle retourna au salon, soudainement habitée par l'envie de parler jusqu'au lendemain, histoire de revoir le monde à sa maniére. Peindre aurait été le pied, mais elle était trop fébrile pour tenir un pinceau dans ses mains tremblantes. Des couleurs défilaient devant ses yeux, de belles couleurs. Les autres lui paraissaient beaux et lumineux. Elle voulut retrouver Lui et lui faire l'amour toute la nuit comme elle faisait autrefois. Il l'avait rappellée quelques jours auparavant pour lui balbutier qu'il voulait la revoir...comme un ami. Et puis aprés tout pourquoi pas, leur idylle avait été belle. Ephémere et passionnée, elle s'était forcément mal finie, les conséquences de son déclin avait été déchirantes.
 Ils s'étaient trouvé à deux en peu de temps, aussi amoureux l'un de l'autre, aussi fou l'un que l'autre. Sans retenue. Sans limite. Elle était prête à tout, lui aussi. Alors ils ont voulu se prouver qu'ils pouvaient aller loin. Qu'ils pouvaient tout lâcher à la recherche de sensations toujours plus fortes, sans avoir peur du danger qu'ils ignoraient. Elle aimait sa belle bouche qui lui susurrait toujours de jolis mots au creux de l'oreille, blottie dans ses bras, elle oubliait que le froid lui brûlait les doigts, ils étaient seuls au fond de la nuit, seuls dans la rue, errant à travers les quartiers d'une ville sombre. Il aimait ses instants de folie, son indépendance, sa liberté. Il la trouvait belle. Au fil de leurs aventures nocturnes, des connaissances diverses prenaient forme. Dans leur appart', les gens défilaient, la nuit ne finissait plus, la fumée jaunissait les murs. Les colocs étaient partis dans leur trip, les accompagnant partout où ils allaient. Un noyau dur. Elle deserta les cours, oubliait de manger, l'alcool lui brouillant les esprits. Etait-ce le jour ou la nuit, elle ne savait plus. Les emmerdes commençaient à pleuvoir mais elle était déja loin. Dans sa bulle. Elle griffonnait tout ce qui passait entre ses mains, jusqu'aux longues feuilles OCB. Elle arrivait à en avoir gratos au mec du tabac d'à côté, quelques oeillades avaient suffit. Les packs de Kro y passaient aussi, les feuilles, les cartons, les toiles s'entassaient sans qu'elle y prête attention, même si Lui disait qu'il croyait en elle et qu'elle devait continuer, qu'elle devrait faire autre chose que de froisser les feuilles entre ses doigts pour faire ses joints. Pourtant elle était bien fière de ses joints soigneusement roulés de ses doigts désormais noueux. Elle en riait, crânait devant les mecs. Elle fumait avec dexterité, un pour elle, un pour les autres. Trouver la marchandise n'était plus un problème depuis longtemps. On lui avait dit "dépendance psychologique", elle n'avait jamais éprouvé le manque. Et puis elle n'écoutait pas.
L'endroit été connu, était passé d'appart' à squatt, et lieu de rendez-vous pour beaucoup. Transactions, deals, "buisiness", beuveries, défonces et baises. Lieu de tous les vices, graffé de long en large, punaisé d'affiches de concerts divers, elle en était contente. Lorsqu'elle arrivait à se trainer en cours, elle ne pensait qu'à s'y réfugier, bien qu'elle se fût entourée de gens de qualité et que ses études la passionnait littéralement. L'Art était décidement son domaine. Ses concours d'entrée avaient été rudes, mais, comme dans l'idée de tout le monde, elle les décrocha avec succés. Elle était douée, parcours sans fautes. Peut être qu'inconsciemment, elle se donnait le droit de décrocher un peu. Juste un peu. Mais le chaos avait fait place. Elle ne ressemblait plus à rien, s'était forgé un drôle de corps qu'elle ne contrôlait plus. Lui la désirait toujours, mais devait désormais partager avec les autres. Aprés tout, il s'en tapait, l'exclusivité ne faisait pas partie de ses conditions. Il était sûr d'avoir les moments les plus privilégiés avec Elle et ce n'était pas faux. Au fond, les corps emmêlés ne voulaient rien dire. Un amour de soirée, des mecs insignifiants lui passaient dessus dans l'ombre, elle n'en avait rien à foutre et ne s'en souvenait même plus le lendemain. Et puis, entre cachetons divers, alcool et drogue, le sexe était l'issue la plus logique.
Mais la logique avait disparu depuis un bail, les laissant orphelins de toute Raison. Marginaux. Chaos. Anarchie. Nimportequoi.
Elle savait qu'ils finiraient par payer cette pseudo-liberté qu'ils savouraient. Ca devenait glauque. Elle s'oubliait, oubliait sa vie, ses amis. Elle tenait ses proches à l'écart, voulant les protéger de cette décadence qu'elle sentait naître, même si depuis longtemps ils ne fermaient plus les yeux. Elle était persuadée de sauver son image et ne voulait pas les décevoir, ne pas faillir, jamais. Sciée en deux, elle n'était plus capable de jongler. Elle s'épuisait. La mort l'épiait.
Elle ne riait plus et était passé à d'autres paradis artificiels qu'elle avait pu trouver dans la rue. Elle pensait que la poudre était pour les riches, mais c'est faux, tout le monde en a. Karim l'avait reperée dans le métro, une nuit. Passablement éméchée, il l'avait trouvait attendrissante et l'avait raccompagnée chez elle. Elle avait l'air fragile mais ses yeux noirs et son visage fermé lui donnait une allure solide, un peu destabilisante. Elle lui a demandé cash  ce qu'il voulait,crié d'une voix éraillée que son mec l'attendait en haut, et qu'à moins qu'il ait quelque chose à lui filer, il pouvait dégager vite fait. Il lui fît gouter la poudre, elle avait trouvé ça délicieux. Depuis il faisait régulièrement partie de leurs soirées.
Elle ne pensait plus qu'à ça. Elle ne se sentait vivante que dans un état second et n'était plus que l'ombre d'elle même. Son corps lui servait de marchandise, mais elle semblait s'en foutre royalement. C'était La fille de l'appart', bien souvent la seule. Ses mots étaient comptés et son visage était devenu froid, elle aussi. Lorsqu'Il la portait dans son lit, il avait peur de la briser, de la toucher.
On s'inquiétait pour elle. Tout le monde semblait s'affoler sauf elle. Elle les envoyait chier avec respect et tact, mais avec un acharnement dangereux. Se cachait derrière ses bonnes notes qu'elle réussissait à maintenir à coups de nuits blanches, de narines poudrées, de pilules colorées,d'amours éthylliques. Elle avait accepté de voir un psy suite à une visite médicale qu'elle fût contrainte de passer avec une poignée d'éléves, selectionnés eux aussi parmi la masse. Elle n'avait pas compris pourquoi, mais s'était pliée aux ordres, histoire qu'on lui foute la paix. Elle devait voir sa psy une fois par semaine et y allait determinée à contenter les autres. Elle parlait de conneries, de trucs complétement insipides pour passer le temps, évitant les questions pièges avec brio, même si le regard de son interlocutrice trahissait une vive lucidité. Elle en avait peur, consciente au fond d'elle même que son existence était devenue périlleuse, et qu'elle défrayait la chronique. Pas grave.
Ses culottes étaient trop grandes, ses baggys ne tenaient plus, les ceintures étaient agrémentées de nouveaux trous. Le teint blâfard, les genoux cagneux et les mains bleues, elle se mit à vouloir se dépenser sans retenue, se défonçant de plus belle. On sniffait la coke à même ses côtes qui traçaient des sillons parfaits. Un matin, en repoussant son compagnon d'un soir, qu'elle ne reconnût pas, elle s'effondra. Par manque de force, lassée,  les larmes la noyèrent. Son corps lui avait échappé, et sa conviction selon laquelle "ils" pouvaient toucher son corps mais pas son âme s'était étiolée. Elle se sentait sale. Son regard se perdit dans ce taudis qu'était devenu l'appart' de son mec, des cadavres de bouteilles, des culs de joints écrasés un peu partout, un chat affamé lui brisant les oreilles, de la vaisselle partout, des disques entassés, l'odeur de l'herbe encore fumante était devenue insupportable, le métal hurlait dans les enceintes. Sans qu'elle comprit pourquoi la lame avait déja laceré ses bras et l'avait soulagée de cette haine dans le même temps. Cette pratique devint courante et personne n'y prêta attention.
Lorsqu'elle aterrit aux urgences, on lui fît les bandages nécessaires. Elle en avait honte et ne voulait pas qu'on en parle. La romance était finie, c'était l'heure des décisions, de la confrontation avec les proches, mais surtout avec la réalité. Elle était tombée de haut.
Elle se remémora tout ça devant ce putain de miroir des chiottes. L'appart' n'avait pas changé. La clientèle non plus. Les traits de son visage non plus. Mais tout cela lui semblait familier, cela la rassurait presque, elle se sentait chez elle, comme si son destin y était soudé.
A présent elle est pleine de palpitations qui lui donnent l'impression d'être vivante. Belle sensation. Elle voudrait que ça dure toute une vie, c'est si bon. Lors de la descente, on se rend compte que tout ça n'était qu'un rêve et que la réalité est bien plus fade. En connaissances de causes, elle savait comment il fallait faire pour la rendre plus douce.
Prise d'une nouvelle énergie elle partit retrouver les autres. Elle a bu mais n'en sent plus les effets. Elle ne fait que renifler. Elle est joyeuse, retrouve Lui. Au fond elle ne sait pas vraiment pourquoi elle l'a quitté. Peut être qu'il fait partie de ce tout qu'elle préfererait oublier, même si c'est bon de le retrouver de temps à autre. Il continue à la faire rêver, mais aujourd'hui elle a conscience que ses belles paroles ne sont que du vent et qu'il restera empêtré dans cet univers de débauche toute sa vie.
Elle s'en fout, elle se sent animée. Et puis, le temps d'une nuit, ce n'est pas comme si elle voulait y revenir.
Elle sait que si elle y revient, ce sera définitif, que personne n'ira la sauver de ce gouffre délicieux, et qu'elle ira à sa perte définitive d'ici peu.
Maintenant elle voudrait juste couvrir son corps de baisers, sans retenue...comme avant. Il est resté là, avec sa gueule d'ange abîmée. Elle croit qu'elle l'aime encore. Encore un peu. Elle aime. Et ça la rassure.
Elle tombe. Ne pense plus. La paix.
Le temps d'une nuit elle a refait le monde à sa façon, un monde qui lui convient, dans lequel elle se sent bien. Au réveil, elle sait que tout sera différent.Cendrillon s'éteindra pour laisser place à Elle. Alors elle préfère se perdre dans les rêves d'une imagination riche et sans limites.
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Utopia 14/10/2013 21:37


On dirait l'histoire de ma vie, l'histoire de ton passé & celle de mon présent.


L'histoire qui finira mal, l'histoire qui va me tuer..


 


S'échapper, encore, toujours, fuir, fuir.. mais pour aller ou ?

Po 10/09/2008 19:16

Ton histoire me touche. Je voudrais pouvoir faire quelque chose pour t'aider mais quoi? Te dire que tu es quelqu'un de magnifique ne suffit pas tant que tu te detesteras...Tu sais ma belle, on fait tous des erreurs, on a tous un passé qu'on aimerait cacher. Apprendre à accepter ses erreurs pour avancer. Apprendre à se pardonner pour mieux tourner la page. Chaque jour est une chance pour faire de sa vie ce qu'on voudrait qu'elle soit. Un nouveau départ pour une nouvelle anorchidea (désolée je ne connais pas ton prénom :s). Tu sais, tant qu'on est en vit il y a toujours de l'espoir. Espoir d'un monde meilleur, d'une guérison futur ou d'un bonheur proche, on a tous une raison d'espérer...Je partage ta douleur. La défonce via les substances, je connais.J'essaie de tout arrêter. Car la fumée m'embrouille l'esprit et éloigne la vraie Pauline de l'imposteur qui est en moi. Je veux retrouver l'enfant que j'étais. Elle me manque putain...Je veux retrouver cette petite fille blonde qui rêvait en grand. Aujourd'hui mon rêve c'est d'arrêter de vomir. Drôle d'atterrissage...Enfin bon, j'étais venue pour te parler de toi, pour tenter de t'aider et je me retrouve à parler de moi. Désolée.Pardonnes toi tes errerus jolie miss. Tout cela n'appartient qu'au passé. Aujourd'hui est une vie nouvelle :) Tu es belle, intelligente, pleine de talent (écriture, dessin, peinture), tu es jeune tu as la vie devant toi!!Profite ma belle!

Diane 05/09/2008 22:00

Une plume qui me fait chavirer avec elle dans ces recoins, là, ces bouts noirs de la vérité...Chancelllante.Pour ce qui est du projet commun, bien sûr que je serais ravie que tu y participes, c'est même presque un honneur, enfin disons que ça coule de source...Pour la forme ne t'embête pas, chacune sa partie comme un chassé croisé, un recueil de textes peut être en plus à la fin pour faire référence aux autres mots...mais il faut que chacune trouve sa liberté...Douces pensées

sand 04/09/2008 16:01

pardon ma bellede m'être éloignée de la blogosphère si longtempsj'étais en Espagne alors...et je reviens, je vois que tu es toujours sur la pente ascendante, mais que tu commences à te cogner aux obstacles du cheminne t'excuse pas ma belle, de ne pas toujours être en hauttu ne nous fais pas tourner en bourriquetu montres avec franchise qu'une évolution n'est pas une ligne droite, et nous ne pouvons que t'en remercieret ce blog est un exutoire, il sert à ça, à tous dire, les difficultés, pas seulement les victoiresô ma belle j aimerais tellement pouvoir te dire des mots qui te réchaufferaient, j aimerais tellement venir te chercher dans ton bocal hospitalier et te porter dans la vraie vie jusqu'à ce que tes pieds puissent s'y poserjpense fort à toijtembrasse

viefragile 02/09/2008 15:27

Tes mots...Ce texte... merci, merci pour tout!Cette fille, celle que tu décris ici, que tu dépeints sous toutes ces couleurs, sous toutes ces formes, c'est toi!Toi la petite perle qui jaillis de l'écume des mots. Toi, aux milles reflets qui ne cessent de changer, mais qui garde cette empreinte froide et violacée. Cette ombre au coin de tes yeux, prémisse d'une catharsis brutale de la douleur de cette p*** de maladie.Tu en restes belle, si belle et douce et très douce.J'ai peur pour toi: on a peur l'une et l'autre. Restons ensemble unit par les mots. Prends soin de toi. Je suis là. 

*anorchidea*

  • : [La pÂleur mOntre JusQu'où le cOrps PeUt cOmprendRe l'âMe]
  • : Le pardon ne pouvant s'envisager, seule une vengeance violente, une décharge de tout ce qu'il y a de mauvais, malsain, au plus profond du subconscient, pourrait permettre de ne plus penser aux noirs souvenirs qui gangrènent ma chair me rendant chaque jours un peu plus malade. Mes pieds s'enlisent, mon esprit les suit. Je me perds. L'anorexie fait partie de ma vie depuis trop lontemps.
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